Corridors sanitaires et voies cyclables temporaires : Montréal et les arrondissements doivent garder le cap

(La lettre ouverte a été publiée dans La Presse du 2 juin 2020)

Critiqués pour leurs impacts sur les déplacements dans certains secteurs résidentiels et sur l’accessibilité de certains commerces, les aménagements piétons et cyclables temporaires déployés par Montréal font partie d’un plan de lutte à la COVID-19 que nous considérons comme nécessaire et responsable. Les récentes remises en question laissent cependant craindre que le plan de déplacement estival ne s’effrite au profit d’un statu quo insoutenable. Bien qu’ils bousculent les habitudes des automobilistes et des commerces, des aménagements doivent être réalisés afin de permettre des déplacements sécuritaires, dans le respect des mesures de distanciation requises pour juguler la pandémie. Bien entendu, il est tout à fait compréhensible que leur implantation puisse s’accompagner d’ajustements. Mais s’ajuster ne doit pas signifier reculer. 

Dans le cadre de la lutte à la COVID-19, la Ville de Montréal a proposé un plan ambitieux comme la majorité des grandes villes qui s'adaptent aux enjeux de mobilité durable du 21e siècle. Il faut réaliser qu’une fois la pandémie passée, les villes comme Montréal auront encore à bonifier la capacité des réseaux cyclables, piétonniers et des voies réservées aux autobus. Elles agiront de façon plus graduelle, néanmoins forte pour répondre aux enjeux environnementaux, de santé publique et de congestion. Cela implique des modèles d’affaires orientés sur le commerce de proximité, l’embauche locale, la marche, le vélo, le vélo électrique, le transport en commun, l’autopartage et le taxi. Les chiffres de fréquentation des artères commerciales du centre-ville le démontrent déjà, la voiture n'est pas le principal moyen de transport des clients qui magasinent dans ce secteur, ni dans les zones adjacentes.

Alors que les Québécois sont appelés à éviter les déplacements interrégionaux non nécessaires, que le tourisme international est arrêté et que la fréquentation du transport collectif mettra un certain temps à revenir à la normale, les commerçants ont intérêt à tout miser sur la clientèle de proximité. Pour y arriver sans compromettre la distanciation physique requise d’au moins 2 mètres, l’augmentation de la capacité du réseau de transport actif est la clé. Elle jette également les bases d’une mobilité efficace et d’une économie durable au sortir de la crise.
De l’Organisation mondiale de la santé au Fonds monétaire international, le consensus est clair : les efforts pour juguler la COVID-19 et relancer l’économie doivent être d’une ampleur sans précédent. Ils doivent aussi s’inscrire dans une réponse décisive pour décarboner notre mode de vie. C’est exactement ce que la Ville, la population et le milieu des affaires doivent faire. Tout en faisant preuve de flexibilité afin de prendre en compte les réalités des commerçants, Montréal doit aller de l’avant avec son plan malgré certaines voix qui s'élèvent pour qu’elle fasse marche arrière. Pour la santé et la qualité de vie de ses citoyens, ainsi que pour la vitalité des commerces, la Ville doit accorder plus de place à l’humain qui se déplace à pied, à vélo et en transport collectif.

Signataires :

  • Blaise Rémillard, responsable transport et urbanisme, Conseil régional de l’environnement de Montréal
  • Daniel Lambert, co-porte-parole, La Coalition vélo de Montréal 
  • Jeanne Robin, porte-parole, Piétons Québec
  • Suzanne Lareau, présidente-directrice générale, Vélo Québec