Faire de la gestion de l’eau un élément clé dans l’aménagement de nos villes

Chaque année, l’arrivée du printemps est synonyme d’une hausse du niveau des cours d’eau qui s’accompagne d’un risque accru d’inondations. Les épisodes de crues de 2017 et de 2019 sont encore dans nos mémoires et cette année, bien qu’on ne connaisse pas ce que le printemps nous réserve, les niveaux d’eau sont déjà très élevés. De tels événements ont des impacts financiers importants, 17 millions de dollars pour la Ville de Montréal en 2019, et ce sans compter l’impact humain sur les populations directement touchées.

Malheureusement, les risques ne se limitent pas au printemps. Les épisodes de pluies intenses qui se traduisent par d’importantes quantités d’eau en un temps très court sont aussi la cause des inondations de certains quartiers. Toronto en 2013, Copenhague en 2011, Montréal plusieurs fois au cours des dernières années, chaque fois, les infrastructures de gestion de eaux sont mises à mal, ce qui entraîne des dégâts importants et coûteux (environ 1 milliard de dollars pour Toronto en 2013). C’est malheureusement seulement après des événements exceptionnels que les autorités décident souvent de passer à l’action. Copenhague a ainsi élaboré un plan directeur de gestion des eaux pluviales en étroite concertation avec l’ensemble des parties prenantes. Son Cloudburst Management Plan constitue maintenant une référence, enviée partout dans le monde.

On le sait, les changements climatiques vont avoir un impact direct sur le régime des précipitations. Les projections climatiques d’Ouranos font état, pour Montréal, d’une hausse significative des indices de précipitations abondantes et extrêmes et d’une augmentation de la quantité maximale annuelle des précipitations. Ces éléments doivent nous pousser à revoir les façons dont nous gérons l’eau dans nos villes et plus largement de repenser notre cohabitation avec elle.

La façon dont le territoire a été aménagé au cours des dernières décennies contribue à l’exacerbation des effets des épisodes de pluies intenses et des crues. Pensons seulement à la perméabilisation des sols, la destruction de milieux humides et de milieux naturels qui favorise le ruissellement des eaux de pluie et limite la perméabilité du sol.

Que ce soit pour gérer les petites pluies, causant des surverses, ou les pluies abondantes et les crues, les solutions sont connues et souvent complémentaires. La réduction des surverses passe par la multiplication des infrastructures vertes telles les saillies de trottoir drainantes, les fosses de plantation élargies, les toitures vertes. Pour limiter l’impact des pluies abondantes, l’aménagement d’espaces résilients (type water square) est à privilégier, tandis que la gestion des crues passe par la création d’espaces de débordement pour les cours d’eau. Le rôle d’éponge que jouent les milieux humides dans la gestion des inondations est à ce titre bien connu et pourtant, leur protection reste un défi dans la région métropolitaine.

Il faut aussi faire appel au bon sens dans l’aménagement de nos quartiers. Par exemple, la prise en compte de la topographie dans les projets permet d’éviter de construire dans les endroits où l’eau va se diriger dès les premières pluies. À une échelle très locale aussi, des solutions existent. Pensons par exemple au simple geste de débrancher les gouttières et diriger l’eau vers des surfaces perméables afin de réduire la pression sur le réseau d’égout.

Très récemment, plusieurs annonces ont aussi de quoi nous réjouir. Le budget provincial déposé au début du mois de mars comprend en effet des investissements importants pour les aménagements par bassin versant afin d’atténuer les impacts des inondations ainsi que des montants pour l’acquisition de connaissances et le suivi des mesures. Le plan budgétaire fait ainsi référence à la protection et la remise en état des milieux humides, la création d’espaces de liberté des cours d’eau ou de zones d’épanchement et la planification de quartiers durables. 

À peu près au même moment, la Commission sur la sécurité publique de Montréal a publié son Rapport d'événement et de rétroaction - Inondations 2019 dans lequel elle recommande l’intégration des notions d’adaptation face au risque d’inondation dans les outils de planification.

Enfin, à l’échelle métropolitaine, les travaux entourant le Plan Archipel de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) vont bon train. Ce plan, adopté à l’automne 2019, fait de la résilience de l’archipel une de ses deux orientations principales. La CMM a annoncé récemment qu’elle finalisait la cartographie des plaines inondables. Ce travail d’envergure représente plus de 600 cartes concernant le fleuve Saint-Laurent, le lac des Deux Montagnes et les rivières des Outaouais, des Prairies, des Mille-Îles et Saint-Jacques. Avec cet outil, il va être possible de planifier au mieux le territoire afin de limiter au maximum l’impact des inondations. 

On le constate, c’est par un effort concerté et à différentes échelles que nous pourrons assurer la résilience de la ville et gérer plus durablement nos eaux pluviales. La révision prochaine du Plan d’urbanisme et de mobilité est à ce titre une opportunité à saisir pour donner à la gestion de l’eau la place qu’elle mérite dans l’aménagement du territoire.