Entrevue avec Jean-François Pronovost de Vélo Québec

Le printemps a commencé et la neige disparaît à Montréal. Alors plusieurs personnes vont remonter sur leur bicyclette, ou l'on déjà fait, et rejoindre ceux qui ont persévéré cet hiver à utiliser leur vélo pour se déplacer en ville. D'après vous, quel est l'état actuel du réseau cyclable à Montréal ? Peut-on dire qu'il s'est amélioré au cours des dernières années ?

Nous le répétons souvent : c'est surtout l'esprit vélo qui n'a cessé de se développer chez les montréalais et montréalaises au cours des dernières années. Le réseau cyclable s'est peu développé, hormis quelques corrections ponctuelles. Par contre, l'ouverture précoce du réseau cyclable cette année semble donner le ton à certains changements. Et avec le Plan de développement durable, le Plan d'urbanisme et l'énoncé de Plan de transport publié récemment, tout est là pour marquer le début du Montréal cyclable Phase II, la phase I ayant été dédiée à l'aménagement de grands axes que nous connaissons tous : l'axe Nord-Sud, l'inachevée Rachel, Gouin et Notre-Dame la déglinguée.

Est-ce que le printemps 2005 va voir se concrétiser des projets de nouvelles pistes cyclables à Montréal ?

Oui. En fait, 2005 et 2006 marqueront des changements. La Ville annoncera sous peu son plan pour accroître la mobilité et l'accessibilité à vélo au centre-ville. Le vélo sera intégré au réaménagement du carrefour Parc/Pins, ce qui est une autre très bonne nouvelle. Des travaux importants pour rendre plus sécuritaire l'Axe Nord-sud (feux de circulation), qui devaient être faits l'an dernier, seront aussi réalisés cette année. Un plan d'augmentation du nombre de stationnements pour vélos sera déployé au centre-ville. Bref, on sent que ce qui est en planification depuis un certain temps est en train de se mettre en place.

Quelles sont les démarches actuelles entreprises par Vélo Québec pour favoriser les déplacements en vélo dans la métropole ?

Nous travaillons à différents niveaux. Au plan de la concertation et de la planification, d'abord. Dans les suites du Sommet de Montréal, nous avons proposé des démarches à la Ville de Montréal en vue de parachever la Ceinture de l'île, ce qui est maintenant à peu près complété, et en vue de travailler sur la question du centre-ville. C'est le résultat de ce travail qui sera dévoilé dans quelques jours par le responsable du transport au Comité exécutif, M. Claude Dauphin. Nous sommes très fiers du travail que nous avons réalisé et je crois sincèrement que le Montréal cyclable avancera avec cela. Ce sera probablement le premier projet concret qui émanera de la vision du plan de transport. Cela touchera la circulation à vélo, mais aussi au stationnement vélo, qui on le sait, est souvent un sérieux problème au centre-ville.

Au plan technique, nous poursuivons constamment nos recherches sur les meilleures pratiques. La publication de la nouvelle édition du Guide technique d'aménagement de voies cyclables a marqué un tournant dans notre approche au plan technique. Nous parlons toujours, bien sûr, de pistes et d'espaces réservés pour la circulation à vélo, mais nous abordons de plus en plus la question sous l'angle de l'intégration du vélo dans la trame urbaine, en lien avec les piétons et les transports publics. C'est ce qui nous amène de plus en plus à parler de transport actif en lien avec les transports publics. Et c'est inévitablement ce qui nous amènera de plus en plus à proposer des aménagements qui contribueront à réduire la circulation automobile sur certains axes, à réduire la vitesse également et ainsi à donner une forme de priorité vélo et piéton sur ces axes.
 

Y a-t-il des exemples de villes dont, d'après vous, nous devrions nous inspirer pour améliorer et augmenter les déplacements utilitaires faits en vélo ?

Dans le travail que nous avons réalisé au cours de la dernière année, nous avons eu l'occasion de recenser les meilleures pratiques dans différentes villes au Canada, aux États-Unis et en Europe. C'est fabuleux de voir comment on peut assez simplement rétablir l'ordre de priorité entre piétons, cyclistes et automobilistes. À partir du moment où les options d'aménagement rejoignent bien les besoins de piétons, des cyclistes et du transport en commun, le reste n'est que volonté. Les sommes en jeu sont fort raisonnables et les réponses techniques sont multiples. Notre ami Michael Ronkin, planificateur cycliste pour l'État d'Oregon, est d'ailleurs venu récemment à Montréal nous présenter quelques unes de ces options.

Comment envisagez-vous l'avenir de la pratique du vélo à Montréal, pour les déplacements et les loisirs ?

Bon, premièrement, le vélo est définitivement là pour rester. Nous aurons d'ailleurs l'occasion cette année de vérifier la tendance dans l'utilisation du vélo à Montréal. Vélo Québec entame la troisième édition de l'enquête pan-québécoise sur la pratique du vélo (L'état du vélo au Québec) et cela nous permettra d'avoir un échantillonnage montréalais et d'établir un portrait comparatif de la situation avec les données récoltées en 1995 et en 2000.

Je suis, en général, de nature optimiste. Aussi, si la Ville démarre bien la première phase de mobilité et d'accessibilité au centre-ville, je crois qu'au cours des trois prochaines années, le réseau cyclable montréalais sera remis à niveau, autant en termes de correctifs réliés à la sécurité qu'en termes de kilométrage. Je crois qu'au cours des dix dernières années, on a constaté que le vélo était réellement un mode de transport à Montréal et qu'il était essentiel que son intégration soit assurée aux différents niveaux de planification.

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