Toitures végétalisées : Montréal est franchement en retard

Lors du webinaire Les toitures végétalisées et les bases d'une politique publique diffusé le 5 décembre dernier dans le cadre de la campagne ILEAU et coorganisé avec le Groupe de travail sur les toitures végétalisées, nous avons exploré les avantages des toitures végétalisées et leurs bénéfices économiques à l’échelle d’une ville, de même que le fonctionnement et l’élaboration de politiques publiques sur les toits verts, dont le cas de Montréal. Des exemples de 6 villes en Amérique du Nord sont venus appuyer la discussion.

Washington, Portland, Toronto, Vancouver, New York, de nombreuses villes nord-américaines ont pris des mesures concrètes afin de favoriser l’implantation de toitures végétalisées sur leur territoire. Washington est actuellement la ville en Amérique du Nord avec la plus grande superficie de toitures végétalisées. Au Canada, c’est Toronto qui mène le bal. À Montréal, les projets se font encore rares et l’approche repose encore beaucoup sur du cas par cas et sur la volonté des propriétaires. 

Pourtant, on parle des toitures végétalisées depuis plus de 10 ans. Selon les 6 étapes définies par la Société Canadienne d’Hypothèque et de Logement (SCHL) pour l’élaboration de politiques et de programmes de toitures végétalisées, la Ville de Montréal est actuellement dans la phase 4 des recherches techniques et n’a pas encore franchi le pas vers l’étape 5 des programmes et politiques. Au cours des dernières années, certains arrondissements ont adopté une réglementation qui impose l’installation d’une toiture végétalisée ou d’une toiture recouverte d’un matériau pâle, dite «blanche». Cette possibilité de choix fait que la majorité des propriétaires optent pour une toiture blanche, moins coûteuse au départ et qu’ils pensent nécessitant moins d’entretien, ce qui prive l’environnement urbain d’une série d’avantages autres que la lutte aux îlots de chaleur. Soulignons aussi qu’il n’y a actuellement pas d’uniformité dans la réglementation au sein même des arrondissements de la Ville de Montréal. 

Les bénéfices sont bien connus : réduction des îlots de chaleur , soutien à la biodiversité urbaine, filtration des polluants atmosphériques, rétention des eaux pluviales, apaisement sonore. Lorsqu’ils sont aménagés, les toits deviennent également des lieux de socialisation et présentent de belles occasions de sensibilisation à l’environnement (ex. par l’implantation de bacs de plantation). 

Les autres villes nord-américaines ont adopté différentes stratégies dont Montréal devrait s’inspirer. Certaines ont opté pour les incitatifs (New York, Washington, Seattle), d’autres des pénalités si élevées que le choix de la toiture végétalisée s’impose de lui-même (ex. Denver qui impose 50 $ / pi2 de pénalité, montant reversé dans un fonds pour financer son Green Building Fund). Seattle a adopté une approche plus globale très intéressante avec l’adoption d’une grille d’évaluation de la qualité des projets sur un modèle inspiré du Coefficient de biotope de Berlin. À noter également, le fait que la plupart de ces villes ont aussi créé un poste permanent spécifiquement responsable des dossiers des toitures végétalisées, qui joue le rôle de guichet unique pour les projets et assure le suivi des programmes et politiques. 

La réglementation a un rôle clé également quant on sait qu’une faible proportion des projets se fait sur base volontaire (exemple à Chicago où seulement 80 % des projets sont réalisés afin de respecter la réglementation). 

Les toitures végétalisées sont des éléments incontournables de la panoplie de mesures afin de rendre la ville plus résiliente. La révision du plan d’urbanisme, les différents plans d’adaptation, les grands projets de développement et les transformations de quartiers entiers sont une occasion idéale pour accorder une place de choix aux toitures végétalisées. et ainsi rattraper le retard par rapport à nos voisins.