« L’après urbanisme » : mieux penser la relation entre l’Humain

Résumé de la conférence de Thierry Paquot, donnée le 16 mars 2016 à Montréal où était présent Félix Gravel, Responsable campagnes transport, GES et aménagement du territoire au Conseil régional de l'environnement de Montréal 

Et si l’urbanisme était passé à côté de l’essentiel? C’est le questionnement qui surgit à bien observer la manière de planifier et de développer nos villes. Thierry Paquot, philosophe de l’urbain, invite « à ajouter son monde au monde pour faire le monde », en repensant la relation entre l’Humain et la ville.

La rétrospective qu’il fait de l’urbanisme se veut compréhensive, non pas pour figer la perspective de l’urbain dans l’historicité, mais plutôt afin de proposer une pensée dégagée, critique et humaniste. En retraçant l’étymologie et la naissance de l’urbanisme, il questionne les fondements de ce qui fait les qualités de la ville et ce qui fait l’Humain qui l’habite, qui y établit ses interactions et qui y vit une expérience sensorielle. Thierry Paquot invite à bien comprendre ceux qui ont voulu penser la ville, afin de mieux la construire maintenant et pour l’avenir. Car l’urbanisme a voulu être un savoir-faire, sans vraiment savoir, là où l’essentiel se situe dans la relation entre l’humain et son environnement.

Or la pensée qui a vu naître l’urbanisme au 19e siècle a surtout considéré la ville de manière productiviste, pour ses fonctions de déplacements et ses fonctions récréatives, afin d’en faire une machine efficace. L’« art de bâtir » la ville a ainsi été développé par des ingénieurs et des économistes, oblitérant la relation complexe qui construit l’Humain par les lieux. Plus récemment, le phénomène de métropolisation semble même désincarner les lieux, comme les outils du capitalisme mondialisé, qui « branche » des fonctions urbaines pour mieux répondre à ses besoins, et qui jette ce dont il n’a plus besoin, délocalise à souhait.

L’étude des lieux, la topoanalyse, permet ainsi de comprendre les tendances urbaines qui nous construisent humainement. Les phénomènes actuels semblent symptomatiques d’une urbanisation qui perd de vue l’essence des villes. Il en va ainsi de : la métropolisation, la bidonvilisation, le repli dans des villes fermées (gated-communities), l’extraction dans les villes nouvelles (« villes dortoirs ») ou encore l’étalement urbain « l’urbain diffus » qui caractérise la banlieue nord-américaine. Le territoire est précarisé, l’humain se construit lui aussi dans ce précariat, l’urbanisation n’est qu’utilité ou rejet de cette machine économique.

Cette « autobiographie environnementale » cinglante invite à se reconnecter à notre environnement. Plaidant pour une géographie du bonheur, Thierry Paquot invite à questionner notre environnement, à adopter un arbre, à cultiver son toit dans une relation sensible avec ce qui nous entoure. Là où  l’urbanisme a échoué à faire des villes faites pour le bonheur, il invite à mieux penser la transversalité de l’urbain, en revenant à ce qu’il y a de plus humain.

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