Secteur Assomption Sud - Longue-Pointe : 4 grands points à surveiller

Dans notre bulletin du 22 octobre, nous soulignions certaines avancées (tant attendues) dans le secteur Assomption Sud - Longue Pointe, entre autres au niveau du projet routier et l’abandon de la boucle autoroutière. Depuis, les choses continuent de bouger alors que la mobilisation citoyenne s’intensifie autour de la protection du boisé Steinberg. 

Secteur complexe et multi-acteurs, Assomption Sud - Longue-Pointe regroupe plusieurs grands projets d’aménagements annoncés au fil des années. Il peut être difficile de se retrouver dans ce casse-tête géant. Afin d’aider à clarifier la situation, voici un tour d’horizon axé autour de quatre éléments centraux dont les développements vont influencer grandement le devenir du secteur Assomption Sud - Longue Pointe. 

1. L’écoparc industriel de la Grande Prairie

  • En janvier 2019, la Ville de Montréal publiait un document détaillant sa vision pour faire de la zone industrielle Assomption Sud - Longue-Pointe (ASLP) un « écoparc industriel » axé sur la transition écologique et une intégration urbaine et sociale harmonieuse.  
  • Du 12 mars au 29 avril 2019, les divers acteurs de la société civile ont pu exprimer leurs attentes et inquiétudes face à cette vision dans le cadre d’une consultation menée par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).
  • Le 2 septembre 2019, l’OCPM publiait la synthèse de cette consultation et ses 27 recommandations.
  • Après la Vision suivra le Plan directeur et, dans le cas d’ASLP, la production de ce plan (actuellement en cours) relève du Service de développement économique (SDE) de la Ville de Montréal. 
  • En février et mars 2020, le CRE-Montréal a consulté des représentants d'organismes sociaux et communautaires en amont de la production du plan directeur. Cette série de consultations en ligne était une initiative du SDE et s'inscrivait dans un processus plus large mené par la Ville : Accélérer l’Est.
  • Le 22 octobre 2020, la ville de Montréal a annoncé la création d’une nouvelle instance de concertation pour le secteur ASLP. Son mandat et son mode de fonctionnement sont expliqués sur cette page.

2. Le projet routier

  • L’un des volets de la vision ayant suscité le plus de réactions lors des consultations publiques de 2019 est le projet routier (lire les pages 48-58 de ce document). Certains acteurs ont concentré leurs critiques sur le viaduc enjambant Notre-Dame Est visant à relier le Port de Montréal au futur boulevard l’Assomption, tandis que d’autres (dont le CRE-Montréal) ont davantage critiqué la forme proposée pour le prolongement de l’Assomption, son raccordement à Souligny, et la fermeture de Dickson qui en découlerait.
  • En juillet 2019, le CRE-Montréal a adressé une lettre à Mme Chantal Rouleau, ministre responsable de la région montréalaise, pour lui faire connaître nos inquiétudes concernant la forme proposée pour ce projet routier.
  • En septembre 2020, nous avons réalisé que le projet de prolongement de l’Assomption et son raccordement à Souligny figurait sur la liste des projets d’infrastructure que cherche à accélérer le gouvernement provincial au moyen du projet de loi 66. Nous avons écrit à la ministre Sonia LeBel, ainsi qu’au ministre des Transports, François Bonnardel, pour leur faire part de nos craintes de voir accéléré un projet qui ne fait pas consensus et pour lequel subsiste tant d’inconnues. Cette lettre est restée sans réponse à ce jour.
  • Le 20 octobre 2020, dans une publication sur sa page Facebook, Éric Alan Caldwell, élu responsable de l'urbanisme, de la mobilité et de l'Office de consultation publique de Montréal, annonçait une bonne nouvelle : l’intersection de l’avenue Souligny et du boulevard de l’Assomption ne comportera pas de boucle surélevée; d’autres scénarios sont étudiés. En théorie, cela laisse entendre que le boisé Steinberg pourrait être mis en valeur comme espace vert, mais en réalité on ne sait toujours rien de l’avenir de cette friche qui comprend des milieux humides.
  • À notre connaissance, les parties prenantes (ville de Montréal et ministère des Transports du Québec) ne sont toujours pas arrivées à un consensus concernant les plans du projet routier au niveau de l’intersection Assomption/Souligny. Cependant, le projet de viaduc du Port suit son cours.

3. Le boisé Steinberg

  • Cette appellation désigne un terrain de plus de 8 hectares au sud d’Hochelaga dont l’actuel propriétaire est le ministère des Transports du Québec (MTQ). Auparavant s’y trouvait un entrepôt de la compagnie Steinberg. Depuis sa démolition vers 1995, la végétation y reprend ses droits.
  • Techniquement, le « boisé Steinberg » n’est pas un bois mais une mosaïque de friches herbacées, friches arbustives, friches arborescentes et prairies humides. La jeune végétation colonisatrice qu’on y trouve, composée d’espèces indigènes et exotiques, est typique des friches urbaines. Cet écosystème ne présente aucun trait écologique remarquable en soi, mais sa superficie, sa localisation au coeur d’un secteur fortement urbanisé, sa contribution à la connectivité écologique, son potentiel d’intégration à une stratégie de gestion des eaux, sa qualité de témoin géographique de l’ancien ruisseau Molson (ou ruisseau de la Grande Prairie) en font un refuge et un « poumon vert » prisé des citoyenNEs, ainsi qu’un lieu appréciable pour son potentiel d’aménagement.
  • Des données importantes demeurent inconnues : la délimitation du ou des milieux humides varie selon les sources (Ville, Canards Illimités, Hydro-Québec); à notre connaissance, aucunes données publiques n’existent sur la contamination du terrain. 
  • À la fin de septembre 2020, le MTQ a procédé à des travaux de remblayage et de défrichage dans la partie sud-est du terrain, alors qu’aucun consensus n’est encore atteint entre les parties prenantes du projet routier. 
  • En réplique à ces opérations du MTQ, des citoyenNEs organisent des « manifestations-plantations » au boisé Steinberg. Nous saluons la volonté citoyenne de manifester son attachement aux milieux naturels. Nous avons cependant certaines inquiétudes quant au fait que ces actions bien intentionnées puissent s'avérer dangereuses pour la santé (étant donné la contamination) et qu’elles puissent accentuer la perturbation du milieu. En attendant que des données sur la contamination soient produites, nous invitons les manifestants à la prudence. Nous travaillons présentement en collaboration avec divers citoyenNEs, groupes et ressources afin de proposer aux manifestants des pistes d’action plus sécuritaires et plus écologiques.
  • Par ailleurs, Hydro-Québec, qui avait signifié en consultation publique son intention de bâtir un nouveau poste sur le quadrant nord-ouest du boisé Steinberg, à notre connaissance, poursuit la réalisation de ce projet suivant ce calendrier.

4. Ray-Mont Logistiques

  • Ray-Mont Logistiques (RML), une entreprise spécialisée dans la logistique intégrée, le transit maritime et les opérations aux terminaux portuaires, a acquis en janvier 2016 l’immense terrain d’environ 24 hectares bordé au sud par Notre-Dame Est et à l’ouest par la gare de triage Longue-Pointe du CN. L’entreprise souhaite y construire une plate-forme intermodale pour faire transiter des produits agricoles vers le port de Montréal. 
  • Cette même année, la vision de RML s’est heurtée à celle de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (dont Réal Ménard était le maire), qui a apporté des changements à sa réglementation venant modifier les usages permis sur ce terrain. Ces changements allaient dans le sens d’une restriction des activités d'entreposage extérieur, pour favoriser les activités avec valeur ajoutée (bâtiments sur place, création d'emplois, etc.).
  • RML a alors poursuivi la Ville. L’affaire est devant les tribunaux depuis le printemps 2017. Un premier jugement de la Cour supérieure a donné raison à RML le 29 juin 2018, mais la Ville a obtenu l'autorisation de porter la cause en appel, ce qui fut fait. L’audience devant la Cour d’appel a eu lieu le 23 septembre 2020. Une décision devrait être rendue incessamment.
  • Les potentiels d’aménagement de l’écoparc industriel peuvent varier drastiquement suivant l’issue du litige. RML se dit prête à développer une piste cyclable, un sentier pédestre, un parc et un mur antibruit végétalisé si elle obtient le feu vert pour aménager sa plateforme de transbordement. Des citoyens rêvent de la résurgence du ruisseau Molson ou de la Grande Prairie, de l’aménagement d’un parc, de l’aménagement d’un corridor vert et bleu actif
  • Rappelons que ce terrain autrefois occupé par la Canadian Steel Foundries a été laissé à l’abandon pendant plusieurs années - assez longtemps pour que des habitats de friche s’y développent. Les opérations de décontamination des sols entreprises par RML malgré le litige ont occasionné la perte de plusieurs grands arbres; la compagnie a aussi procédé, avec l’autorisation du ministère de l’Environnement, au remblayage d’un petit marais qui était situé dans le lit de l’ancien ruisseau de la Grande Prairie.

Il resterait encore tant de choses à dire sur les projets et dynamiques qui animent le secteur Assomption Sud : les arrimages de mobilité durable et de connectivité écologique possibles avec le secteur Assomption Nord, pour lequel l’arrondissement MHM a de grandes ambitions en termes d’aménagement durable et de verdissement, le devenir de Notre-Dame Est, l’insertion harmonieuse du projet de transport collectif structurant, la gestion des nuisances, etc. Nous restons à l’affût des développements dans tous ces dossiers. Nous avons également la volonté de poursuivre notre implication dans la réflexion collective sur l’aménagement d’ensemble et la transition de la zone industrielle vers l’écoparc, en collaboration avec les acteurs locaux, notamment via la nouvelle instance de gouvernance.

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