Quand les baby-boomers marchent, la lutte et l’adaptation aux changements climatiques avancent

Alors que la pénurie de main d'œuvre, causée en partie par le vieillissement de la population, fait les manchettes tous les jours, la programmation de J’embarque! Les rendez-vous de la mobilité durable - Île de Montréal tenait cette année deux événements concernant également le vieillissement de la population sous l’angle de l’adaptation de la ville afin de favoriser la mobilité active des personnes aînées en contexte d’urgence climatique. 

En effet, la société québécoise vieillit rapidement et durablement et les parallèles entre l’aménagement pour répondre au vieillissement et celui nécessaire pour réduire et s’adapter aux changements climatiques sont nombreux.

D’abord, les aînés sont plus sensibles aux effets des changements climatiques comme les canicules et les trottoirs glacés, plus fréquents lorsque les températures hivernales baissent et franchissent le point de congélation régulièrement. Augmenter la canopée, déminéraliser la ville, revoir la gestion de l’eau et l’entretien des trottoirs sont alors autant de mesures d’adaptation aux changements climatiques qui bénéficieront aux aînés en premier lieu. 

Ensuite, les personnes aînées, et particulièrement ceux qui perdent leur permis de conduire en avançant en âge, ont besoin de milieux de vie favorables à la marche et de transports collectifs efficaces afin d’accéder à leurs destinations. Une ville favorable aux aînés est donc une ville où tout le monde bénéficie d’un accès à pied, et sans embûches, dans un environnement beau et agréable, aux épiceries, aux parcs, aux établissements de santé, etc. N’oublions pas que la population que constituent les personnes aînées est très hétérogène, et finalement pas si différente de la population générale. Bien qu’ayant ses besoins spécifiques.

La convivialité des déplacements à pied et en transports collectifs a ensuite le double effet de faciliter les déplacements sans voiture (première source de GES à Montréal et de collision routière mortelle) et de limiter  l’exposition au risque routier en réduisant les interactions piétons-voiture, notamment par la réduction des distances de traversée (îlots-refuge et saillies de trottoirs) et l’allongement du temps de traverse prévu par les feux de circulation. Car, là aussi, les piétons aînés sont les plus vulnérables au risque routier et il faut déplorer leur surreprésentation dans les décès de la route et les collisions dans les stationnements de la région.

Selon les intervenants des deux événements de septembre, on peut cependant se permettre un certain optimisme en observant la réceptivité de certains milieux municipaux pour l’adaptation au vieillissement de la population, particulièrement lorsque les aînés et leurs associations se mobilisent et réclament des changements dans leur milieu de vie. Ces organisations municipales doivent servir d’exemple à suivre. Bien définir les besoins, travailler au maillage des actions (élus, population, professionnels municipaux et milieu associatif), le renforcement des capacités d’influence des personnes aînées engagées et diffuser les outils et les bons coups existants sont des facteurs de succès. 

Pendant des décennies, l’adaptation de la ville à l’automobile a dégradé l’expérience de déplacement des piétons et favorisé leur motorisation. Le vieillissement de la population offre aujourd’hui un puissant levier à mobiliser pour accélérer le chemin inverse : les baby-boomers. Aujourd’hui âgée de 55 à 75 ans, cette génération démographiquement et politiquement puissante est appelée à graduellement se démotoriser à court et moyen terme , de façon choisie, sinon subie. Les baby-boomers ont donc tout intérêt à réclamer de tout leur poids une ville favorable aux piétons aînés et adaptée aux changements climatiques.

À voir ou revoir:
Le webinaire Outils de diagnostic et principes d’aménagement abordant trois démarches récentes faisant le lien entre aménagement et mobilité active des aînés
La table-ronde Urgence climatique et vieillissement: même combat ? 

Merci aux panélistes et organisations impliquées : notre collègue Amélie-Myriam Plante du Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal), Jean-Marc Laforest de la Table de concertation des aînés de l’île de Montréal (TCAIM), Nahoé Tardif du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), Élaine Fournelle de Piétons QuébecPauline Turmel de la Table citoyenne aînée Vivre et vieillir à Rosemont, Antoine Guilbault-Houde, conseiller en planification à l’Arrondissement de Montréal-Nord et Sébastien Lord, professeur agrégé de l'École d'urbanisme et d'architecture de paysage de l'Université de Montréal et directeur de l’Observatoire Ivanhoé Cambridge sur le développement urbain et immobilier.