Le bruit n’est pas de la musique à nos oreilles, alors que faisons-nous?

Les 12 et 13 novembre se tenaient à Montréal les Journées du bruit environnemental : Vers une meilleure qualité de vie. Deux jours dédiés entièrement à cerner ce dossier complexe, multiple et pour lequel le Québec et Montréal sont bien en retard comparativement à l’Europe. La grande participation et les nombreuses interventions ont clairement fait la démonstration de l’importance de s’intéresser au bruit en tant que nuisance et donc en lien avec la santé et la qualité des milieux de vie.

L’avantage de ne pas être les premiers à s’en occuper est de bénéficier d’une kyrielle d’outils et d’actions inspirantes, de témoignages de bons et moins bons coups, d’exemples de processus et de stratégies… tout cela permettant de rattraper notre retard. Des villes comme Paris et Lyon en France sont à regarder de près.

L’événement a permis aussi de mettre à l’avant-scène l’expertise d’ici qui existe bien (notamment universitaire), et qui s’active entre autres à Montréal à faire avancer la connaissance, ainsi que l’intérêt de municipalités et de plusieurs ministères québécois. C’est encourageant dans la perspective de démarrer un véritable mouvement en vue d’une série de mesures concrètes et efficaces pour contrôler, juguler et diminuer les nuisances liées au bruit.   

Bien sûr, au départ, il faut des données, des mesures sur le terrain pour comprendre les sources du bruit. Une cartographie du bruit serait d’ailleurs en cours à Montréal. Plusieurs pensent à un observatoire du bruit.

Souvent le bruit est associé à d’autres enjeux importants comme la pollution atmosphérique et les émissions de gaz à effet de serre. Pensons au secteur des transports, grand générateur de bruit par ses autoroutes, ses trains, ses avions, ses camions de livraison, ses autobus… Il apparaît clair que l’électrification d’un pan important de ce secteur contribuera à réduire notablement la nuisance en termes de bruit. Il en va de même pour le matériel roulant pour balayer et déneiger les rues, les camions de collectes de matières résiduelles, pour ne citer qu’eux. En termes d’aménagement, la présence de sons de la nature (bruissement de feuilles, chants d’insectes et d’oiseaux, son de l’eau qui coule) peut atténuer les perceptions d’un environnement bruyant, et le positionnement judicieux de bâtiments peut aussi avoir un impact positif.

Pour régler des problèmes de nuisance par le bruit, il faudra donc travailler en misant sur l’intersectorialité et l’interdidisciplinarité, considérer le bruit à l’intérieur de documents divers (plans, politiques, stratégies). Ainsi, souhaitons que le futur Plan d’urbanisme et de mobilité de Montréal intègre cet enjeu pour donner le coup d’envoi à des améliorations généralisées sur le territoire.

Finalement, la question de la communication est au coeur de la réussite de tout le processus et de toutes les initiatives. Le bruit est encore très peu connu et reconnu au Québec comme un enjeu important. Il sera donc nécessaire de définir et diffuser les formes que peuvent prendre le bruit (informer), les impacts du bruit sur la santé et la qualité des milieux de vie (sensibiliser), la contribution des différentes parties prenantes dans la génération de bruit et dans les solutions pour y remédier (participer) et les réflexions/moyens collectifs nécessaires (collaborer).

Pour Montréal, pourquoi ne pas mettre en place dans un premier temps un comité multidisciplinaire pour réfléchir aux différentes étapes, aux enjeux régionaux spécifiques, aux besoins en termes de connaissances et d’outils? Les réflexions et suggestions de ce comité pourraient ensuite être traitées en ateliers avec des experts dans chaque domaine. Avec un premier document de recommandations en termes d’actions, une large consultation publique par l’Office de consultation publique de Montréal pourrait être tenue pour bonifier ce qui deviendrait une feuille de route pour la gestion du bruit.

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