Ruisseau Meadowbrook : et maintenant?

Un article du journal La Presse annonçait à la mi-janvier le jugement rendu par la Cour d’appel du Québec dans la « saga » du ruisseau du golf Meadowbrook : la Ville de Montréal doit « mettre fin à tout déversement dans le ruisseau Meadowbrook à partir de l’égout pluvial qui s’y déverse, par canalisation, déviation ou autre mesure nécessaire afin d’y faire cesser ces déversements, d’exécuter et de terminer ces travaux dans un délai maximal de 18 mois ».

Si ce jugement apparaît au premier abord comme une bonne nouvelle pour l’environnement, il y a lieu de craindre que les courts délais accordés à la Ville de Montréal pour régler un problème complexe ne forcent l’administration à opter pour la solution « facile » de la canalisation, qui figure parmi les options suggérées par les juges. Cela serait immensément regrettable, puisque ce ruisseau, en plus d’être le dernier vestige de l’ancienne rivière Saint-Pierre, présente un fort potentiel d’aménagement et de contribution à la biodiversité et à la qualité de vie.

Rappelons la complexité technique et administrative du cas : la pollution du ruisseau du golf Meadowbrook provient du collecteur Toe Blake, qui va de la Ville de Mont-Royal, traverse les villes de Côte-Saint-Luc, Montréal et Montréal-Ouest, pour se déverser sur le golf Meadowbrook à la hauteur du parc Toe Blake dans Montréal-Ouest. Le collecteur est contaminé par des raccordements croisés (où les égouts domestiques sont reliés au collecteur pluvial plutôt qu’aux égouts sanitaires) situés dans les villes de Côte-Saint-Luc et Montréal-Ouest. 

En 2019, suite à un jugement de la Cour supérieure exigeant que la Ville de Montréal mette fin au problème de pollution avant la fin de cette année-là, l’administration montréalaise a décidé de détourner le collecteur Toe Blake en amont de la rivière, de manière temporaire, jusqu’à ce que les raccordements croisés soient corrigés. Nous craignons fort que cette solution devienne permanente et que la rivière en vienne à disparaître.

La solution durable au problème de pollution, soit la correction des raccordements inversés, suppose la pleine et entière collaboration des municipalités impliquées et une très grande efficacité de travail, pour respecter les délais accordés par la Cour d’appel. Une partie du travail est déjà faite : une analyse du collecteur menée par la Ville de Montréal en 2014, fournie par Les amis du parc Meadowbrook, avait permis de repérer 167 raccordements fautifs à Côte-Saint-Luc et 51 à Montréal-Ouest. Cette analyse a ensuite permis à la Société pour vaincre la pollution (SVP) d’identifier les secteurs de même que les adresses des propriétés touchées par les raccordements inversés. 

Nous invitons donc les municipalités concernées à travailler de concert pour appliquer, dans les meilleurs délais, une solution durable au problème de pollution, pour éviter à tout prix la canalisation du précieux cours d’eau.

Google plus LinkedIn Twitter print