Habitat III : Des orientations mondiales communes en matière d’habitation et de développement urbain durable - Entrevue avec Louis Mazerolle de L’Atelier Urbain

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Habitat III est une conférence organisée par l'ONU-Habitat à Quito, en Équateur, qui a eu lieu du 17 au 20 octobre 2016. C'est la troisième conférence du genre à être tenue après celle de Vancouver en 1976 et Istanbul en 1996. Elle a pour but de définir les grandes orientations mondiales en matière d'habitation et de développement urbain durable.


1-Pouvez-vous nous dire ce qu'est Habitat III?
Cette conférence est le point culminant de deux années de négociations et de rencontres préparatoires, dont l'une s'est tenue à Montréal en 2015. L'objectif était de mettre les pays d'accord sur les orientations à prendre pour le développement des villes pour les 20 prochaines années. Ces engagements sont réunis au sein du Nouvel Agenda Urbain, un accord signé au terme de la conférence.


L'événement fut également l'occasion pour des professionnels, activistes, étudiants, élus locaux et dignitaires officiels de partout dans le monde de se réunir pour discuter, échanger, réseauter et apprendre des enjeux, défis et expériences vécus ailleurs. Au total, 35 000 personnes ont participé.


2-Quelles sont les idées marquantes que vous retenez?
Beaucoup de choses ont été abordées et chacun des thèmes mérite une attention particulière. Toutefois, deux éléments nouveaux mis de l'avant lors de la conférence Habitat III et dans le Nouvel Agenda Urbain sont, selon moi, importants de souligner. D'abord, pour la première fois, l'ONU et les pays ont reconnu l'importance des villes et des gouvernements locaux, et leur rôle clé dans l'atteinte des objectifs. Il ne revient donc plus seulement aux gouvernements centraux de prendre actions, les échelles de gouvernance locales ont maintenant elles aussi la responsabilité de mettre en oeuvre les engagements, mais cela doit venir avec les moyens nécessaires. Un dialogue plus grand doit donc avoir lieu entre les échelles locales et nationales. Les enjeux sont si nombreux et si diversifiés que les approches top-down ou bottom-up ne pourront à elles seules tout régler. Elles doivent toutes deux êtres employées simultanément.


D'autre part, le Nouvel Agenda Urbain reconnaît l'importance et l'apport de l'espace public dans les villes. En effet, l'espace public a le potentiel d'être un puissant vecteur de développement urbain durable. En matière d'environnement, l'espace public peut modifier la façon dont les gens se déplacent et offrir des espaces extérieurs de qualité pour des modes d'habitat que l'on souhaite plus compacts. L'espace public peut être un outil d'inclusion sociale et d'émancipation. Enfin, l'espace public a un potentiel de création de richesse tant pour l'entreprise privée que pour la collectivité.  

 

3-Comment Montréal pourrait devenir une ville plus durable?
Montréal, comme l'ensemble des villes et communautés de toutes tailles, doit prendre note des engagements du Nouvel Agenda Urbain. Ces engagements sont tout aussi valables dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. Beaucoup reste à faire ici dans chacun des thèmes qui y sont abordés. Prenons par exemple les questions d'environnement où Montréal et la province en entier ont un retard important en matière de transport collectif, même sur des métropoles de pays en développement. L'étalement urbain dans la région métropolitaine et dans l'ensemble des grandes villes du Québec n'a pas de quoi nous rendre fiers. Il demeure difficile de protéger les terres agricoles et les territoires d'intérêt. Nous devons revoir l'espace public en pensant d'abord et avant tout aux piétons, ce qui n'est malheureusement pas encore toujours un réflexe. Les groupes locaux doivent être davantage impliqués dans la prise de décisions. Des leviers économiques, notamment en matière de fiscalité municipale, doivent être créés afin de changer certains paradigmes actuels de développement urbain. Cela pourra notamment régler certaines questions d'équité.


La lenteur des décisions politiques en matière de transport et d'aménagement durable du territoire porte à croire que peu changera sur le terrain dans un horizon de 10 à 20 ans. Un changement majeur doit donc s'opérer rapidement afin de mettre la thématique des villes durables à l'agenda politique des différentes échelles de gouvernement. Avec la présence à Quito du gouvernement fédéral et d'une délégation de la Communauté métropolitaine de Montréal, on peut espérer du changement. Cependant, l'absence marquée de délégués provinciaux, d'où relève une large part de ces compétences et du financement, est plus inquiétante.


4-Pourquoi Montréal devrait s'inspirer d'autres villes pour la sécurité des piétons et des cyclistes?
Malgré les progrès réalisés depuis 10 ans à Montréal, une trop grande part des déplacements s'effectue en voiture et le nombre de véhicules continue d'augmenter. Pour des questions de réduction des GES, de coûts collectifs ou simplement de congestion due à l'espace limité en milieu urbain, des alternatives doivent être trouvées. Les transports collectifs doivent absolument être développés, mais cela prend du temps. Le potentiel de la marche et du vélo est encore très grand, l'impact peut être très rapide et le coût des interventions généralement assez faible. Pour y arriver, il faut briser les barrières que constituent certaines artères et que les gens cessent de craindre de prendre leur vélo par peur pour leur sécurité.


Montréal a été la première métropole nord-américaine à construire une piste cyclable en plein centre-ville. D'autres ont aujourd'hui suivi son exemple et sont allés plus loin. Le NACTO, aux États-Unis, a bousculé les pratiques établies en rédigeant de nouveaux guides d'aménagement de rues favorables à tous les modes de transport avec comme premier souci les piétons et les cyclistes. Des aménagements testés dans certaines villes montrent des résultats convaincants. Des villes européennes remettent carrément en question la présence de la voiture dans certains secteurs. C'est une réflexion pertinente et Montréal a avantage à s'en inspirer et à aménager ses rues selon une approche de design urbain orientée en fonction des usagers vulnérables plutôt qu'uniquement selon une approche traditionnelle d'ingénierie. Après tout, nous souhaitons tous un avenir plus durable, sécuritaire, équitable et prospère. Il ne reste plus qu'à agir!