Placer l’équité au coeur de nos dossiers

Dans la foulée du panel Inégalités sociales et transition écologique : impacts & collaborations présenté le 26 avril par le CRE-Montréal et le Forum régional sur le développement social de l'île de Montréal (FRDSIM), nous souhaitons réitérer l'importance qu’occupe l'équité dans notre travail. La recherche d’équité est une locomotive de changement et une condition du développement durable. Plus qu’un credo, plus qu’un principe, c’est pour nous un élément incontournable, qui s’impose de lui-même dans une multitude de dossiers que nous suivons de près : du REM de l’Est au développement du secteur Assomption Sud, de la protection des milieux naturels à la mise en œuvre de notre campagne ILEAU

REM de l’Est

L’intégration urbaine du projet de REM aérien pour l’est de Montréal, qui est au cœur des débats, dépasse largement le cadre de l’architecture et du design. Il s’agit de faire des choix de planification territoriale, de modes de transport, de tracé, de gestion, de financement et de gouvernance qui apporteront, à l’échelle métropolitaine comme à celle des quartiers traversés par le futur colosse, des retombées économiques, sociales, communautaires et écologiques significatives. À qui le désenclavement économique de « l’Est » profitera-t-il ? Et qui sera aux prises avec le bruit, les vibrations, la dégradation des quartiers, les entraves à la mobilité piétonne et cycliste ? Entre le centre-ville et les pôles d’emploi de la pointe est de l’île, les quartiers intermédiaires sont souvent oubliés dans le débat public. Comment CDPQ-Infra se mettra à l’écoute des résidents au cours de son processus de consultation publique, comment elle traitera les intrants recueillis, s’appuiera sur son comité aviseur, collaborera avec ses partenaires de planification urbaine et de transports : voilà ce qui nous indiquera la part d’équité sociale et d’équité intergénérationnelle que la société entend injecter dans son projet. 

Assomption Sud

Il y a 100 ans, l’ancien ruisseau Molson marquait en quelque sorte la limite entre le Montréal urbain, à l’ouest, et la campagne de Pointe-Claire, à l’est - destination de choix pour les villégiateurs d’antan - c’est dire comme cette époque est révolue! L’actuel paysage industriel qui domine de l’Assomption Sud à Longue-Pointe résulte d’une succession de booms et de dévitalisations économiques. Certains se souviennent encore de l’activité économique et communautaire perdue, des mises à pied, des projets routiers imposés (p. ex. : le pont-tunnel Louis-H.-Lafontaine, qui aura forcé l’expropriation de 300 familles de Longue-Pointe). Ainsi, si des citoyens et organismes expriment aujourd’hui leurs inquiétudes face à l’installation d’une plateforme logistique, d’un poste électrique ou d’une route à six voies avec bretelles d’accès pour accommoder le trafic de milliers de camions, ou se demandent comment le REM trouvera sa place à travers ce foisonnement de projets, il est réducteur d’y voir le syndrome « pas dans ma cour ». On peut y lire une réaction normale dans un contexte d’inégalités séculaires d’accès au fleuve et à la nature, à la beauté, à la qualité de vie et à la santé, la réaction normale de ceux qui en ont vu d’autres. Cela souligne comme il est essentiel que toutes les parties prenantes du développement économique et social du secteur Assomption Sud continuent de se rencontrer et de dialoguer sur l’instance de concertation créée expressément pour ce territoire si convoité.

Au-delà d’une application stricte des droits de propriété privée, une lecture sensible axée sur la durabilité et la transition écologique juste indique que le seul développement industriel acceptable pour l’Assomption Sud est celui participera à concrétiser la vision de réparation écologique et sociale mise de l’avant par de nombreux citoyens, organismes et acteurs municipaux. En ce sens, il nous apparaît primordial que l’ensemble des parties prenantes souscrivent à une dynamique de concertation et non de mise en opposition des visions comme cela a malheureusement été le cas récemment . 

Création de nouveaux espaces verts

Partout sur l’île de Montréal, des citoyenNEs s’organisent pour défendre les derniers espaces verts de leurs quartiers. À Pointe-Claire, le collectif Sauvons la Forêt Fairview et ses quelque 26 000 supporters s’opposent à la vision de développement proposée par la municipalité de Pointe-Claire et Cadillac Fairview, là où se trouve aujourd’hui une mosaïque de milieux naturels de grande valeur écologique. Au-delà de la perte écologique anticipée, qui est grave en soi, il y a cette incompréhension : réduire la superficie de milieux naturels tout en accueillant des milliers de nouveaux résidents ne revient-il pas à creuser encore davantage l’inégalité d’accès aux espaces verts?

Dans les arrondissements de Lachine et d’Anjou, des citoyenNEs surveillent de près le devenir des terrains de golf. Récemment, nous avons appris que la Ville de Montréal entend canaliser le tronçon de l’historique rivière Saint-Pierre qui traverse le golf Meadowbrook - une nouvelle qui a suscité l’indignation des Amis du parc Meadowbrook, de WWF-Canada, du GRAME et du CRE-Montréal. À Anjou, la Coalition citoyenne pour le parc-nature du Bois-d’Anjou se mobilise pour la préservation du statut d’espace vert du Golf Métropolitain d’Anjou, afin qu’il continue de jouer son rôle d’oasis de fraîcheur et de biodiversité, à travers sa complémentarité avec les milieux forestiers et milieux humides voisins.

Point commun à toutes ces luttes : un argumentaire qui met de l’avant la notion d’équité d’accès aux espaces verts. Dix-huit hectares de forêt, un terrain de golf… Parfois, c’est tout ce dont une communauté de résidents et de travailleurs dispose, dans un rayon raisonnable, pour accéder à la nature et à ses bienfaits.

Campagne ILEAU

Depuis 2015, notre campagne Interventions locales en environnement et aménagement urbain (ILEAU) a permis à des dizaines de partenaires locaux (coopératives d’habitation, regroupements citoyens, établissements institutionnels, entrepreneurs, etc.) de procéder à des améliorations de leur milieu de vie. Au-delà de la déminéralisation et du verdissement, ILEAU favorise l’inclusivité, le dialogue et la collaboration entre des acteurs qui ne sont pas toujours portés à se parler. De plus, la réflexion des participants est amenée au-delà des limites du projet lui-même, pour inclure des considérations d’accès et de mobilité, de sécurité pour tous, de santé et de qualité de vie, etc. ILEAU se déploie dans les quartiers les plus touchés par les îlots de chaleur et la défavorisation environnementale. Ainsi, à travers une perspective régionale, les interventions ILEAU sont conçues comme des oasis de fraîcheur qui baliseront, à terme, des parcours actifs entre de grands espaces verts (corridor parc de la Promenade-Bellerive - parc Thomas-Chapais) et entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Prairies (corridor des Ruisseaux et autres). 

Dans ces dossiers, les gens qui imaginent de nouveaux scénarios de planification territoriale et de développement urbain, qui promeuvent le lien social et le juste partage de l’espace urbain, qui consacrent leurs soirées et leurs fins de semaine à défendre du même souffle un bout de friche et le bien commun, ces gens redonnent tout leur sens à tant d’expressions galvaudées: « acceptabilité sociale », « développement durable ». Ils pavent la voie à la relance économique verte et à la transition écologique juste. À ces gens: merci.