Amsterdam fait le pari du beigne pour l’après COVID-19

Développement économique et protection de l’environnement sont souvent mis en opposition. Pourtant une économiste britannique, Kate Raworth, a proposé en 2012 un modèle avant-gardiste pour un développement vraiment durable : le modèle du beigne. Ce modèle suscite de plus en plus d’intérêt en cette période d’intenses réflexions entourant l’après COVID-19. Comme l’annonçait le journal britannique The Guardian le 8 avril dernier, Amsterdam est ainsi la première ville du monde à vouloir s’approprier et appliquer concrètement le modèle du beigne pour redresser son économie.

À quoi le modèle du beigne fait-il référence au juste? 

Le sympathique nom du modèle vient de cette représentation schématique composée de deux cercles concentriques.

  • Le plus petit cercle correspond au « plancher social » de l’économie, c’est-à-dire les nécessités sociales qui devraient guider nos choix collectifs en matière de développement. Ce plancher est constitué de 12 cibles inspirées des objectifs de développement durable des Nations Unies : l'alimentation, la santé, l'éducation, le salaire et le travail, la paix et la justice, l'opinion politique, l'égalité sociale, l'égalité des sexes, le logement, le capital social, l'énergie, l'eau. 
  • Le plus grand cercle dessine le « plafond écologique » que l’économie ne devrait jamais défoncer, c’est-à-dire les neuf limites planétaires identifiées et mesurées par une équipe de recherche internationale dirigée par Johan Rockström, ancien directeur (2004-2012) du Stockholm Resilience Centre.
  • Entre les deux cercles se trouve « l’espace sûr et juste pour l’humanité », soit la zone à l’intérieur de laquelle l’économie peut prospérer au bénéfice de tous et en équilibre avec la planète. En dehors de cette zone, on tombe en déséquilibre : plus la couleur rouge est étendue, plus l’écart à la cible est grand.

De la théorie à la pratique

Depuis sa publication en 2012, diverses tentatives ont été faites pour transposer le modèle du beigne en outils et guides pour les décideurs publics, surtout à l’échelon national (Royaume-Uni, Afrique du Sud). Le cas d’Amsterdam constitue un nouveau jalon dans cette entreprise car, en plus d’être une première expérience à l’échelon municipal, l’outil d’analyse et d’aide à la décision qui y a été développé et qui y sera utilisé met de l’avant une perspective holistique innovante. 

En effet, l’outil intègre non seulement toutes les dimensions du développement durable, mais aussi les échelles spatiales locales et mondiales. Concrètement, les acteurs qui seront impliqués dans la démarche de concertation pour orienter les choix de développement d’Amsterdam seront guidés par ces quatre grandes questions (traduction libre de l’anglais) : 

  • Social / local : Qu’est-ce que « se développer » implique ou signifie pour les habitants d'Amsterdam ?
  • Écologique / local : Qu’est-ce que « prospérer au sein de son environnement naturel » implique pour Amsterdam ?
  • Écologique / global : Qu’est-ce que « respecter la santé de la planète entière » implique pour Amsterdam ?
  • Social / global : Qu’est-ce que « respecter le bien-être des gens dans le monde » signifie pour Amsterdam ?

En adoptant le modèle du beigne, Amsterdam fait le choix de prendre en considération les coûts sociaux et écologiques locaux et mondiaux de ses choix de développement. Il s’agit d’un engagement particulièrement audacieux pour une ville qui, en plus d’héberger le quatrième plus grand port et le troisième plus grand aéroport d’Europe, est la cinquième plus grande ville d’affaires d’Europe (Wikipedia). 

Et Montréal ?

Il sera intéressant de suivre cette expérience de près au cours des prochains mois et années, notamment en ce qui a trait à l’adhésion des grands acteurs du développement économique à cette vision et à ce cadre d’analyse avant-gardistes. La région métropolitaine et Montréal pourront certainement s’en inspirer, voire adapter la formule en tenant compte de nos réalités particulières. Qui sait, les MontréalaisEs parleront peut-être dans quelques années du modèle du bagel.

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