Consolidons la place des golfs dans la trame verte

Le 17 août 2020, le CRE-Montréal apprenait une nouvelle bien décevante. L’arrondissement d’Anjou ayant approuvé un projet de développement industriel sur une partie de la moitié sud du Golf Métropolitain, notre vision d'un Grand parc de l’Est développée en collaboration avec de nombreux partenaires communautaires, institutionnels et scientifiques, n’a plus aucune chance de voir le jour dans sa forme originale. 

Nous avions pourtant soutenu d’une même voix, notamment dans la foulée de la saga Solargise, que l’annexion de l’ensemble du golf (60 hectares) au parc-nature voisin (parc-nature du Bois-d’Anjou, 40 hectares, toujours non aménagé et non accessible au public) représentait une occasion à ne pas manquer pour doter l’Est d’un grand parc accessible et ainsi répondre au besoin criant d’accès à la nature de milliers de résidents et de travailleurs. 

Un développement comme les autres

Or, le propriétaire du golf métropolitain d’Anjou a obtenu le 2 juin 2020 l’aval de l’arrondissement pour procéder au développement d’un bâtiment d’une superficie de 8 137,4 m2, aux 9005, 9015 et 9025, boulevard du Golf. Le concept architectural approuvé prévoit deux étages de bureaux à l’avant et une partie destinée aux activités industrielles, avec 17 portes de garage à l’arrière. Un stationnement extérieur de 82 cases sera aménagé à l’avant. Le paysagement de l’ensemble se limitera à la plantation d’arbres le long de la voie publique, le long des limites de propriété, et dans les îlots du stationnement. 

Les travaux liés à ce projet ont commencé, et tout porte à croire que ce n’est que le premier jalon d’une stratégie de développement industriel de l’ensemble de la moitié sud du golf. Ainsi, ce vaste espace vert et son potentiel de conversion en parc régénératif sont perdus au profit d’un développement industriel traditionnel, sans vision de développement durable, dans un secteur pourtant marqué par les îlots de chaleur et un fort déficit d’espaces verts (comme le prouvent nos nombreuses interventions sur ce territoire dans la cadre de notre campagne ILEAU).

Tout en reconnaissant que le propriétaire du golf était dans son droit et que la Ville de Montréal, dans ce cas, ne pouvait pas se prévaloir de son droit de préemption, nous voulons profiter de cette nouvelle pour informer le public sur la valeur écologique des golfs urbains et souligner leur intéressant potentiel d’aménagement.

Les golfs : véritables composantes de la trame verte

Beaucoup de gens ignorent que les golfs jouent un rôle notable pour la biodiversité urbaine. Même si ces gazons « plus verts que verts » ont l’air artificiel et stérile, il s’avère que ces vastes espaces ouverts au relief ondulé, parsemés de bosquets d’arbres et d’étangs, accommodent en réalité une faune diversifiée. De nombreuses espèces d’insectes, d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux (notamment les rapaces) et de mammifères (notamment des chauves-souris) les utilisent comme habitats, terrains de chasse ou comme de vastes corridors de dispersion dans le paysage naturel fragmenté des villes. De plus, comme on peut le constater en cette saison, de nombreux oiseaux migrateurs les utilisent comme escales. 

Les chercheurs Colding et Folke (2009), qui estiment que 63 % des terrains de golf présentent une valeur écologique équivalente ou supérieure à celles des sites naturels protégés, montrent également que la contribution des golfs à la biodiversité est maximisée lorsqu’ils se trouvent en milieu fortement « anthropisés » (milieux agricoles ou urbains). De plus, Colding (2007) spécifie que les contributions écologiques des golfs en milieu urbain sont d’autant plus intéressantes lorsque ceux-ci jouxtent d’autres milieux naturels pour former une mosaïque de milieux.

Par ailleurs, leur superficie, la présence de certains équipements et leurs caractéristiques physiques (relief, plans d’eau, etc.) font des golfs d’excellents canevas de base pour les concepteurs de parcs. On remarque également que les golfs sont souvent situés à l’interface des zones industrielles et résidentielles. Ainsi, les golfs convertis en parcs pourraient bénéficier aux résidents autant qu’aux travailleurs : santé physique et mentale, îlots de fraîcheur, activités récréatives, beauté, sentiment d’appartenance au quartier ou à la zone d’emploi, etc.

Sur l’île de Montréal, surveillons...

Tant et aussi longtemps que les nombreux terrains de golf de l’agglomération serviront à la pratique de ce sport, leur contribution à la biodiversité urbaine sera maintenue, mais leur accès sera toujours réservé à une minorité de personnes. Pour démocratiser les bénéfices que peuvent prodiguer ces espaces verts - un objectif dont l’importance est mise en lumière par la COVID -, nous pensons qu’il est essentiel de rechercher dès aujourd’hui les leviers réglementaires, légaux et urbanistiques qui permettront de protéger les golfs et de les convertir en parcs en temps opportun. Les consultations qui seront menées prochainement par la Ville en lien avec la révision du Plan d’urbanisme et de mobilité sont une occasion à saisir à cet égard.

En priorité, intéressons-nous aux golfs qui suscitent déjà l’intérêt et la mobilisation des citoyenNEs (p. ex. le Golf Meadowbrook) de même qu’à ceux qui bordent de grands parcs existants ou en devenir. Dans l’ouest, deux golfs font partie intégrante du projet de paysage humanisé de l’Île Bizard et, récemment, la Ville a acquis 11 hectares de terrain appartenant au Club de golf Royal pour étendre les aires protégées du Grand parc de l’Ouest. À l’autre extrémité de l’île, le Golf de l’Île de Montréal, à notre connaissance, ne jouit pas de protection semblable malgré son inscription au cœur de la Trame verte de l’Est, ce qui laisse planer une incertitude quant à son avenir. Le golf d’Anjou (sa moitié nord, collée sur le parc-nature du Bois-d’Anjou), le golf Dorval (situé sur des terres fédérales, voisin du futur parc-nature des Sources et de l’Écocampus Hubert-Reeves), le golf Exécutif Montréal (enchâssé dans le parc des Rapides de Lachine sur l’Île des Soeurs) pourraient bien, eux aussi, contribuer à l’expansion des aires protégées et améliorer l’accès à la nature dans la région métropolitaine, objectifs convergents des maires de la Communauté métropolitaine de Montréal, du gouvernement provincial et du gouvernement fédéral.