Friches urbaines : précieuses pour la biodiversité… et pour nous!

Au cours de la dernière année, nous nous sommes penchés sur de nombreux grands projets d’aménagement urbain, dont plusieurs impliquent la transformation de terrains laissés en friche : création du nouveau parc-nature Turcot-La falaise, agrandissement et aménagement du parc-nature du Bois-d’Anjou, requalification du secteur Assomption, entre autres. Un même constat s’impose chaque fois : les friches urbaines recèlent, dans plusieurs cas, une valeur écologique, sociale et économique plus grande qu’on pourrait le croire.

Prenons le cas de la couleuvre brune. Ce reptile proprement montréalais (au Québec, son aire de répartition se limite à la région métropolitaine), inscrit à la liste québécoise des espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables, évolue sur les terrains accidentés recouverts d’herbacées et d’arbustes, autrement dit, les friches. Or, le Plan de conservation de la couleuvre brune au Québec produit en 2018 par la Société d’histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent, aussi connue en raison du Zoo Ecomuseum, rapporte que la superficie de 93 friches situées dans l’aire de répartition de la couleuvre brune a diminué de 21 % sur une période d’à peine 10 ans, à partir du début des années 2000. Sur l’île de Montréal uniquement, 50 friches contenant des populations de l’espèce ont perdu en moyenne 8 % de leur superficie en seulement 5 ans, soit de 2013 à 2018.

La couleuvre brune n’est pas la seule dans son cas. Six espèces de mammifères (dont cinq espèces de chauves-souris), huit espèces d’oiseaux, trois espèces de reptiles, une espèce d’amphibiens et six espèces d’insectes (dont le monarque et d’autres pollinisateurs) sont considérées en péril dans les milieux ouverts de Montréal, selon le même document.

Les friches urbaines peuvent jouer le rôle de zones de transition entre d’autres milieux naturels d’intérêt, de zones tampons aux abords de milieux naturels sensibles et de corridors de dispersion pour la faune. Les friches sont tout aussi bonnes pour nous, humains. Elles contribuent naturellement à améliorer la qualité de l’air, filtrer les polluants atmosphériques, intercepter les eaux de ruissellement et à diminuer la température dans les îlots de chaleur – de quoi réaliser d’importantes économies d’argent public. Tous ces services écologiques importants doivent être célébrés, entretenus et multipliés par les municipalités et la population. 

À la lumière de ces constats, il est souhaitable que la valeur écologique, sociale et économique des friches urbaines et autres milieux ouverts soit mieux prise en compte dans les projets d’aménagement urbain. Si la densification de la ville représente sans doute un puissant levier contre l’étalement urbain, cette densification devrait se faire en tenant compte de la contribution essentielle des friches et des autres milieux ouverts à la biodiversité et à la résilience de la ville.   

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