Milieux naturels sur l’île de Montréal: ça sent le printemps!

Dans les dernières semaines, en plus de l’arrivée du printemps et de ses bourgeons, plusieurs annonces ont été faites concernant des projets de protection et de mise en valeur des milieux naturels sur l’île de Montréal. 

Ces annonces tombent à point nommé avec le dernier rapport du GIEC sur l’adaptation aux changements climatiques nous rappelant qu’il ne reste que 3 ans pour plafonner les émissions mondiales de gaz à effet de serre et ainsi limiter le réchauffement à 1,5 °C. Sachant le rôle que les milieux naturels jouent dans la lutte (captation et séquestration du carbone) et l’adaptation aux changements climatiques (refroidissement de l’air ambiant, prévention des inondations, etc.), il est de plus en plus primordial de protéger et de restaurer ceux-ci, et ce, le plus rapidement possible. 

Voici donc un petit tour d’horizon sur les plus récentes annonces en lien avec les milieux naturels de Montréal ainsi que quelques dossiers à suivre dans les prochains mois.

 

Paysage humanisé

Une nouvelle étape a été franchie récemment dans le dossier du paysage humanisé de L’Île-Bizard. Effectivement, le conseil d’agglomération de Montréal a approuvé, le 24 mars, une entente entre la Ville et le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) pour la mise en œuvre du plan de conservation du projet. Cette entente engage le gouvernement provincial à inscrire le territoire du paysage humanisé de L’Île-Bizard au Registre des aires protégées du Québec et à poursuivre les démarches pour l’obtention d’un statut permanent. 

À titre de rappel, c’est le 30 septembre dernier, que le statut de paysage humanisé projeté de L’Île-Bizard est entré en vigueur, soit le premier projet de ce type au Québec. Ce projet vient porter à 8% la proportion de milieux naturels terrestres protégés sur le territoire montréalais dont la cible a été fixée à 10% dans le Schéma d’aménagement et de développement. 

Après plus de 10 ans de démarches dans ce projet, on peut dire que les bourgeons sont finalement sortis et on s’attend à une magnifique floraison. Le CRE-Montréal poursuivra d’ailleurs son implication dans ce dossier, entre autres en prenant part au comité de mise en œuvre.

 

Boisé du parc Marcel-Laurin

Le 6 avril dernier, l’arrondissement de Saint-Laurent a annoncé avoir reçu un financement du MELCC de près d’un million pour le projet Restauration et création de milieux humides et hydriques au boisé du parc Marcel-Laurin - Pour un milieu naturel vert et bleu. Cette subvention s’inscrit dans le cadre du Programme de restauration et de création de milieux humides et hydriques du Québec.

Le boisé du parc Marcel-Laurin, d’une superficie de près de 16 ha, comprend plusieurs types d’écosystèmes, soit la forêt, la friche arborescente, le marécage arborescent, le champ, le marais et la friche arbustive. Le projet vise notamment à restaurer les milieux humides et le ruisseau qui s’y trouve et à créer une connectivité hydraulique entre ceux-ci. Un volet touche également la lutte contre les espèces invasives comme le roseau commun, originaire d’Europe. Au final, le projet souhaite favoriser la biodiversité du site et augmenter les services écosystémiques rendus par la nature, notamment la résilience aux changements climatiques grâce à la gestion des eaux pluviales, la lutte contre les îlots de chaleur, la séquestration du carbone et la dépollution de l’air en zone largement industrielle. 

À titre de rappel, ce milieu naturel fait partie du projet de corridor de biodiversité de Saint-Laurent qui vise à augmenter la connectivité entre les milieux naturels de l’arrondissement sur 450 ha, notamment en passant sous les lignes à haute tension d’Hydro-Québec.

Outre ces deux annonces, plusieurs projets sont actuellement en cours et à suivre pour les prochains mois quant à la protection et la mise en valeur des milieux naturels. En voici quelques-uns.

 

Règlement de contrôle intérimaire de la CMM

La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a annoncé récemment vouloir interdire la construction dans les milieux naturels d’intérêt, principalement des milieux humides et des boisés. Les objectifs de ce règlement de contrôle intérimaire (RCI) sont notamment de protéger les habitats de la rainette faux-grillon, une espèce vulnérable au Québec et au Canada et de freiner la perte de milieux naturels dans le Grand Montréal.

Le projet de règlement est actuellement en consultation auprès des MRC et villes de la CMM et un vote aura lieu à la fin du mois d’avril. Si ce projet va de l’avant, il permettra à la région de poser un geste concret en termes de protection de l’environnement et de se rapprocher de la cible de protection de 17% des milieux naturels du territoire inscrite dans le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD).

Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) a publié, à la suite de cette annonce, une action éclair qui invite les citoyens des 82 municipalités de la CMM à demander à leur maire ou mairesse d’appuyer ce projet de RCI. Nous vous invitons à participer en grand nombre à cette démarche afin d’assurer l’entrée en vigueur du RCI via le lien suivant.

 

PRMHH

Depuis deux ans, la Ville de Montréal travaille sur le plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH) qui consiste en une réflexion stratégique intégrant la conservation des milieux humides et hydriques à l’aménagement du territoire de l’île de Montréal. Cette planification, qui couvre l’ensemble de l’agglomération, doit inclure une classification et une priorisation des milieux humides selon leur statut, soit la protection (préservation de l’état actuel), la restauration (rétablir l’état naturel) et l’utilisation durable (activités n’ayant pas ou peu d’impacts sur le milieu). 

Il sera très intéressant de voir les résultats de cette démarche et les stratégies sélectionnées pour la mise en œuvre de ce plan. La date limite pour le dépôt du PRMHH est planifiée pour le 16 juin 2022. À suivre!

 

Plan directeur grand parc de l’Ouest

Avec l’entrée en vigueur du statut de paysage humanisé pour la partie nord de son territoire pressenti, la construction du grand parc de l’Ouest progresse significativement pour faire de Montréal une île plus résiliente et plus inclusive à l’horizon 2030. 

Mosaïque de milieux naturels, d’espaces agricoles et d’interface avec le fleuve Saint-Laurent, le lac des Deux-Montagnes et la rivières des Prairies, son territoire regroupe quatre parcs-nature et un parc agricole, ainsi que les espaces verts et les activités agricoles qui permettent de les connecter et de les consolider.

Ce projet est remarquable à plus d’un titre: 

  • par sa taille, puisqu’avec 30 km2, il sera le plus grand parc municipal canadien; 
  • dans sa conception puisque la consultation virtuelle de Réalisons Montréal a permis de recueillir 4 500 visions citoyennes;
  • par la présence du statut de Paysage humanisé, utilisé pour la première fois au Québec sur une partie de ce territoire.

Nous sommes maintenant en attente du plan directeur de la Ville, pour une première étape vers la concrétisation de cette vision collective.

La carte ci-jointe vous en rappelle le territoire.

Source : Réalisons Montréal

Golf Dorval

Ce dossier a retenu l’attention l’année passée avec le projet d’implantation d’une usine de la compagnie Meltech Innovation Canada. Le projet n’ayant finalement pas été réalisé sur les terrains fédéraux, nous sommes convaincus que le gouvernement du Canada a l’occasion de poser un geste fort dans ce dossier en créant un grand poumon vert et une aire protégée de plus de 100 hectares au cœur de Montréal tout en consolidant le parc-nature des Sources. Nous encourageons le gouvernement du Canada et la ville de Montréal à poursuivre les échanges, tel que souhaité dans la déclaration sur les golfs adoptée en 2021.

Enfin, nous serons à l'affût de la démarche de mise à jour du Plan d’utilisation des sols prévue en 2022-2023 d’Aéroports de Montréal. C’est en effet, selon nous, une occasion à saisir pour repenser l’avenir du site. Mais d’ici là, l’adoption d’un moratoire à tout développement sur les terrains fédéraux nous apparaît nécessaire.