Une trame verte et bleue étendue et structurante pour la résilience aux changements climatiques, la biodiversité et les services écosystémiques

Entre les mois de juillet et octobre 2019, le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal), à l’instar d’autres mandataires externes1, a alimenté la réflexion du Service de développement économique de la Ville de Montréal (SDE) en amont de la production de sa vision de développement économique du SIPI (secteur industriel de la pointe de l'île). Le mandat du CRE-Montréal consistait, d’une part, à fournir au SDE un portrait des atouts, défis, contraintes et opportunités du territoire du SIPI en relation avec les thèmes de la résilience et de la qualité des milieux de vie; et d’autre part, à préparer et animer un atelier d’idéation sur l’aménagement et la qualité des milieux de vie dans l’Est. La synthèse de ces deux démarches complémentaires - recherche et atelier - que nous avons remise au SDE se concluait par un ensemble de recommandations articulées autour de trois grands thèmes : poser de grands gestes structurants à l’échelle du territoire; faire des entreprises et des autres organisations implantées dans le SIPI des partenaires du développement durable de l’Est; guider l’évolution du SIPI dans le temps.

Il revenait ensuite au SDE de s’approprier ce contenu et de décider de la place qu’il allait lui accorder dans sa vision de développement du SIPI. Nous sommes ravis de constater que plusieurs des principes, orientations et recommandations que le CRE-Montréal a dégagés, défendus et promus auprès du SDE ont été retenus, jusqu’à trouver leur place dans la vision qu’il soumet aujourd’hui à l’attention du public.

Le fait d’avoir choisi la transition écologique comme thème intégrateur de la vision de développement du SIPI suscite l’enthousiasme, car cela démontre l’intention de la présente administration de rompre avec certains réflexes d’urbanisme dépassés, pour innover et baliser la voie à de nouvelles manières de concevoir et mettre en oeuvre la planification territoriale, l’aménagement et l’architecture, la mobilité, le développement industriel, l’encadrement des pratiques d’affaires et la place des citoyenNEs dans ce chantier de développement.

Le CRE-Montréal ayant exprimé au SDE à l’automne dernier son plus vif désir de voir consolidés, démultipliés et rendus accessibles les milieux naturels et espaces verts de l’Est afin de répondre à des enjeux de santé publique et d’iniquité territoriale au regard de l’accès à la nature, nous ne pouvons qu’applaudir à la lecture d’objectifs comme « la reconquête de la biodiversité », « l’amélioration de la résilience du territoire », la « réduction des inégalités environnementales ».

Dans cette perspective, nous osons croire que le choix de présenter la consolidation de la trame verte et bleue (TVB) comme toute première orientation traduit le fait que la Ville reconnaît que le développement économique durable du SIPI ne peut se faire qu’en s’attachant à améliorer la résilience écologique, l’accès aux services écosystémiques, et en protégeant les espèces et les écosystèmes de l’Est, dans une relation mutuellement bénéfique avec les milieux de vie et milieux de travail.

Ceci dit, le document soumis à notre attention présente certaines idées (ou certaines omissions) qui pourraient être perçues comme des réserves, des retenues, voire des contradictions avec les orientations les plus innovantes et prometteuses de la vision. Nous 1 CargoM, CIMA+, Écotech Québec, Brodeur-Frenette, ZA Communication, de même que des chercheurs en urbanisme. 2 tenons donc à profiter de l’occasion qui nous est présentée pour souligner quelques points d’interrogation et identifier les leviers à privilégier pour mettre en œuvre, en toute cohérence d’action, le principe de transition écologique qui constitue la pierre angulaire de la vision.

Le CRE-Montréal, la Fondation David Suzuki et l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV), qui co-signent cet avis, espèrent que ces précisions seront étudiées attentivement et que leur prise en compte se reflétera dans les plans directeurs, règlements, outils urbanistiques et stratégies de mobilisation à venir.