Faire de la COVID-19 un catalyseur de résilience

En quelques mois à peine, la COVID-19 s’est répandue sur le globe comme une traînée de poudre, ne laissant personne – ni individu, ni collectivité ou État – indifférent ou indemne. D’abord, il y a la maladie elle-même et les décès. Ensuite, il y a les dérangements et la précarité causés par les inévitables mesures de confinement et de distanciation sociale. Vie de famille, amitiés, travail, éducation, communication, mobilité, alimentation, accès aux services, accès à la nature, divertissement, finances : aucun aspect de nos vies n’est épargné. 

Si le ralentissement de l’activité humaine mondiale semble offrir un répit (éphémère) à la nature, nous ne devons pas oublier que le réchauffement climatique a un effet certain sur la propagation des maladies infectieuses, et que, comme l’affirme le Programme pour l’environnement de l’ONU, la déforestation, l’agriculture intensive et le commerce mal réglementé des espèces sauvages sont en cause dans l’émergence et la propagation de la COVID-19 et d’autres zoonoses.

À l’échelle locale, la crise nous force à voir et à vivre la ville autrement. Bien qu’il soit trop tôt pour tirer des enseignements, la situation actuelle soulève des questionnements et suscite des réflexions sur la résilience de nos milieux de vie.

Une perspective de résilience

Nos villes sont des systèmes complexes, à la fois socialement, économiquement et écologiquement. Chacune des composantes de ces grands systèmes offre « des options différentes pour faire face au changement et pour affronter l'incertitude et l’effet de surprise » (Stockholm Resilience Centre). 

La résilience d’une ville, c’est-à-dire sa capacité à encaisser les chocs et à se relever des perturbations, dépend de multiples paramètres tels que la diversité de ses composantes, la redondance des fonctions et la connectivité. Elle dépend aussi grandement de la connaissance de ses acteurs, de la circulation et de la mobilisation des connaissances, de la place accordée à la multiplicité des acteurs dans le dialogue social, et des mécanismes de gouvernance mis en place. À ce titre, une gouvernance décentralisée qui promeut et soutient l’interaction d’une diversité de voix est un vecteur reconnu d’action collective particulièrement porteur de résilience. 

Cinq champs d’action prioritaires

La recherche sur l’urbanisme résilient et les thèmes qui occupent l’actualité de ces dernières semaines nous amènent à identifier plusieurs champs d’action prioritaires, pouvant potentiellement contribuer à la résilience de nos milieux de vie devant les risques environnementaux.

1. Miser sur la nature

  • « Travailler de concert avec la nature et selon ses cycles biologiques facilite la transition vers des villes plus résilientes et plus efficaces dans l’utilisation de leurs ressources, tout en stimulant les économies locales et en améliorant la santé et le bien-être », affirme le Conseil international pour les initiatives écologiques locales
  • Montréal peut compter sur une expertise mondialement reconnue en phytotechnologies, en aménagement durable et en biodiversité urbaine. Mettre à profit et valoriser cette expertise dans la planification urbaine permet de favoriser l’adoption des meilleures pratiques et de s’assurer que les initiatives d’aménagement locales contribuent à la consolidation cohérente, à plus grande échelle, des réseaux écologiques, de mobilité active et de gestion des eaux. 

2. Faciliter l’accès aux espaces verts partout sur l’île

  • Selon une norme nord-américaine reprise dans le plan de verdissement de l’arrondissement du Sud-Ouest, l’île de Montréal devrait avoir une cible de 4 hectares d'espaces verts par 1000 habitants, soit deux fois plus que ce que nous avons actuellement
  • En plus de créer de nouveaux parcs, il faut s’assurer de leur répartition équitable à l’échelle de l’île, pour que tous les citoyenNEs aient facilement accès aux bienfaits de la nature, le plus près possible de chez eux. Dans ce contexte, il nous apparaît d'autant plus important d’aménager et de rendre accessible le parc-nature du Bois-d’Anjou
  • L’aménagement et la création de parcs de superficie suffisante dans tout nouveau développement résidentiel, commercial et industriel devrait aussi être un incontournable pour assurer la santé physique et mentale de l’ensemble de la population. 
  • La préservation des milieux naturels situés en zone de développement économique, l’aménagement des zones tampons végétalisées pour mitiger les nuisances industrielles sur l’environnement et sur la santé humaine, le développement du résidentiel à proximité des pôles d’emploi sont d’autres exemples d’actions à privilégier.

3. Bonifier et consolider le transport de marchandises et de personnes dans les quartiers

  • Des modes alternatifs de livraison comme le vélo et le vélo-cargo sont à prioriser par leur plus grande flexibilité et sont tout indiqués afin de soutenir l’activité des commerces de proximité. 
  • Les infrastructures doivent être réaménagées à court terme et long terme de manière à augmenter la sécurité les usagers, à réduire les îlots de chaleur, soutenir la biodiversité locale, et promouvoir un cocktail d’options de transport - outils que nous mettons de l’avant, entre autres, avec la démarche Stationnement écoresponsable

4. Favoriser l’activité économique à faible empreinte écologique

  • Le principe de densification et de compacité appliqué aux zones résidentielles devrait être appliqué dans les zones industrielles. Viser un nombre élevé d’emplois par hectare, favoriser la mutualisation des équipements, des services et des infrastructures (notamment des stationnements et des ouvrages de gestion durable des eaux), et augmenter la mixité d’activités permettraient d’envisager un aménagement plus durable de ces zones (voir point 2 ci-dessus).

5. Développer les systèmes alimentaires locaux et soutenir l’agriculture urbaine

  • Le Carrefour de recherche, d’expertise et de transfert en agriculture urbaine a publié au début d’avril 2020 un article sur le potentiel de développement des jardins communautaires, collectifs et individuels. Par ailleurs, la requalification annoncée de vastes zones commerciales et industrielles dans l’Est de Montréal est une opportunité à saisir pour le développement de l’agriculture commerciale sur les toits.

Vaste programme… Par où commencer ?

La mise en oeuvre de plusieurs des points identifiés plus haut passera par des ajustements à nos lois, règlements et outils d’urbanisme. Plus globalement, nous serons aussi amenés à revoir nos façons de réfléchir la ville et de la (re)construire. L’élaboration prochaine du nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité, constitue à ce titre, une formidable occasion d’arrimer les réflexions sur la ville résiliente et durable, et ainsi influencer le futur de nos milieux de vie. 

Bien entendu, ce tour d’horizon de la question de la résilience n’est ni exhaustif, ni définitif. Les semaines et les mois à venir nous apporteront de nouveaux enseignements et idées sur la ville durable et résiliente. Restons curieux de cette fameuse notion de résilience; faisons en sorte de l’intégrer à nos conversations et à nos efforts d’imagination de l’après-COVID.

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