Entrevue avec Chantal Rouleau, coordonnatrice du Comité ZIP Jacques-Cartier

À la veille du Forum sur les eaux usées montréalaises et la récupération des usages récréatifs en rive, un problème majeur vient de ressortir dans ce dossier dans l'Est de Montréal. 

Pouvez-vous nous le décrire ?

Dans le secteur de La Roussellière et Prince-Arthur à Pointe-aux-Trembles, un projet de construction de 134 logements sociaux qui a la cote d’amour auprès des instances gouvernementales et suscite beaucoup d’intérêts, a soudainement été suspendu par le service des travaux publics de Montréal. Au moment où les permis et les autorisations pour la construction devaient être émis, on s’est rendu compte que tout ce secteur déjà zoné haute densité résidentielle, n’est pas raccordé au réseau d’égout et à la station d’épuration. Depuis 1988, les égouts des résidences à logements multiples sont branchés à un immense collecteur pluvial qui déverse directement dans le fleuve depuis plus de vingt ans les rejets d’eaux usées des citoyens concernés.  Cette situation avait été autorisée à une époque et devait être temporaire pour permettre la mise en chantier de la réfection de la rue Sherbrooke. Connu depuis longtemps et régulièrement prévu au PTI de la Ville de Montréal, la correction  du problème des égouts devait se régler via l’immense projet de réfection de la rue Sherbrooke. Mais ce projet global coûte tellement cher (entre 40 et 70 millions) qu’on remet toujours la correction du non-raccordement aux calendes grecques. La situation aujourd’hui est que plus de 750 logements et donc, environ 3 000 personnes, envoient tous les jours leurs eaux usées directement dans le fleuve. Ce secteur a été oublié au fil du temps…

Il est donc entendu par les autorités municipales, ainsi que par le ministère de l’environnement qu’il est hors de question de bâtir un quelconque logement dans ces conditions. Le projet de construction de logements sociaux dans l’Est de Montréal est par conséquent menacé par un problème de pollution causé par les eaux usées rejetées dans le fleuve…

À l’heure où la Ville de Montréal vient de signer un protocole d’entente sur le développement durable et lance une nouvelle politique de protection des milieux naturels, cette situation est rocambolesque… et surtout inacceptable . Nous avons donc demandé aux autorités de la Ville d’agir très rapidement pour corriger la situation. Au nombre de logements non raccordés au réseau d'égout sanitaire, on peut facilement imaginer l'importance des volumes d'eaux polluées envoyés directement au fleuve.

Quelles en sont les conséquences environnementales et sur les usages récréatifs ?

Les conséquences sont désastreuses sur le plan environnemental évidemment car on parle de 3000 personnes qui déversent leurs eaux usées dans le fleuve tous les jours. C’est beaucoup de coliformes fécaux… Dans ce secteur on calcule jusqu’à 15 000 coliformes fécaux en continu, tous les jours. Le maximum accepté pour une activité de baignade est de 200 c.f. par 100 ml d’eau.  Il est maintenant reconnu par les scientifiques que l’apport en phosphore provenant des rejets municipaux crée un phénomène d’eutrophisation et que le fleuve se meurt peu à peu d’asphyxie. Les rejets d’eau usées au fleuve sont une source importante de pollution qui empêchent le recouvrement des usages tel que la baignade et les activités de contact. Mais non seulement, la pollution par les rejets municipaux est un problème environnemental grave, mais de plus, met un frein au développement social et économique en menaçant la construction de logements sociaux dont nous avons un besoin criant dans l’Est de Montréal. Les rejets d’eaux usées en rives sont une calamité et un frein au développement durable.

Avez-vous fait des interventions publiques pour dénoncer cette situation aberrante ?

Bien sûr ce dossier nous tient à cœur et vient mettre en évidence toute la complexité et l’ampleur des rejets d’eaux usées en rive. Nous avons tenu une conférence de presse conjointe avec la CDC de la Pointe et le Comité de vigilance environnementale de l’est de Montréal pour décrier cette situation et demander à la Ville la garantie par écrit que les travaux de correction seraient réalisés à bref échéance. Nous avons aussi fait des interventions au Conseil municipal de la Ville de Montréal et nous avons interpellé le Maire de Montréal M. Tremblay, le responsable du développement économique et du développement durable M. Alan DeSousa et le responsable du développement social et maire de Pointe-aux-Trembles/Montréal-est/Rivière-des-Prairies, M. Cosmo Maciocia. Tous sont convaincus qu’il faut agir rapidement pour corriger la situation. M. le Maire nous a d’ailleurs assuré de vouloir mettre tout en œuvre pour régler la situation en 2005. M. DeSousa met toutes les énergies à trouver l’argent et M. Maciocia tient absolument à ce que le projet de logements sociaux se réalise… Nous croyons que les bonnes personnes sont maintenant sensibilisées à la problématique.

Quelles ont été les réponses de l'Arrondissement et de la Ville ? Y a-t-il des corrections prévues prochainement ?

Une plage dans l’Est pourquoi pas? Si les corrections de rejets d’eau usées au fleuve sont réalisées, nous obtiendrons une meilleure qualité d’eau. Ce faisant, il est possible de cibler des endroits qui pourraient offrir un contact récréatif avec l’eau de façon sécuritaire pour la santé des citoyens. Le Maire de Montréal a été directement interpellé par la situation et nous a donné la garantie que les travaux de correction de non-raccordements seraient réalisés en 2005. Nous attendons impatiemment la lettre qui le prouve. Le Comité permanent du suivi des eaux usées de Montréal et les deux Comité ZIP métropolitains, Jacques-Cartier et Ville -Marie travaillent très fort à convaincre les élus et les dirigeants à mettre en place les correctifs. D’ailleurs, dans l’est de Montréal des sommes d’argent ont été identifiées pour corriger des situations de non-raccordement (Rêve sur Mer , 96e  et 97e ave) et de raccordements croisés (60e et 67e ave). Nous sommes bien convaincus que ces investissements sont bénéfiques pour le fleuve.  

À votre connaissance, y a-t-il ailleurs sur l'île de Montréal des cas similaires de pollution de l'eau en rive ?

Tout autour de Montréal il y a des problèmes d’écoulement au fleuve même en temps sec à cause des raccordements croisés et des débordements au fleuve ou dans la rivière, en temps de pluie.