État de la gestion des matières résiduelles et systèmes de récupération sur aires publiques dans l'arrondissement Ville-Marie par le Consortium Écho-logique

Au printemps dernier, le Consortium Écho-Logique décidait d'entreprendre une étude portant sur la gestion des matières résiduelles sur les aires publiques de l'arrondissement Ville-Marie dans un contexte où l'arrondissement s'apprêtait à retirer les 124 bacs à trois voies mis en place depuis 2001 sur son territoire (ce qui fut d'ailleurs fait en juin 2006). Les résultats de cette étude ont pour objectif de distinguer les producteurs qui pourraient éventuellement être appelés à participer financièrement à l'implantation d'un mobilier écologique urbain. De plus, l'intérêt de cette étude est de créer un canevas de travail qui pourrait être utilisé pour des études futures dans d'autres arrondissements ou municipalités et même possiblement dans d'autres provinces.

Cette étude, réalisée avec la collaboration de RECYC-QUÉBEC, Boissons Gazeuses Environnement, la Table de concertation sur la récupération des CRU non consignés et le CRE-Montréal, démontre clairement que plus de 82 % des matières caractérisées sont recyclables et qu'environ 20 000 tonnes de matières pourraient éviter l'enfouissement chaque année, et ce, uniquement sur les aires publiques municipales de l'arrondissement Ville-Marie.

Une nouvelle étude plus approfondie

Depuis 2001, le CONSORTIUM ÉCHO-LOGIQUE a développé une expertise en gestion des matières résiduelles sur aires publiques, particulièrement lors d'événements spéciaux. D'ailleurs, plusieurs activités de caractérisation ont d'ores et déjà été effectuées au cours des périodes estivales passées.

Au cours du printemps 2004, une étude de caractérisation détaillée des Boîtes Écho-Héritage avait été réalisée par le CONSORTIUM ÉCHO-LOGIQUE. Mais seules les matières résiduelles comprises dans les deux compartiments destinés aux matières recyclables (contenants et fibres) avaient été caractérisées. Les matières résiduelles situées dans le compartiment destiné aux déchets n'avaient pas été caractérisées. Lors de cette étude, toutes ces matières avaient été pesées, identifiées et triées.

Boîte Écho-Héritage

Il était grand temps d'effectuer une caractérisation complète des trois sections d'un certain nombre de boîtes de récupération multimatières Écho-Héritage dans l'arrondissement Ville-Marie. Les résultats obtenus grâce à cette caractérisation ont pu notamment montrer comment les gens participent au tri de leurs résidus de postconsommation selon les trois compartiments identifiés de la Boîte Écho-Héritage.

Les résultats de cette toute première étude québécoise de caractérisation des matières résiduelles générées sur les aires publiques municipales représentent un important pas dans la reconnaissance de ce secteur encore inexploité. Bien que la présente étude porte exclusivement sur le territoire de l'arrondissement Ville-Marie, la méthodologie utilisée et les résultats obtenus pourront servir de base à la réalisation d'études ultérieures.

Arrondissement Ville Marie : un choix stratégique

Plusieurs raisons justifient l'implantation de mobilier écologique sur les aires publiques de l'arrondissement Ville-Marie. La plus importante révélation de cette étude porte sur la part de matières recyclables générées sur aires publiques, soit 82 % de toutes les matières résiduelles caractérisées. Cette proportion s'élève à 87 % lorsqu'on regarde du côté de la Boîte Écho-Héritage à trois voies contre 71 % de la Poubelle municipale. Considérant les 23 723 tonnes de matières collectées sur les aires publiques et éliminées par l'arrondissement en 2005, on comprend qu'un système de récupération efficace pourrait permettre de détourner de l'élimination quelque 20 000 tonnes par année.

Aussi, l'arrondissement Ville-Marie constitue le cœur de l'activité économique, touristique et culturelle de Montréal. Composant essentiellement le centre-ville de Montréal, l'arrondissement Ville-Marie reçoit quotidiennement plus de 450 000 visiteurs, incluant étudiants, travailleurs et touristes. À ceux-ci s'ajoutent plus de 75 000 résidants. Accueillant de nombreux festivals et événements spéciaux tout au long de l'année et comprenant plusieurs centres de divertissement et de culture ainsi que 10 000 places d'affaires, cet arrondissement est le plus connu et le plus couru de Montréal.

De l'approche volontaire à la récupération obligatoire

Actuellement, le seul incitatif formel à la valorisation des résidus est la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 incluant, par conséquent, les plans de gestion des matières résiduelles municipaux de même que les Lois 102 (responsabilité élargie des producteurs) et 130 (redevances à l'élimination). En regard des performances du Québec, particulièrement au plan municipal, certains groupes environnementaux, comme le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGÉD), n'hésitent pas à demander au gouvernement du Québec de délaisser l'approche volontaire au profit d'une loi rendant la récupération obligatoire.

Les municipalités doivent développer et mettre en oeuvre des solutions novatrices et viables en vue d'atteindre l'objectif de récupération de 60 % fixé par la Politique québécoise pour le secteur municipal. Les aires publiques des grandes villes sont des lieux propices à la consommation et peuvent grandement influencer l'atteinte des objectifs de la Politique québécoise. L'état d'avancement du Québec en matière de gestion environnementale de ses résidus démontre qu'il est mûr pour intégrer officiellement les aires publiques dans des objectifs concrets de développement durable. L'intégration de ce tout nouveau secteur s'inscrit dans une perspective de développement logique alors que ce secteur représente une avenue complémentaire formant une alliance stratégique avec le secteur résidentiel et les ICI (Industries-commerces-institutions).

Des infrastructures au service de l'écocitoyenneté

Au-delà de la mise en valeur des matières recyclables, le prolongement de la gestion environnementale sur les aires publiques vise la transmission d'un message constant et unique : la gestion environnementale des résidus doit se faire partout et en tout temps. En effet, l'absence d'infrastructures de récupération, sur le domaine public comme ailleurs, nuit à l'intégration d'un geste conditionné puisque le consommateur se retrouve trop souvent confronté à la poubelle comme seul moyen de disposition de ses résidus recyclables. Il s'ensuit un relâchement dans la poursuite des bonnes habitudes.

L'impact le plus important demeure l'effet d'entraînement et de renforcement de l'écocitoyenneté par une offre constante d'une option à l'élimination jusque sur la place publique. La disposition de réceptacles de récupération sur les aires publiques municipales représente un élément stratégique important en raison d'une grande visibilité auprès de la population octroyant un incontestable pouvoir d'influence et de changement social. De tels efforts se répercuteront à coup sûr sur les performances de récupération de la métropole.

FAITS SAILLANTS DE L'ÉTUDE

• 82 % de l'ensemble des unités caractérisées étaient recyclables.

(Bac Écho-Héritage = 87 %, Poubelle municipale = 71 %)

• L'implantation d'un système de gestion environnementale efficace sur l'ensemble des aires publiques municipales de l'arrondissement Ville-Marie pourrait permettre d'éviter l'élimination d'environ 20 649 tonnes de matières recyclables par année.

• La section « Déchets » de la Boîte Écho-Héritage comprend 71 % d'unités recyclables.

• Plus de la moitié (53 %) des matières contenues dans la Boîte Écho-Héritage sont des fibres, contre 32 % du côté de la Poubelle municipale.

• 75 % des contenants et des emballages retrouvés dans la Boîte Écho-Héritage sont en plastique, contre 88 % dans la Poubelle municipale.

• Le polystyrène occupe 37 % des unités de plastique de la Boîte Écho-Héritage, contre 54 % du côté de la Poubelle municipale.

• 53 % des contenants de boissons (bouteilles et canettes) caractérisés dans la Boîte Écho-Héritage sont en plastique, contre 58 % dans la Poubelle municipale.

• 24 % des contenants de boissons sont consignés dans la Boîte Écho-Héritage, contre 26 % dans la Poubelle municipale.

• Environ 92 % des bouteilles de plastique ne sont pas consignées (Boîte Écho-Héritage et Poubelle). Parmi celles-ci, on retrouve 71 % d'eau embouteillée.

• Les usagers disposent les bonnes matières dans les deux sections destinées au recyclage de la Boîte Écho-Héritage à plus de 75 %.

• Tim Horton, le journal Métro et McDonald sont les 3 principaux producteurs de produits recyclables retrouvés sur les aires publiques de l'arrondissement Ville-Marie au moment de l'étude.