Côte Saint-Luc, une ville en avance sur Montréal au chapitre de la gestion des matières putrescibles

Entrevue avec Dida Berku, conseillère associée au maire de Côte Saint-Luc

La commission du Conseil d'agglomération sur l'environnement, le transport et les infrastructures a tenu à la fin du printemps dernier des séances publiques pour entendre les différents commentaires et recommandations de la population sur le projet de Plan directeur de gestion des matières résiduelles de l'agglomération (PDGMR). Un grand nombre d'organismes environnementaux et de citoyens de la métropole qui ont participé à ces séances se sont dits très déçus par le document présenté. Alors que l'agglomération accuse déjà un important retard sur les objectifs visés par l'actuelle Politique québécoise de gestion des matières résiduelles à la fin de 2008, le projet de PDGMR repousse à 2018 l'atteinte de ces objectifs.

La ville de Côte Saint-Luc a également fait part de ses commentaires sur le projet de PDGMR lors de la tenue de ces séances publiques. Pouvez-vous nous expliquer votre position générale par rapport à ce document ?

En principe la position de la Ville est que le plan est trop peu et trop lent et trop rigide. Nous privilégions une politique plus souple qui nous permettrait d’accélérer le service à la population.

La réduction à la source, l’incitation au réemploi, et le compostage sur site ou à proximité offrent tous une meilleure efficacité et représentent des solutions plus durables pour l’environnement que le développement de grandes infrastructures. En favorisant les 3R+C avant la soi-disant valorisation, et en étant plus proches de la source de matières résiduelles que les infrastructures à grande échelle, les villes et les arrondissements peuvent être plus efficaces.

La ville de Côte Saint-Luc a développé dernièrement un projet de collecte de matières putrescibles. Pouvez-vous nous le décrire ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

En septembre 2007, Côte Saint-Luc est devenue la seule municipalité sur l’île de Montréal, et une des seules au Québec, à offrir un programme de collecte à trois voies. Nous avons mis sur pied un programme de collecte des matières organiques pour 500 maisons, et présentement nous nous préparons à étendre le programme à toutes les maisons unifamiliales et les duplex de Côte Saint-Luc d’ici septembre 2008.

Par ailleurs, la planification est en cours pour le remplacement de tous les bacs bleus ouverts (64L) par de plus gros bacs roulants pour les maisons unifamiliales et les duplex. Ce changement sera réalisé en 2009. Côte Saint-Luc espère être une des premières villes au Québec à atteindre la cible de 60 % de récupération des déchets telle qu’établie dans la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008.

Pour atteindre les objectifs de la Politique québécoise (et les dépasser !), les villes de l'agglomération doivent obligatoirement mettre en place la collecte de l'ensemble des matières putrescibles. Quels sont selon vous les décisions à prendre et les gestes à poser pour y parvenir, tant au niveau de l'agglomération que des villes qui la composent ?

Nous avons deux obstacles principaux que le MDDEP pourrait nous aider à surmonter. En premier lieu, Côte Saint-Luc n’a pas encore reçu sa part des redevances, tout comme les autres municipalités défusionnées de l’île de Montréal. La portion des redevances qui est due à Côte Saint-Luc, et gardée en réserve, est présentement de 416 190,71 $.

Le deuxième obstacle qu’il nous faut surmonter concerne un centre de traitement. Jusqu’au mois d’avril 2008, Côte Saint-Luc envoyait ses matières organiques au site géré par GSI Environnement à Saint-Basile-le-Grand. Un représentant du MDDEP a délivré un avis d’infraction pour les installations de GSI, et le site ne peut plus accepter nos matières organiques. La Ville de Montréal nous a offert temporairement d’utiliser un centre de traitement, jusqu’en octobre prochain. Côte Saint-Luc a absolument besoin d’un centre permanent de traitement des matières organiques qui ne soit pas trop éloigné (à moins de 40 km), afin d’assurer le succès de son programme.

Quels autres changements majeurs voudriez-vous voir apportés au PDGMR final ?

Comme l’agglomération de Montréal est présentement responsable de l’élimination des déchets, il est urgent et essentiel qu’elle mette à notre disposition un site qui soit approprié et permanent pour disposer de nos matières organiques. Nous ne pouvons pas attendre 2018 pour les grands centres de compostage dont la construction reste à venir.

Les groupes environnementaux s'accordent depuis longtemps pour dire que les objectifs de la Politique québécoise sont tout à fait atteignables et même dépassables (plusieurs villes ici et ailleurs l'ont déjà prouvé). Qu'en pensez-vous ?

Oui. Dans le cadre du projet-pilote à trois voies de Côte Saint-Luc, nous avons atteint un taux de récupération d’approximativement 50 % de nos matières organiques (collecte d’environ deux tonnes par semaine) au cours des six premiers mois. Ces résultats ont été obtenus avec un budget minimal de moins de 20 000 $ pour desservir un ensemble de 500 maisons. Nous avons prouvé que les Côte-Saint-Luçois, comme tous les Montréalais, sont ouverts et disposés à adopter cette nouvelle méthode de traitement des déchets une fois qu’on leur donne l’information et les outils appropriés. Nous espérons améliorer nos résultats et atteindre l’objectif provincial de 60 % pour toutes les résidences participantes d’ici la fin de 2008. Les objectifs du PDGMR sont fixés d’après les énoncés de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 qui prend fin cette année. Il faut établir des objectifs et échéanciers plus serrés.

Les municipalités, comme gestionnaires de leurs propres équipements et immeubles, peuvent jouer un rôle exemplaire.


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Recommandations tirées du mémoire présenté par la ville de Côte Saint-Luc aux membres de la Commission du conseil d’agglomération sur l’environnement, le transport et les infrastructures :

Recommandation 1a : En accord avec le scénario privilégié dans le PDGMR, à savoir l’autonomie sectorielle ou le traitement des déchets sur le territoire où ils sont produits, le Plan directeur devrait s’appliquer à promouvoir le traitement des déchets localement le plus possible. Ceci pourrait inclure la délégation des pouvoirs et des finances à la municipalité locale, comme ce fut le cas pour le déneigement des grandes artères.

Recommandation 1b : Accepter le rôle majeur que jouent les arrondissements et les municipalités, et leur affecter les budgets en conséquence.

Recommandation 2 : Les redevances doivent être utilisées aux fins pour lesquelles elles ont été prévues, à savoir le financement d’initiatives novatrices en gestion des déchets, et non pas pour couvrir les frais d’activités de base liées à leur élimination.

Recommandation 3 : Un forum des représentants municipaux de l’ensemble de l’île incluant Montréal et les villes reconstituées devrait être mis sur pied afin de promouvoir et de partager les meilleures pratiques en matière de gestion environnementale des matières et ressources résiduelles.

Recommandation 4 : Un fonds vert spécial devrait être créé pour la gestion des déchets afin de récompenser les arrondissements et villes qui font preuve de meilleures pratiques et gains importants en récupération des déchets.

Recommandation 5 : Le Plan devrait fixer un objectif de récupération d’au moins 60 % pour toutes les matières recyclables pour 2012, comprenant les matières organiques.

Recommandation 6 : L’agglomération devrait fournir d’ici six mois, un site pour les résidus alimentaires et les résidus verts en provenance des municipalités locales (Côte Saint-Luc, Westmount et Pointe-Claire) ou financer l’achat et l’installation d’une unité autonome pour le compostage des matières organiques in situ (par ex., Hot Rot).

Recommandation 7 : Si l’agglomération de Montréal ne peut fournir un site autorisé approprié et permanent pour le traitement des matières organiques dans un délai de six mois, elle devra déléguer son pouvoir à la municipalité locale et lui assurer le financement nécessaire pour le traitement de ses matières organiques.

Recommandation 8 : Le gouvernement de l’agglomération doit travailler de pair avec l’industrie et les associations de gens d’affaires de l’ensemble de l’île pour convenir d’un calendrier de transition des sacs de plastique aux sacs compostables ou de papier, pour toutes les entreprises de l’île (par ex., SAQ -- voir l’Annexe C).

Recommandation 9 : L’agglomération de Montréal doit interdire les sacs de plastique pour la collecte des feuilles et autres résidus verts. Le gouvernement de l’agglomération doit s’assurer que les sacs de papier et sacs compostables soient disponibles dans les commerces et bureaux municipaux partout dans l’île.

Recommandation 10 : L’agglomération de Montréal doit travailler avec le secteur industriel afin de favoriser l’implantation d’un centre pour recycler le plastique de type 6.

Recommandation 11 : S’il n’est pas possible de créer un centre qui pourrait recycler le plastique de type 6, l’agglomération de Montréal devra travailler avec le secteur industriel et les associations de gens d’affaires partout sur l’île pour convenir d’un calendrier d’abandon permanent du plastique de type 6 pour l’emballage des produits domestiques.

Recommandation 12 : L’agglomération doit travailler avec la Ville de Côte Saint-Luc et les autres villes qui ont implanté la collecte de matières organiques afin de préparer un plan d’action clé en main que les municipalités et les arrondissements pourront suivre en vue de mettre en oeuvre leur propre service de collecte porte-à-porte des matières organiques.

Recommandation 13 : L’agglomération de Montréal doit intensifier ses efforts de sensibilisation du public par le biais de vastes campagnes dans les médias sur la gestion des matières résiduelles, notamment en fournissant une information plus détaillée sur ce qui est recyclable et ce qui ne l’est pas, ainsi que sur la collecte des matières organiques.

Recommandation 14 : Le Plan directeur doit encourager les entreprises locales commerciales à implanter de nouvelles technologies pour transformer, vendre, recycler et échanger toutes les ressources provenant des matières résiduelles d’après-consommation, et il doit en faire la promotion.

Recommandation 15 : Adopter des politiques d’achat écologique pour les municipalités de l’île afin de stimuler la demande pour les produits fabriqués de matière recyclée après consommation.