Autoroute Métropolitaine : le chantier s’inscrira-t-il vraiment dans la mobilité durable?

Afin de prolonger sa durée de vie d’un quart de siècle supplémentaire, un grand chantier de réfection majeure se prépare pour la portion surélevée de l’autoroute Métropolitaine (A-40) et le ministère des Transports du Québec recueille jusqu’au 13 août les préoccupations et suggestions des usagers et résidents du secteur quant aux travaux à venir.

Bien que l’infrastructure sera préservée à l’identique, il ne faut pas faire notre deuil d’une mobilité durable digne du 21e siècle dans ce secteur névralgique de la ville. Une telle perturbation du réseau routier, qui pourrait s’échelonner sur plusieurs années, doit en effet être vue comme une opportunité de transformer les habitudes et promouvoir une mobilité plus durable.

 

Revoir la hiérarchie des modes

Si l’autoroute 40 est un triste symbole de l’aménagement tout-à-l’auto du 20e siècle, les décisions prises lors du chantier nous informeront des priorités du ministère. Privilégiera-t-on le maintien de la fluidité automobile, ou celle des usagers du transport collectif, des piétons et des cyclistes? Protégera-t-on la qualité de vie des résidents ou opterons-nous pour de bruyants chantiers de nuit comme ce fut le cas en 2020?

Alors que la Politique de mobilité durable 2030 s’engage de diverses façons à «favoriser la mobilité durable», on devrait s’attendre à voir les piétons et cyclistes au sommet des préoccupations des gestionnaires du chantier:

Les accès piétons et voies cyclables sous les structures et aux abords devront être maintenus tout au long du chantier, éclairés, protégés et libres d’obstacle. Dans la mesure du possible, les aménagements protégeant ces accès du chantier auraient une nature semi-permanente et ne seraient pas modifiés de semaine en semaine afin de faciliter la lisibilité et l’adaptation des piétons et cyclistes. 

La fluidité des transports collectifs devra aussi être priorisée sur celle de tous les autres véhicules motorisés, notamment sur les voies de service de l’autoroute et les artères nord-sud. Cette condition est essentielle au transfert modal d’automobilistes vers le transport collectif et doit remplir les besoins de transport de la population et des entreprises malgré la réduction des voies de circulation disponibles.

L'afflux d’automobiles, et spécialement d’autos solo, devra être gérée en amont du secteur affecté afin que le chantier et les voies de circulation alternatives ne soient débordées. L’augmentation des voies réservées au covoiturage et au transport collectif peut être une façon efficace de maintenir une certaine fluidité du réseau tout en retranchant des voies. Voici d’ailleurs une occasion pour l’ARTM de «faire du covoiturage une solution complémentaire au transport collectif», comme le stipule son projet de Plan stratégique de développement du transport collectif.   

Le bruit et la poussière 

En 2017, la DRSP concluait son état de la situation sur le bruit et la santé en statuant «qu’afin d’améliorer la santé de la population montréalaise et réduire les inégalités de santé, il est essentiel de diminuer l’exposition au bruit dans l’environnement.» L’étude qui établit un lien clair entre la perturbation du sommeil et la santé mentionne également que «les troubles du sommeil ont été associés à une diminution de la qualité de vie, à des atteintes à la santé mentale et cognitive et au développement de l’obésité, du diabète et des problèmes cardiovasculaires, dont l’hypertension (Institute of Medicine, 2006).»

Ainsi, il sera important de minimiser les travaux et transports de nuit et de prévoir les moyens nécessaires pour préserver la qualité de sommeil des résidents. De nombreux chantiers récents ont privilégié les travaux de nuit afin de diminuer la durée des travaux et leur impact sur la circulation, aux dépens de la santé et la qualité de vie des résidents environnants. Au regard des effets délétères des perturbations du sommeil, ce choix ne doit pas être pris à la légère lorsqu’il s’agit d’un chantier pouvant s’étendre sur plusieurs années. 

Pour la poussière comme pour le bruit, une bonne planification et une bonne gestion devraient parvenir à minimiser les nuisances. Pour s’en assurer, des mécanismes de monitorage et de rétroaction efficaces devront être mis en place. Des relevés sonores et de la qualité de l’air devraient se faire en continu aux abords du chantier et les résultats devraient être communiqués en toute transparence afin de responsabiliser l’ensemble des intervenants du chantier face à la population riveraine.

 

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

L’importance du dialogue

Le chantier de l’échangeur Turcot a mis en lumière l’importance de la mise en place de canaux de communication avec la population et les organisations locales. Une communication efficace peut permettre de relever des anomalies, de corriger des situations risquées et d’expliquer la nature des travaux en cours, des nuisances attendues et des mesures prises pour les réduire, ce à quoi ont servi les comités de bon voisinage mis en place pour Turcot.

À ce titre, cette première consultation sur le chantier, en ligne seulement et en pleine saison des vacances, est loin d’être optimale. Nous encourageons toutefois la population et la société civile à y participer en grand nombre d’ici le 13 août. Nous encourageons également le MTQ et ses fournisseurs à allouer les ressources nécessaires afin de maintenir un dialogue soutenu, riche et constructif avec l’ensemble des parties prenantes. 

En route vers 2050 

Malgré tous les défis à envisager, on peut se réjouir du fait que ce chantier marquera le début de la fin pour les sections surélevées de l’autoroute 40, dont la réfection prolongera sa durée de vie de façon limitée, jusqu’à l’horizon carboneutre de 2050. Il est donc temps d’aspirer à mieux et de prévoir la mobilité différente qui permettra une infrastructure différente. À ce titre, le CRE-Montréal est fier de collaborer avec les membres de l’Alliance pour l'innovation dans les infrastructures urbaines de mobilité (ALLIIUM) dans le cadre du projet de Co-design prospectif pour la planification démocratique et inclusive en mobilité durable pour l’autoroute 40, avec le soutien du CIRODD. Puisse ce chantier nous donner une impulsion supplémentaire pour envisager une mobilité en accord avec son environnement et des infrastructures au service du bien-être de sa population.

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