Vers l'écologie urbaine : Toronto, Portland et Minneapolis nous apprennent à rêver en vert

Jacob Nerenberg 
Chargé de projet, Centre d'écologie urbaine

Le 10 mars 2006, 300 personnes se sont rassemblées à l'UQàM pour entamer les échanges, l'apprentissage et le développement de réseaux qu'exige le défi de verdir le bâti urbain montréalais. Le colloque à saveur internationale Vers l'écologie urbaine : Verdir les toits et la ville - présenté par le Centre d'écologie urbaine en partenariat avec Aedifica, Alternatives, Atelier Habitation Montréal, le Conseil régional de l'environnement de Montréal et Vivre en ville - rassemblait professionnels du bâtiment, propriétaires, gestionnaires, élus, fonctionnaires et le grand public afin de développer des pistes d'action en matière d'implantation des toits verts et autres techniques de bâtiment durable.

Comme le défi du verdissement urbain demande une concertation large et des progrès à plusieurs niveaux, le colloque a permis d'explorer cette thématique sous plusieurs angles. Ainsi, les participants avaient à faire des choix – parfois difficiles – entre ateliers et panels touchant les approches pratiques en végétalisation de bâtiments, le développement de politiques municipales pour stimuler le verdissement et le développement de la capacité locale en matière de construction écologique.

L'impact le plus marquant de la journée fut sans doute laissé par les exposés des initiatives et politiques mises en place dans les villes de Toronto, Portland (Oregon) et Minneapolis. Ces villes, dont les contextes politiques, géographiques et environnementaux sont différents les uns des autres, sont unis par le fait d'être gérés par des administrations municipales pour qui l'engagement environnemental est concrétisé par des actions et un véritable encadrement efficace qui dépasse de loin les belles paroles auxquelles sont habitués les montréalais.

Portland offre un excellent exemple d'une ville qui se livre pleinement sur la voie écologique. Terry Miller, duPortland Office of Sustainable Development, a présenté en détails l'ensemble des nombreux moyens dont s'est dotée l'administration pour faire implanter des pratiques écologiques, notamment au niveau de la gestion de l'eau de pluie. Plusieurs projets de bâtiments écologiques et de toits verts sont complétés et en cours. La ville organise même des assemblées festives sur les toits verts afin d'en faire la promotion et la sensibilisation. D'un intérêt particulier est le haut niveau de coopération qui existe entre les divers organes de la bureaucratie municipale, qui unissent leur expertise et leurs moyens financiers afin de faire avancer de belles initiatives de verdissement.

L'exemple de Toronto offre également aux montréalais de quoi s'inspirer. Toronto a tout récemment adopté un ensemble de politiques relatives aux toits verts, initative qui représente une stratégie pour permettre leur implantation à une échelle assez grande pour que la Ville puisse en réaliser les avantages et les économies – au niveau de la réduction de smog, de la gestion de l'eau, de la consommation d'électricité et de la santé des torontois. Un aspect fascinant de l'exposé de Jane Welsh du département de City Planning , était la nature participative de l'élaboration de la politique de Toronto. Son élaboration a véritablement incorporé la participation de tous les intervenants pertinents – des promoteurs de toits verts aus gestionnaires d'édifices aux citoyens engagés.

Quant à Minneapolis, cette ville dont les extrêmes de température s'apparentent à ceux de Montréal, se classe comme chef de file nord-américain en gestion de l'eau de pluie. Comme a expliqué Paul Chellsen, un « gourou » en cette matière, Minneapolis entreprend depuis longtemps des mesures afin de modérer le débit d'eaux pluviales pour prévenir le phénomène de déverse d'eaux sanitaires non traitées dans les cours d'eaux qui traversent la ville – phénomène fréquent et inquiétant à Montréal. Présentement, Minneapolis considère les toits verts comme outils privilégiés de gestion de la pluie dans les quartiers centraux. La facturation séparée pour les frais de traitement de l'eau pluviale – dans le cadre duStormwater Utility - fait en sorte que les toits verts bénéficient d'une subvention financière indirecte.

La journée traitait bien plus que de politique, bien sûr. Des ateliers pratiques ont permis aux participants intéressés de se renseigner sur plusieurs sujets d'intérêt : Véronique Jampierre de Vivre en ville a présenté les choix de végétalisation de bâtiments qui s'offrent aux résidents; Carole Gaumont du CRE-Montréal a discuté de l'impact du verdissement urbain sur la santé humaine; les architectes Daniel Pearl et Guy Favreau ont présenté des projets montréalais de logement social écologique; Marie-Anne Boivin de Soprema a partagé son expertise et ses expériences en agronomie sur toit; et Ismaël Hautecoeur d'Alternatives / des Jardins sur les toits a présenté un projet d'agriculture urbaine communautaire afin de coloniser de verdure productive les toits, balcons et autres espaces urbains « gaspillés ».

De plus, des panels ont rassemblé des experts provenant d'horizons variés pour discuter et identifier des pistes d'action en matière de développement de l'industrie du bâtiment durable, de verdissement des édifices institutionnels et d' «écologisation» de la formation professionnelle.

Un des faits saillants de la journée fut la présentation en primeur d'extraits du 9 e épisode de la série documentaire Les citadins du rebut global – série qui expose plusieurs techniques de construction écologique. Ces extraits, mettant en vedette Owen Rose et le projet de démonstration de toit vert du Centre d'écologie urbaine, ont permis de situer le bâtiment durable dans un contexte large de vie urbaine écologique. L'exposé de la vie paisible de Vauban, à Freiburg (Allemagne), quartier où la circulation automobile est interdite, en a séduit plusieurs.

Le 10 mars était une journée mémorable qui a sûrement donné naissance à de nombreuses collaborations futures qui viendront verdir le paysage urbain montréalais. Elle a permis un rassemblement des énergies de verdissement de 300 personnes, qui ont bien compris que le colloque, la discussion, et les échanges ne sont qu'un début : pour arriver à une ville verte les citadins devront se mettre à l'oeuvre, initier des projets, exercer pression et encouragement envers les élus, et continuer à rêver en vert.

Pour se renseigner davantage, visitez www.ecologieurbaine.net