Deux terrains protégés dans le Technoparc: au tour du gouvernement fédéral de poser un geste

La Ville de Montréal a annoncé le vendredi 18 février 2022 le changement d’affectation de deux terrains municipaux à l’intérieur de l'Éco-campus Hubert Reeves (voir carte ci-dessous), près du marais IPEX dans le secteur du Technoparc Montréal. Ces espaces naturels très riches, comportant notamment une héronnière et une érablière centenaire, rejoignent donc les espaces protégés pour conservation dans le secteur et ouvrent la porte à un agrandissement du parc nature Des Sources.

Le CRE-Montréal salue cette décision qui s’inscrit dans la perspective de la création d’un Technoparc plus vert.

Tant cette annonce que celles portant sur les terrains du golf d’Anjou et sur le Boisé Jean-Milot sont d’excellentes nouvelles, à plus d’un titre:

  • Premièrement, ce sont des actions de réglementation du foncier. Elles permettent de mettre à l’abri de l'urbanisation, sur le long terme, des milieux naturels et espaces verts du domaine municipal. Elles nous rappellent l'importance de la maîtrise du foncier dans la lutte contre l’effondrement de la biodiversité. Ainsi, par exemple, l’exclusion du domaine municipal de certains terrains d’intérêt écologique, tels que le golf Dorval, de propriété fédérale, ou encore d’autres emprises de propriété provinciale, renvoie à la nécessité d’une collaboration entre les paliers de gouvernance, surtout sur l’île de Montréal. De par son territoire exigu, contraint (c’est une île…) et dense, l’Agglomération ne peut plus se permettre de perdre le moindre de ses espaces végétalisés, et encore moins des espaces de nature. C’est dans cette optique que nous avons interpellé l’honorable Steven Guilbeault (Ministre d’Environnement et Changements Climatiques Canada), afin de lui réitérer notre demande d’intercéder auprès de l’honorable Omar Alghabra (Ministre de Transports Canada), en vue de procéder à une transaction foncière permettant de soustraire les terrains du golf Dorval des réserves foncières d'Aéroports de Montréal, qui en prévoient le développement industriel.
  • Deuxièmement, ce sont des actions fortes qui permettent très concrètement et rapidement d’augmenter l’adaptabilité de la ville aux changements climatiques et la résilience de la population. L’importance des infrastructures naturelles dans ce domaine n’est plus à démontrer, et avant même de créer de nouvelles infrastructures à grands frais, le bon sens doit nous encourager à chercher les coûts évités, et donc de protéger, restaurer et mettre en valeur ce qui existe déjà. Or les terrains concernés par les récentes annonces sont des infrastructures de grande valeur sociale et économique dans le contexte de densification urbaine et de lutte contre les changements climatiques, sans même mentionner leur valeur écologique intrinsèque. 
  • Troisièmement, ce sont des pièces majeures dans le puzzle urbain, en vue de connecter entre eux les différents espaces naturels et verts, dans l’est d’une part et dans l’ouest d’autre part. La pérennisation de ces pôles de nature crée des opportunités de corridors verts et actifs, rendant possible le déplacement de la faune et des humains, malgré les grandes fractures existantes. Les différentes politiques fédérales, provinciales et municipales s’accordent à vouloir créer un réseau de parcs urbains et à augmenter la connectivité écologique. Nous demandons donc au gouvernement fédéral de faire son bout sur ses propres terrains.
  • Enfin, quatrièmement, ces annonces nous rappellent de façon très pertinente l’importance de réfléchir à la cohabitation entre les espaces naturels et les espaces industriels. Il est spécifié que le Technoparc a pour vocation de devenir le plus grand pôle d'innovation du Canada et un modèle de développement durable. Zones de conservation de la nature, espaces récréatifs, aire de sécurité aérienne et activités industrielles doivent être pensés ensemble.    

Le CRE-Montréal travaille actuellement activement à la rédaction d’un guide des infrastructures vertes et bleues pour les zones industrielles durables, à destination des promoteurs et des urbanistes. Plus notre expertise s’affine et moins nous voyons de contradiction dans cette cohabitation - en intégrant de bonnes pratiques bien entendu. Bien au contraire.

 

Source : Ville de Montréal