Le CRE-Montréal rencontre: Sonia Gagné de RECYC-QUÉBEC

9 juin 2022

À l'occasion du Gala du CRE-Montréal, qui met en lumière l'engagement et la proactivité des organisations montréalaises dans la transition écologique, nous nous sommes entretenus avec Sonia Gagné, présidente-directrice générale de RECYC-QUÉBEC.

 

Le rapport sur la gestion des déchets ultimes du BAPE publié en début d’année a mis en évidence le retard important du Québec par rapport à ses objectifs en matière de gestion des matières résiduelles. Les commissaires ont souligné la nécessité d’effectuer un virage drastique pour se rapprocher des cibles de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.  

Selon vous, quels sont les principaux chantiers à mener à court terme pour assurer ce changement de cap? Quels rôles va y jouer RECYC-QUÉBEC?  

Ce que le rapport du BAPE a souligné, c’est que malgré les avancées importantes qui ont été faites au cours des quatre dernières années – soutien financier et modernisation des centres de tri, refonte du système de collecte sélective, déploiement plus intense de la collecte des matières organiques – la quantité de déchets se rendant directement au dépotoir ou à l’incinération au Québec n’a pas diminué. En somme, le recyclage, c’est important et c’est une des solutions pour détourner les matières des lieux d’élimination, mais ce n’est pas assez. Il faut développer des programmes pour travailler en amont du recyclage et opter pour une stratégie de réduction à la source. Et il faut accélérer la cadence.

Couverture du rapport 364 du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE)  

En avril 2022, RECYC-QUÉBEC a annoncé sa collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde (INM) pour constituer un panel citoyen afin de mieux comprendre et documenter les freins et les leviers nécessaires aux citoyens à l’égard de la réduction à la source, du réemploi et de consommation responsable. Cette démarche participative et innovante témoigne de la proactivité de la société d’État d’agir concrètement en adéquation avec les orientations stratégiques proposées par la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) en janvier dernier, qui a rappelé l’importance de privilégier les approches en amont, dont la réduction. 

Il y a deux importants générateurs de matières résiduelles envoyées à l’élimination, outre le secteur municipal. Ce sont les industries, commerces et institutions, et le secteur de la construction, rénovation et démolition. C’est là, entre autres, qu’il faut travailler prioritairement pour réduire les déchets à la source. Il faut favoriser l’économie circulaire avec des symbioses industrielles, pour que le déchet d’une entreprise soit la matière première d’une autre, mais il faut aussi travailler sur l’optimisation de l’utilisation de ressources dès le début, l’écoconception, l’économie de fonctionnalité, etc. 

Outre son rôle de soutien financier à différents projets visant la réduction du gaspillage alimentaire ou d’autres initiatives en économie circulaire, RECYC-QUÉBEC a intensifié sa position de catalyseur/facilitateur pour faire travailler différentes parties prenantes qui n’ont pas toujours des objectifs convergents vers des objectifs communs. C’est essentiellement un rôle de leadership, tourné vers l’accompagnement, la facilitation et la mise en relation de diverses expertises visant à sortir du concret. L’organisation poursuit aussi son rôle d’encadrement des nouvelles REP.

 

On le sait, le déchet le plus facile à gérer est celui qu’on ne produit pas. En matière de réduction à la source et de réemploi, nous avons de gros efforts à faire alors que les quantités de matières générées ne diminuent pas. Elles étaient même en hausse dans le récent bilan du Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles de la Communauté métropolitaine de Montréal.

Quelles sont les principales mesures à venir à l’échelle du Québec? Comment RECYC-QUÉBEC accompagne-t-elle les ICI dans la transformation de leurs modèles d’affaires?   

RECYC-QUÉBEC tient à soutenir et accompagner les ICI dans la prévention et la saine gestion de leurs matières résiduelles. Nous avons offert plusieurs programmes de soutien financier visant les ICI pour des projets ayant l'objectif de détourner certaines matières de l'enfouissement.  

Un exemple est le Programme de soutien à la gestion des matières organiques dans le secteur des ICI, lancé tout dernièrement. Celui-ci a comme objectif de récupérer, à des fins de réemploi et de recyclage, les matières organiques résiduelles dans le secteur des ICI, et ce, en favorisant des projets pérennes et structurants pour des achats d’équipements de récupération, de prétraitement et de recyclage.  

RECYC-QUÉBEC participe également à des initiatives conjointes, telles que le Fonds Moins c’est + en collaboration avec La Ruche. Cette initiative vise à réduire les déchets à la source et à maximiser l’impact du financement participatif en alliant les contributions d’entreprises. 

Il y a aussi le Fonds économie circulaire de Fondaction, pour lequel nous sommes partenaires tout comme la Ville de Montréal. Ce fonds finance et accompagne de jeunes entreprises partout au Québec. Il vise l’accélération de la transition écologique en réduisant la production de matières résiduelles ainsi qu’en soutenant leur valorisation, en plus de réduire les émissions de GES.  

De plus, afin de soutenir financièrement des projets en lien avec des problématiques précises, RECYC-QUÉBEC fait appel aux entreprises et organismes via des appels de propositions, visant notamment à réduire le gaspillage alimentaire, à stimuler le développement de débouchés de matières ciblées, à réduire l’utilisation de produits à usage unique et à stimuler le développement des stratégies d’écoconception. 

Finalement, RECYC-QUÉBEC offre le programme de reconnaissance ICI on recycle +, reconnu à travers le Québec qui a comme objectif d’honorer les organisations proactives et engagées à améliorer leur performance en gestion des matières résiduelles. En s’inscrivant au programme, les ICI pourront bénéficier d’un service d’accompagnement hors pair pour une meilleure gestion de leurs matières résiduelles.

 

L’enjeu de la performance des centres de tri occupe régulièrement l’actualité. La situation actuelle peut susciter un certain découragement de la population qui quotidiennement pose des gestes concrets à la maison.   

Quelles mesures sont prises pour remédier à cette situation et assurer une meilleure performance des systèmes de recyclage?   

RECYC-QUÉBEC accompagne les centres de tri afin de les aider à améliorer leur performance. L’accompagnement se fait par l’entremise de programmes d’aide financière pour les aider à moderniser leurs installations et à trouver des débouchés pour les matières. 
 
Par ailleurs, dans le cadre de la modernisation du système de collecte sélective, qui prévoit qu’à compter de 2025 la responsabilité du système sera désormais dévolue aux entreprises mettant en marché des contenants, emballages et imprimés, les centres de tri devront répondre aux objectifs qui leur seront établis par ces entreprises et ce en vertu des objectifs gouvernementaux qui seront indiqués dans la réglementation prévue (le projet de règlement sur la modernisation de la collecte sélective a été publié en janvier), à travers un organisme de gestion dont la désignation est prévue dans les prochains mois.

 

La consigne et la collecte sélective vont connaître de grands changements dans les prochains mois avec les deux projets de réglementation.   

Quels sont les principaux impacts à attendre de la modernisation des systèmes?   

Le gouvernement du Québec a annoncé son intention de moderniser le système de collecte sélective selon une approche de responsabilité élargie des producteurs (REP), et l’adoption de la Loi modifiant principalement la LQE en matière de consigne et de collecte sélective, en date du 11 mars 2021, concrétise cette volonté. Cette approche implique que la responsabilité des entreprises qui mettent sur le marché des contenants non consignés, des emballages, des imprimés et des journaux irait au-delà du financement de la collecte sélective, comme c’est le cas présentement dans le cadre du régime de compensation pour la collecte sélective municipale. Un organisme de gestion unique désigné par le gouvernement (« OGD »), représentant ces entreprises, sera responsable d’encadrer et de soutenir la gestion des différentes matières visées sur l’ensemble du territoire et de la chaîne de valeur, de leur récupération jusqu’à leur recyclage.  

  • Collecte et transport : La notion de partenariat envisagée dans le cadre de cette modernisation implique que certaines activités liées à la collecte sélective, notamment les services de proximité tels que la collecte, le transport et les relations avec les citoyens, puissent continuer à être gérées par les municipalités, MRC, régies et autres organismes municipaux (ci-après « OM »). Ces activités de proximité seraient encadrées dans des ententes de partenariat à intervenir entre les OM et l’OGD, qui serait responsable de représenter les entreprises visées et d’élaborer, de mettre en œuvre et de financer ce système modernisé dans le respect des obligations réglementaires à venir.  
  • Tri et conditionnement : En ce qui concerne le volet tri-conditionnement des matières, celui-ci serait sous l’entière responsabilité de l’OGD. Dans un système modernisé de collecte sélective, l’OGD deviendrait responsable d’encadrer l’acheminement des matières sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de convenir d’ententes ou d’octroyer des contrats pour les opérations de tri, de conditionnement et de recyclage des matières avec les différents fournisseurs de services qui seront en mesure d’atteindre les niveaux de performance exigés. La réglementation viendra fixer certains paramètres à prendre en considération pour encadrer le volet tri-conditionnement afin, notamment, d’assurer la libre-concurrence et l’accessibilité aux contrats par tous les modèles d’affaires (centres de tri municipaux et privés, OBNL, etc.) et au plus grand nombre. L’OGD aura l’obligation de faire une reddition de comptes annuelle à RECYC-QUÉBEC, qui assurera le suivi. 

Pour faire un rappel du système de consigne actuel, celui-ci a été mis sur pied en 1984.  Ce système était basé sur le contenu plutôt que le contenant.  

Le 30 janvier 2020, le gouvernement du Québec a annoncé que le système de consigne actuel serait élargi à tous les contenants de boisson prête à boire de 100 millilitres à 2 litres (eaux plates et gazéifiées, vins et spiritueux, jus et boissons fruitées, lait et substituts, boissons naturelles, etc.), sauf les contenants de type « Vinier » et les sachets souples. Les valeurs de consigne seront également augmentées et uniformisées, soit 0,25 $ pour les contenants de verre de 500 ml et plus et à 0,10 $ pour tous les autres contenants consignés. Les contenants de type carton multicouche seront également visés par cet élargissement, mais à compter de 2024. L’objectif principal recherché par cette modernisation est non seulement de simplifier la tâche aux citoyens, mais aussi d’assurer une meilleure récupération et valorisation des contenants récupérés.  

 

L’atteinte de nos cibles en matière de gestion des matières résiduelles repose sur une participation de l’ensemble de la collectivité, du citoyen aux ICI en passant par les municipalités. La sensibilisation et l’accompagnement sont des éléments clés du succès.   

Quelles sont les stratégies déployées par RECYC-QUÉBEC auprès des différents publics cibles?   

Citoyens  

Depuis 2018, RECYC-QUÉBEC met à la disposition des citoyens une application mobile et web qui sert d'outil de référence leur permettant de mieux trier leurs matières résiduelles à la maison dans l'objectif de les détourner de l’élimination et d'éviter la contamination des matières recyclables. L'application Ça va où? propose un outil simple de recherche où des photos et des explications claires sont affichées afin d'aider les citoyens à déterminer la bonne destination pour leurs matières résiduelles selon la municipalité où ils résident. De plus, la page d'accueil présente de l'information générale portant sur différents thèmes, tels que le bac de récupération, le bac brun, les écocentres, la responsabilité élargie des producteurs, la consigne, les résidus verts et la réduction du gaspillage alimentaire, pourra aider les citoyens à se familiariser avec les différents concepts entourant la saine gestion des matières résiduelles.

RECYC-QUÉBEC déploie également plusieurs campagnes de sensibilisation dans les médias et diffuse des trucs et astuces sur ses réseaux sociaux afin d’encourager les citoyens à poser le bon geste. 

Industries, commerces et institutions (ICI)

RECYC-QUÉBEC continue d'offrir plusieurs types de soutien aux industries, commerces et institutions par l'entremise de programmes d’aide financière offerts aux entreprises et organismes de divers secteurs d’activités pour soutenir leurs activités dans le but d’encourager une gestion responsable des matières résiduelles.  

Exemples:  

  • Programme de soutien au développement du réemploi et du recyclage des contenants de boissons au Québec: Dans le cadre de ce programme, nous souhaitons soutenir financièrement des projets qui vont permettre de réemployer, conditionner ou recycler les contenants de boissons qui sont mis sur le marché et récupérés au Québec.  
  • Programme de soutien à la gestion des matières organiques dans le secteur des industries, commerces et institutions (ICI): L’objectif de ce programme est de récupérer à des fins de réemploi et de recyclage les matières organiques résiduelles dans le secteur des industries, commerces et institutions (ICI), et ce, en favorisant des projets pérennes et structurants pour des achats d’équipements de récupération, de prétraitement et de recyclage.
  • Programme de soutien au développement des débouchés et d’innovations technologiques pour le traitement de matières résiduelles au Québec: L’objectif du programme est de soutenir des projets permettant de diminuer les quantités éliminées au Québec et d’améliorer le conditionnement et l’utilisation de matières résiduelles comme une ressource selon les principes de l’économie circulaire.  

Municipalités  

RECYC-QUÉBEC a conçu une série d’outils pour aider les municipalités à élaborer et mettre en œuvre leurs plans de gestion des matières résiduelles (PGMR).  

  • Participation citoyenne à la révision des PGMR - Guide pour le déploiement d’une démarche inclusive: RECYC-QUÉBEC propose un guide de déploiement pour une démarche inclusive, en 3 étapes, afin d’engager le plus de citoyens et d’organisations possible dans le processus de révision et de mise en œuvre du PGMR.  
  • Outil d’inventaire des matières résiduelles des PGMR: RECYC-QUÉBEC met à la disposition des municipalités régionales un outil de calcul ayant pour but de les aider à compléter la mise à jour de l’inventaire exigé dans le cadre de la révision de leur PGMR. Cet outil vise principalement à consigner les données existantes relatives au territoire étudié, à estimer les quantités de matières résiduelles éliminées, recyclées et générées en les distinguant par type lorsque les données propres au territoire ne sont pas disponibles et à compiler les quantités.
  • Outils divers: RECYC-QUÉBEC offre sur son site web une multitude d'autres outils pouvant aider les municipalités dans leurs processus de révision.  

RECYC-QUÉBEC met également à la disposition des municipalités des trousses d’outils de communication qu’elles peuvent télécharger pour les accompagner dans leurs efforts de sensibilisation pour leurs citoyens. Par exemple, la campagne J’aime manger, pas gaspiller, visant la réduction du gaspillage alimentaire, ou la campagne Le chemin de compostage (voir une vidéo de la campagne), qui vise à faciliter l’implantation du bac brun auprès des citoyens en concrétisant les effets positifs du compostage.

 

Photo tirée de la campagne Le chemin de compostage

De plus, Réseau Environnement, en partenariat avec RECYC-QUÉBEC, a développé un programme d’excellence qui s’adresse aux organisations municipales et qui est axé sur l’amélioration continue des pratiques de prévention et de gestion des matières résiduelles. 

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