Entrevue avec Hélène Olland de l'organisme Espace québécois de concertation sur les pratiques d'approvisionnement responsable (ECPAR)

Tout d'abord qu'entend-on par «approvisionnements responsables» ? Quels impacts positifs cela apporte ?

L’approvisionnement responsable se traduit par l’introduction du développement durable et de la responsabilité sociale dans la fonction achat/approvisionnement des organisations. Ainsi, l’approvisionnement responsable concerne les achats des organisations, tant des entreprises que des organismes publics. Il vise à ce que de nouveaux critères environnementaux et sociaux s’ajoutent aux critères traditionnels d’achat que représentent le coût, la disponibilité et la qualité. L’objectif étant de diminuer les impacts environnementaux et de maximiser les bénéfices sociaux d’un produit ou d’un service à chaque étape de son cycle de vie, et ce de l’extraction des matières premières jusqu’à son traitement en fin de vie. Il s’agit d’une démarche holistique qui permet de renforcer la durabilité économique des organisations et celle de leurs parties prenantes.

Décrivez-nous la mission et les actions de l'ECPAR

L’Espace de concertation sur les pratiques d’approvisionnement responsable (ECPAR) a été créé en 2007 afin de développer, diffuser, mettre en œuvre et mesurer les avancées en matière d’approvisionnement responsable au Québec. À l’époque, cette initiative répondait à un réel besoin de partage des efforts et des coûts de recherche, compte tenu de la volonté des membres de mettre en œuvre les meilleures pratiques, tout en harmonisant leur message auprès des fournisseurs. Ainsi, nos actions visent à mobiliser les grands donneurs d’ordre, développer des compétences, favoriser la recherche et l’innovation, et mesurer et communiquer les progrès réalisés en la matière. Pour répondre à ses quatre objectifs, des outils et approches simples d’accès et destinés avant tout aux acheteurs ont été développés graduellement depuis 2007 et sont diffusés au moyen d’un site web via incluant une section spécifique réservée à la trentaine de membres que compte actuellement l’ECPAR.

Où en sommes-nous au Québec dans ce domaine ? Est-ce bien connu et appliqué ?

En décembre 2012, l’ECPAR a lancé en collaboration avec l’École des sciences de la gestion (ESG UQAM) et l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) le premier « Baromètre de l’approvisionnement responsable » au Québec. Cette étude réalisée auprès de 61 organisations privées et publiques a conduit aux constats suivants :

  • 82 % des organisations jugent l’approvisionnement responsable comme un enjeu critique ou important 
  • 66 % des organisations intègrent des critères de développement durable à leurs pratiques d’approvisionnement
  • Principaux moteurs : les valeurs morales, l’image de marque et la conformité réglementaire
  • Principaux freins : les coûts générés pour l’organisation, les objectifs contradictoires (la recherche du plus bas prix versus les critères de développement durable) et le manque d’informations sur les fournisseurs et produits/services éco-responsables

Finalement, cette étude va être reconduite en 2014 et intégrera cette fois-ci un indice de l’approvisionnement responsable permettant d’évaluer le niveau de performance des organisations québécoises en matière d’approvisionnement responsable.

Quelles sont les grandes étapes à suivre pour mettre en place un approvisionnement responsable au sein de son organisation ?

L’une des premières choses à considérer avant de se lancer dans une telle démarche est de s’assurer de l’engagement de la direction et des dirigeants. En effet, leur appui est essentiel pour la création d’une structure de gouvernance (comité, personne ressource, etc.) permettant de piloter l’ensemble du processus en approvisionnement responsable. Ce pilotage s’appuie généralement sur la mise en place d’un plan d’action ou d’une stratégie en achat responsable incluant des objectifs tangibles et mesurables. Il visera dans un premier temps à renforcer les capacités à l’interne notamment en sensibilisant, formant et mobilisant les acheteurs, gestionnaires et employés au développement durable et plus spécifiquement aux achats responsables. Dans un second temps, la modification de règles et procédures d’achats permettra d’opérationnaliser l’intégration du développement durable aux achats à travers deux volets complémentaires: le volet produit et le volet fournisseur. L’approche produit se traduit généralement par l’insertion de spécifications environnementales et sociales dans les appels d’offres et dans les contrats. L’approche fournisseur quant à elle consiste à favoriser des fournisseurs ayant des pratiques responsables, en prenant garde de ne pas exclure du marché les plus petits joueurs   (petites et moyennes entreprises.

Avez-vous des cas exemplaires d'organisations au Québec?

La page d’accueil de notre site web illustre notamment les pratiques des membres de l’ECPAR en la matière. Certains sont plus actifs pour mettre en place des actions qui visent les fournisseurs, tels que Bell et Alcoa. D’autres ont développé des outils directement en lien avec leur mission et activités. L ’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) a par exemple conçu un Guide de référence pour l’intégration des principes de développement durable dans la construction et la rénovation des bâtiments, et RONA met sur le marché depuis 2008 des produits écoresponsables. Les organismes publics sont également passés à l’action. Dans le cadre de la Politique d'achats écologiques du gouvernement canadien, Travaux publics et services gouvernementaux Canada (TPSGC) a développé une trousse d’outils pour permettre aux ministères et organismes du gouvernement fédéral d'accéder aux ressources dont ils ont besoin pour respecter leurs obligations. La Ville de Montréal, Loto-Québec, Hydro-Québec, Desjardins et Gaz Metro sont autant d’organisations qui ont à coeur qu’un part de leurs achats soient réalisée auprès du secteur économie sociale.    

Pour plus d’informations, nous vous invitons à prendre connaissance des actions réalisées par les membres de l’ECPAR et des outils développés sur notre site web : www.ecpar.org