Entrevue avec Stéphane Harbour, maire de l'arrondissement d'Outremont et membre du Comité exécutif de la Ville de Montréal, responsable de l'urbanisme.

En quoi le nouveau plan d’urbanisme de Montréal est-il différent des plans adoptés précédemment par les anciennes municipalités de l’île de Montréal ? 

Traditionnellement, le plan d’urbanisme est le document de référence pour la gestion du territoire municipal. Le nouveau plan possède cette caractéristique  mais, en plus, possède au moins six autres attributs qui le distinguent de ses prédécesseurs.  Il est fondé sur les principes du développement durable, il apporte une réponse consensuelle à la question : «Quelle genre de ville voulons-nous pour nous même et nos enfants?», il constitue le plan stratégique de développement et d’aménagement de Montréal, il donne une place centrale à la qualité de l’architecture et à la préservation de l’environnement naturel, il adopte une approche intégrée par enjeux et insiste sur les outils de mise en œuvre du plan, enfin il est le fruit d’un vaste travail de concertation regroupant les citoyens, les associations, les groupes communautaires, les universitaires, les arrondissements et les organismes gouvernementaux.

Le plan proposé se veut sous le signe du développement durable; quelles sont les propositions qui concrétisent cette orientation ? 

Rappelons que l’idée de ‘développement durable’ renferme des principes qui sont souhaités par la population montréalaise, à savoir : respecter l’environnement et les milieux naturels du territoire montréalais, préconiser un développement qui soit socialement équitable, soutenir le dynamisme économique, consolider le tissu urbain existant, mieux rentabiliser les infastructures, favoriser une plus grande utilisation du transport collectif et des modes de déplacement non motorisés, rechercher la qualité en matière d’architecture et d’aménagement urbain et assurer une participation des citoyens aux processus décisionnels. Tel qu’énoncé dans les premières pages du document, le parti pris du plan est le développement durable.  Il s’en suit que toutes les propositions du plan se fondent sur ce principe.  Je donne un exemple : le plan d’urbanisme propose de densifier les terrains qui sont situés à proximité immédiate des stations de Métro ou de trains de banlieue.  Je  propose d’aller plus loin et de concrétiser cette orientation du plan par une stratégie immobilière et quelques projets de démonstration.  Pour ceux-ci, nos services sont en train d’identifier les sites les plus appropriés pour des interventions à court terme.   

Avez-vous l’intention de retenir les recommandations de l’OCPM ?

L’Office de consultation publique a formulé 45 recommandations.  Elles seront pratiquement toutes intégrées.  En fait, 18 étaient déjà totalement intégrées dans la version du plan d’avril dernier et seront maintenues, 12 ont été intégrées dans la version finale et seront renforcées et six seront intégrées partiellement.  Quant aux neuf autres, elles appartiennent à d’autres instances que le plan d’urbanisme.  Par exemple, l’OCPM propose de donner des objectifs quantitatifs portant sur la réduction de l’utilisation de l’automobile.  Sur cette question, le Plan d’urbanisme donnera l’orientation générale de réduction; il reviendra au Plan de transport d’apporter des précisions et donner des objectifs quantitatifs. 

Y a-t-il une contradiction entre les orientations favorables au transport en commun et le pont proposé sur la rivière des Prairies en prolongement de l’autoroute 25 ?

Selon nous, il n’y a pas de contradiction.  La bonne gestion du transport des personnes et des marchandises exige des interventions à la fois sur le transport collectif mais aussi sur le transport routier.  C’est une question d’efficacité économique.  Le Plan d’urbanisme répond à cette réalité.  En ce qui concerne plus précisément le transport des personnes, le plan d’urbanisme met l’accent sur le transport collectif.  Et ce, d’une façon extrêmement volontaire. Quant au cas particulier du pont de la 25, le plan rappelle que le ministère des Transports s’est engagé à mener des études de réalisation et que la Ville se prononcera à la lumière des résultats de ces études.  Celles-ci devront notamment démontrer qu’une telle infrastructure contribuera à améliorer le transport des marchandises dans l’Est de Montréal, à favoriser le transport collectif et à ne pas augmenter le nombre de véhicules sur le territoire montréalais.

Comment expliquer le silence du Plan d’urbanisme sur l’avenir du parc des Îles?

Le plan n’est pas silencieux sur le parc des Îles.  Au contraire.  La version finale du plan vise à renforcer la vocation du parc des Îles comme un lieu de détente, de loisir et de contact avec la nature.  Les  îles Notre-Dame et Sainte-Hélène, de même que la majeure partie du Vieux-Port,  étaient déjà désignées dans la catégorie «grand parc» sur le plan d’affectation du sol du Plan d’urbanisme de la version d’avril.  En plus, en conformité avec 
cette affectation, la réglementation d’urbanisme de l’arrondissement Ville-Marie viendra renforcer et préciser la vocation parc de ce lieu à haute valeur symbolique.   

En ce qui concerne l’application du Plan d’urbanisme, quelle est la marge de manœuvre des arrondissements de Montréal ?  Aussi, qu’en est-il des villes qui se défusionnent ? 

Le plan d’urbanisme s’applique intégralement à tous les arrondissements de la ville et ceux-ci devront modifier leurs règlements d’urbanisme pour les rendre conformes au nouveau plan dans un délai de 12 mois suivant l’adoption du plan.  Il ne faut pas oublier non plus que chaque arrondissement a participé activement à l’élaboration du plan, non seulement pour les questions particulières touchant son territoire mais aussi pour les enjeux panmontréalais. En ce qui concerne la gestion de l’urbanisme par les municipalités qui seront reconstituées au 1er janvier 2006, nous travaillons actuellement à lever l’ambiguïté qui persiste.  En effet, la loi 9 qui encadre les défusions est silencieuse sur la question du plan d’urbanisme. On déduit de ce silence que c’est la Loi sur l’aménagement et  de l’urbanisme qui continue à s’appliquer, en conséquence, le plan d’urbanisme demeurerait de compétence municipale.  

En revanche, la Loi 9 qui encadre les défusions confie des responsabilités d’aménagement au futur Conseil d’agglomération comme le réseau artériel, le transport collectif, le logement social, le développement du centre-ville ou la requalification des grands sites urbains.  Pour s’acquitter de ces responsabilités, le Conseil d’agglomération devra disposer d’outils lui permettant de faire connaître sa planification et s’assurer que ses orientations puissent être mises en œuvre et respectées.  La nécessité s’impose d’harmoniser le développement et l’aménagement des municipalités entre elles.  Le nouveau plan d’urbanisme qui présente pour la première fois dans l’histoire une vision commune  et consensuelle de l’aménagement et du développement à l’échelle de l’île peut très bien devenir cet outil et ce cadre de références commun.  C’est ce que nous faisons valoir aux experts  du Ministère des affaires municipales.  Le gouvernement du Québec aura à prendre une décision importante sur cette question pour faciliter la mise en œuvre du plan auquel ont participé tous les arrondissements, y compris ceux qui vont se reconstituer en municipalités à partir de janvier 2006.   

Quelles sont les étapes à venir ? 

La loi exige que le plan d’urbanisme soit adopté avant la fin de 2004.  Nous entendons respecter cette obligation.  Le rapport de l’OCPM sur le Plan d’urbanisme a été rendu public le 12 octobre dernier et  a été déposé au Conseil de ville.  Le 3 novembre dernier, la version finale du plan d’urbanisme a été approuvée par le Comité exécutif.  Le 22 novembre, le plan sera soumis pour adoption par le Conseil de ville.  L’année  2005 sera consacrée à l’intégration des chapitres d’arrondissement au Plan d’urbanisme et à la révision de la réglementation d’urbanisme de chaque arrondissement pour la rendre conforme au nouveau plan, de même qu’à la finalisation du  Schéma d’aménagement de la Communauté métropolitaine de Montréal.  Enfin, en 2006, on fera les ajustements pour s’adapter à la réalité du Conseil d’agglomération et des municipalités reconstituées.