Entrevue avec Bruce Walker de STOP

Dernièrement, nous avons beaucoup entendu parler de mauvaise qualité de l'air à Montréal avec l'épisode prolongé de smog que nous avons eu. Décrivez-nous les grandes sources de pollution atmosphérique au niveau de la métropole, en termes de sources fixes et de sources mobiles.

À Montréal, le smog représente une forme de pollution atmosphérique importante et inquiétante. Le composé principal du smog est l'ozone, considéré comme un polluant secondaire car il est issu de réactions chimiques entre plusieurs produits, appelés polluants précurseurs : des oxydes d'azote (NOx) et des composés organiques volatils (COV). Les NOx proviennent de sources mobiles, soit les émissions des véhicules légers et lourds, et de sources fixes industrielles, surtout les chaudières industrielles. Les COV proviennent aussi de sources mobiles, essentiellement des émissions des véhicules légers (le diesel utilisé par les véhicules lourds en contiennent peu), de sources fixes comme les raffineries et les sites d'entreposage de pétrole, et de sources diffuses comprenant les émissions des poêles à bois et les produits de consommation courante tels que les peintures et les solvants.

Les particules fines, autres composés principaux du smog urbain, proviennent d'une part directement des gaz d'échappement des véhicules lourds mal réglés et fonctionnant au diesel, d'autre part de polluants précurseurs, tels que les bioxydes de soufre (SO2) qui sont émis surtout par des sources fixes comme les raffineries de pétrole et les systèmes de chauffage à l'huile commercial et industriel. Les poêles à bois résidentiels durant l'hiver, particulièrement dans l'Est de l'île, représentent une source locale problématique.

En période estivale, le smog est composé de particules fines et d'ozone. L'ozone présent à Montréal provient pour la moitié de nos voisins en amont de la métropole et pour l'autre moitié des activités de la région montréalaise. Quand la température extérieure atteint ou dépasse 22o.C, une réaction dite photochimique (car elle fait intervenir les rayons du soleil) engendre la transformation des polluants précurseurs et la formation de l'ozone.

En hiver, le smog est dû aux particules fines provenant des émissions des véhicules, des industries et plus localement des poêles à bois.

Les COV, soit plus de 800 substances répertoriées, représentent un triple danger : ce sont des précurseurs de l'ozone en été, certains engendrent des odeurs nauséabondes et d'autres sont cancérigènes comme le benzène. L'Est de l'île est un point chaud en cette matière.

Bien sûr, la liste des polluants atmosphériques est plus longue mais il est très difficile d'en connaître la composition. Ainsi on ne connaît pas les problèmes de pollution reliés aux métaux lourds sauf dans des cas de sources ponctuelles déterminées telles qu'une usine produisant du zinc à Valleyfield ou les émissions de mercure lors de l'incinération des boues de la station d'épuration de Montréal.

Quelle est la réglementation en vigueur qui s'applique à Montréal concernant la qualité de l'air ?

Montréal est la seule municipalité au Canada avec la région du Grand Vancouver qui a la capacité de réglementer les sources fixes et diffuses de polluants atmosphériques. Le gouvernement du Québec a donné cette juridiction à la Communauté urbaine de Montréal (CUM) lors de sa création en 1970, laquelle juridiction a été transférée à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en 2001. Aujourd'hui, c'est le Règlement 90, soit le Règlement relatif à l'assainissement de l'air.

Quelles sont les grandes lignes de cette réglementation ?

Tout d'abord, il faut savoir que le Règlement 90 qui s'applique sur l'île de Montréal est plus strict que l'actuel règlement québécois en termes de nombre de polluants concernés, de nombre de sources visées et dans certains cas, de taux d'émission permis.

Quelques points majeurs du règlement 90 :

à Montréal, les vendeurs de produits pétroliers ont eu l'obligation dès les années 1970 de diminuer la teneur en soufre (SO2) de 50% dans leurs produits. Résultat : les concentrations en SO2 au centre-ville ont chuté de 50%. Pas de doute quant au lien de cause à effet dans ce cas-là !

Du temps de la CUM, les usines pétrochimiques ont été obligées via ce règlement de diminuer leurs émissions de COV dans les années 2000 (à cause des fuites dans les tuyaux et les réservoirs). Québec ne l'a pas encore fait.

STOP a poussé et appuyé la Ville de Montréal dans ces démarches de renforcement du règlement 90.

Selon vous, quelles seraient les améliorations à apporter à ce règlement pour une meilleure qualité de l'air à Montréal ?

Il faut des normes plus strictes d'émissions du fait de la grande proximité entre la population et les sites émetteurs de polluants atmosphériques. Les sources fixes étant devenues plus petites mais plus nombreuses (PME), il faudrait plus d'inspecteurs pour couvrir le territoire montréalais. La réglementation actuelle ne comprend encore aucune norme de rejet de NOx. C'est à corriger car, même si ces polluants sont inodores, ils sont très problématiques puisqu'ils sont des précurseurs de l'ozone, des particules fines et des pluies acides. Il serait aussi important de combler les lacunes techniques et juridiques qui rendent inapplicables certains articles du règlement 90. En termes de qualité de vie, dans un milieu urbanisé comme Montréal, il manque des zones tampon entre les sources fixes et le milieu récepteur, c'est-à-dire les citoyens. Jusqu'à il y a une dizaine d'années, on voyait se construire des habitations à proximité de sites problématiques comme l'ancienne carrière Miron devenue le site d'enfouissement de Montréal et l'usine d'équarrissage LOMEX dans l'est.

Selon vous, le règlement 90 devrait-il s'appliquer à tout le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et pourquoi ?

Oui, bien sûr. Le smog ne s'arrête pas à Pointe-aux-Trembles ; c'est un phénomène régional et non local ! Beaucoup de polluants atmosphériques ont une grande capacité de dispersion.

De plus, il faut éviter les paradis de la pollution en permettant aux municipalités voisines de Montréal d'avoir une réglementation plus permissive que Montréal, ce qui pousse les pollueurs à déménager là où les contraintes environnementales sont moins fortes. C'est aussi une question d'équité inter-municipale.

À Québec, le ministère de l'environnement est en train de revoir sa propre réglementation sur la qualité de l'air, laquelle s'applique à toute la province exception faite de Montréal. Quelles sont les éléments majeurs que vous considérez important d'inclure dans le futur règlement québécois ?

Tout d'abord, non seulement il faut conserver les normes d'air ambiant présentes dans la version actuelle du Règlement mais il faut aussi les renforcer. Il faut également resserrer les normes d'émission des COV et des NOx.

Le règlement québécois sur la qualité de l'air n'a pas les compétences juridiques pour obliger la récupération des vapeurs d'essence puisque cela relève du Ministère des ressources naturelles. Toutefois, cela devrait être inscrit dans un programme québécois d'assainissement de l'air, au même titre qu'un programme obligatoire d'inspection des véhicules lourds et légers.

Au niveau de la CMM et du gouvernement québécois, y a-t-il des dates à retenir dans le dossier de la qualité de l'air ?

Il faut savoir qu'avec la CUM, Montréal était à l'avant-garde de la lutte contre la pollution atmosphérique mais ce n'est plus le cas depuis 2001. La CMM ne bouge pas vite dans ce dossier et la prochaine séance publique de sa Commission de l'environnement ne se tiendra pas avant l'automne 2005 !

J'encourage la population montréalaise à faire des pressions auprès des élus, en se présentant et en posant des questions lors des Conseils de Ville et d'arrondissement pour leur signifier que la qualité de l'air les préoccupe beaucoup et que c'est en étroite relation avec la santé publique. Pour la CMM, son Conseil se réunit 8 à 9 fois par an et chaque réunion débute par une période de questions ouverte au public ; un autre lieu pour exprimer ses préoccupations. Il arrive souvent malheureusement que je sois le seul citoyen à y participer.

Plus précisément, j'inviterais les gens à faire leurs commentaires sur le projet de règlement québécois dans les 60 jours autorisés pour le faire suivant sa prépublication dans la Gazette Officielle du Québec.

Pour enregistrer une plainte concernant la pollution atmosphérique sur le territoire de la Ville de Montréal, il faut contacter la Direction de l'environnement au 280-4330.