Notre vision de la relance pour Montréal

En avril dernier, une coalition originale s’est adressée au gouvernement Legault afin de proposer un plan de relance économique cohérent avec l’exigence de lutte contre les changements climatiques. Le groupe nommé G15+ a le mérite particulier de ratisser large en rassemblant autant des groupes en environnement, la FTQ, le Conseil du patronat, un ordre professionnel, des regroupements d’organismes communautaires, que des universitaires. Elle est l’expression d’un consensus large à l’échelle québécoise et mondiale sur la reconnaissance de l’urgence climatique et de la nécessité d’utiliser tous les leviers pour une action à la hauteur des défis.

Les propositions détaillées du G15+ sont autant de propositions structurantes et partagées qui pourraient changer le visage du Québec et de Montréal pour les prochaines années. Se basant sur la structure des recommandations du G15+, voici quelques propositions qui aux yeux du CRE-Montréal méritent une attention particulière – les sections tirées du plan de relance du G15+ sont en italique.

Financement

Consacrer une partie ou même la totalité des prochains versements prévus au Fonds des générations à la lutte contre les changements climatiques, notamment via certaines des mesures proposées dans la suite du document.

Le gouvernement prévoit faire croître le Fonds des générations de 14 milliards (G) de dollars entre 2021 et 2026. Ce fonds d’investissement qui sert à obtenir un rendement supérieur à la croissance de la dette québécoise serait ainsi mis à contribution afin de contrecarrer la « dette » environnementale qui pèse de plus en plus lourd sur les épaules des prochaines générations. Pour Montréal, ces investissements pourraient être déployés dans des modes de transports structurants, des projets immobiliers d’écoquartiers ou des infrastructures d’adaptation aux changements climatiques, telles la restauration de milieux naturels et humides ou la gestion durable des eaux.

Économie 

Adopter une politique d’approvisionnement local des acheteurs publics (État et municipalités), y compris auprès des entreprises d’économie sociale, en remplaçant la règle du plus bas soumissionnaire par une règle permettant de tenir compte du coût total de possession et de critères environnementaux et/ou sociaux. 

De cette façon, on pourrait imaginer, à l’échelle de l’île de Montréal, de la Ville de Montréal ou des arrondissements, que des critères de localisation ou de pratiques environnementales et sociales puissent enfin être ajoutés aux appels d’offres. Imaginons l’adhésion à des certifications de commerce équitable, d’approvisionnement responsable comme la norme FSC pour le bois, d’électrification des flottes de véhicules des soumissionnaires, l’adoption obligatoire de plans de gestion des déplacements des employés des fournisseurs ou même à des pourcentages de main d’œuvre locale, contribuant à une plus faible motorisation de la main d’œuvre et à la décongestion du réseau routier.

Transports

Accélérer la réalisation des projets de transport collectif prévus au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2020-2030 (d’une valeur de 44 G$) 10 pour qu’ils soient mis en œuvre rapidement, notamment les projets structurants électriques. 

L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) a d’ailleurs récemment proposé une série de mesures à déployer rapidement que nous soutenons via l’Alliance TRANSIT

Investir massivement et rapidement dans le développement des infrastructures de transport actif. 

Au-delà du transport collectif, Montréal a grandement besoin d’augmenter sa capacité d’action dans le domaine du transport actif afin de porter la part modale du vélo à 15 % et mettre en œuvre son approche Vision Zéro. Nous soutenons qu’il est possible d’agir plus rapidement que sur 10 ans pour le plein déploiement du Réseau Express Vélo et sur 8 ans pour l’allongement du temps de traverse pour les piétons aux feux de circulation, et qu’il est possible de se doter des moyens nécessaires pour mieux entretenir les traverses prioritaires et bandes cyclables.

Soutenir les initiatives de circuits courts de livraison fonctionnant à l’électricité ou sur la base de transports alternatifs. 

Que ce soit pour diminuer la pollution sonore, la congestion ou l’insécurité routière, les différentes administrations de l’île de Montréal ont besoin d’innover en matière de transport des marchandises. La Ville de Montréal est déjà engagée dans cette voie et a adéquatement soutenu des initiatives comme le service de livraison urbaine qui participeront à une transformation majeure et profitable du transport de marchandises.

Soutenir l’écosystème d’entreprises québécoises des technologies propres, notamment en électrification des transports. 

Voilà un projet porteur que le CRE-Montréal aimerait voir se réaliser à travers l’île, en adéquation notamment au réaménagement des secteurs industriels de l’Est. Pour une mobilité sobre en carbone, les secteurs industriels de Montréal doivent être réinvestis afin de fournir une diversité d’emplois à la population des quartiers à proximité.

Agriculture

Accroître les achats d’aliments québécois par les écoles, les hôpitaux et les ministères et organismes; soutenir les systèmes alimentaires de proximité, notamment les marchés publics et de quartier, de même que les initiatives de liens directs avec les agriculteurs. 

En utilisant les achats des institutions, les marchés publics et l’agriculture soutenue par la communauté, nous avons une occasion de stimuler l’économie québécoise, de retisser le lien ville-région, d’améliorer l’offre alimentaire partout sur l’île et de construire des systèmes alimentaires locaux résilients. Bien que le transport des aliments soit une fraction limitée de l’empreinte carbone de l’alimentation, la relocalisation des systèmes alimentaires offre de nombreux bénéfices notamment sur notre capacité d’influencer les conditions de la production et les retombées de l’agriculture.

Collectivités et habitat

Construire des dizaines de milliers de logements sociaux et communautaires, bien ancrés dans leurs quartiers d’ici 5 ans. 

Le logement social est une condition essentielle afin de préserver ou développer la mixité sociale de nombreux quartiers. Des quartiers adaptés à toutes les compositions de ménages et à tous les niveaux de vie sont nécessaires, non seulement pour réduire les inégalités et les effets de la spéculation, mais aussi pour envisager une réduction des besoins de mobilité de la population, le premier pilier de la mobilité durable. 

Lancer un vaste chantier de rénovation écoénergétique des bâtiments : accélérer la conversion à l’électricité des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels alimentés par le pétrole et le gaz naturel par la mise en place d’incitatifs, d’accompagnement et de réglementation; réactiver et bonifier le programme de rénovations résidentielles écoresponsables Rénovert. 

Étant donné que la plupart des immeubles de l’île de Montréal ont été construits dans les années 70 et 80 et qu’ils sont encore viables jusqu’en 2050, il faudra trouver une façon de stimuler la conversion écologique de ces immeubles. Principalement, nous devons compléter l’abandon du chauffage au mazout et réduire considérablement la part du gaz naturel dans le chauffage des MontréalaisES, au profit de l’électricité de source renouvelable. 

Rappelons que, malgré ses atouts, 99 % du gaz naturel est importé des États-Unis et du reste du Canada, que son intensité carbone est 100 fois supérieure à l’hydroélectricité et qu’il est, de loin, la plus grande source d’émissions de GES des bâtiments résidentiels (avec 59 % des émissions de ce secteur), commerciaux et institutionnels à Montréal (avec 79 % des émissions de ce secteur), selon le dernier inventaire fait par la Ville de Montréal en 2015.

Premières Nations et Inuits du Québec

Faire une proposition de partenariat « nation à nation » à l’endroit des Premières Nations et Inuits du Québec pour codécider des priorités d’investissement du plan national de relance affectant leurs communautés. 

Cet enjeu ne saurait être négligé, même si moins évident dans la région de Montréal, particulièrement pour les projets impliquant les nations Kanien'kehá:ka (Mohawk) et Waban-Aki (Abénaquis) toujours présentes sur le territoire où s'est développé le Grand Montréal.

Vers un Montréal carboneutre en 2050

La Ville de Montréal s’étant engagée pour la carboneutralité d’ici 2050, nous nous réjouissons de la voir active sur la scène internationale au sein de la Global Mayors COVID-19 Recovery Task Force. Nous nous réjouissons aussi de voir, avec des initiatives comme celle du G15+, qu’un consensus se dessine pour une action climatique ambitieuse à l’échelle du Québec. Avec de telles mesures de relance du gouvernement du Québec, Montréal serait en bonne posture pour atteindre ses cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en ouvrant un nouveau chapitre de son développement social et économique, celui de la transition.