Mieux connaître nos friches pour mieux les mettre en valeur

Le 10 mars 2020 à 12 h 15, le CRE-Montréal, la Maison du développement durable et Hydro-Québec présenteront un événement intitulé « Friches urbaines montréalaises : riches espaces vivants à préserver ». Cette conférence-midi donnera la parole à des représentants d’organisations citoyenne, scientifique et publique, pour mettre en lumière la valeur écologique de ces milieux naturels méconnus et présenter des exemples inspirants d’aménagements pour la biodiversité.

Avez-vous dit « valeur écologique » des friches ?

Contrairement aux bois et aux milieux humides, les friches sont encore méconnues et leur valeur écologique l’est tout autant. Le terme « friche » désigne tout milieu naturel terrestre ouvert, qui présente une végétation composée d’herbacées et d’arbustes. On peut aussi y retrouver des arbres, mais s’ils dominent, ce n’est plus une friche; c’est un bois.

La friche correspond en réalité aux premiers stades du phénomène tout à fait naturel de la succession végétale. La flore des friches se compose d’espèces colonisatrices, indigènes et exotiques, qui savent tirer le meilleur parti de sols perturbés, pauvres, contaminés ou compacts, et préparer le terrain pour les espèces de succession secondaire. C’est pourquoi, en ville, la végétation de friche abonde sur les terrains industriels inexploités, les abords des infrastructures de transport, les emprises ferroviaires, les emprises des lignes de transport d’électricité, et les espaces résiduels, entre autres.

À l’instar des bois et des milieux humides, les milieux terrestres ouverts herbacés et arbustifs ont leur rôle à jouer dans le grand écosystème montréalais :

  • Des habitats : Les friches offrent à la flore et à la faune des niches écologiques uniques, qui contribuent à l’enrichissement de la biodiversité urbaine. À Montréal, plusieurs espèces animales dépendent de tels habitats, dont 24 espèces en péril : six espèces de mammifères (dont cinq espèces de chauves-souris), huit espèces d’oiseaux, trois espèces de reptiles, une espèce d’amphibiens et six espèces d’insectes (dont le monarque et d’autres pollinisateurs).
  • Des bois et des parcs en devenir : Dans le cas de certaines friches, notamment les emprises d’Hydro-Québec, des interventions sont requises pour limiter la croissance des arbres et maintenir une végétation basse. Toutefois, dans d’autres cas, lorsqu’on vise la renaturalisation d’un site à long terme, il est possible d’intervenir de manière à favoriser l’évolution de la friche vers des stades supérieurs de succession végétale. À Montréal, le parc Boisé-Jean-Milot (Mercier–Hochelaga-Maisonneuve) et le Champ des Possibles (Plateau Mont-Royal) sont des exemples inspirants de parcs aménagés sur des friches, qui évoluent au fur et à mesure de la maturation de l’écosystème. Grâce à l’implication sans relâche des citoyenNEs et au soutien de scientifiques et de l’administration municipale, ces projets évolutifs sont venus enrichir de façon significative la biodiversité locale. La conférence du 10 mars permettra d’ailleurs d’en connaître davantage sur l’impressionnant parc Boisé–Jean-Milot.
  • Des traits d’union dans la trame verte : Les friches urbaines peuvent jouer divers rôles dans la grande trame verte et bleue de Montréal : relais favorisant les déplacements entre milieux naturels, zones tampons aux abords de milieux naturels sensibles, corridors de dispersion pour la faune, etc. Les grandes friches linéaires que sont les emprises d’Hydro-Québec offrent un grand potentiel à cet égard. D’ailleurs, la société d’État est l’un des partenaires centraux dans la réalisation du Corridor de biodiversité de l’arrondissement Saint-Laurent. Par ailleurs, la Société d’histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent (SHNVSL) a récemment présenté un mémoire dans le cadre d’une audience publique sur l’avenir du Secteur industriel de la Pointe-de-l’Île, montrant comment certains terrains industriels vacants de l’est de l’île de Montréal pourraient être mis en réseau et aménagés de sorte à créer des corridors de dispersion pour la couleuvre brune, une espèce susceptible d’être désignée menacée ou vulnérable présente dans le secteur.

L’événement du 10 mars donnera la parole à des représentants d’Hydro-Québec et de la SHNVSL.

Changer de perspective et protéger les habitats de friche

Les résultats préliminaires d’une étude de la SHNVSL menée sur un échantillon des friches de l’agglomération de Montréal révèlent que 66 friches ont perdu près de 7 % de leur superficie nette en seulement 5 ans (2013-2018). Les facteurs en cause varient selon que ces friches se trouvent en aire protégée ou pas. Dans le premier cas, la perte est associée à la succession végétale : elles deviennent des bois. En milieu non protégé, c’est le développement urbain qui est en cause : construction de bâtiments, de remblais, de stationnements, de routes, etc. 

Comment peut-on renverser cette tendance et préserver ces habitats si précieux ? Un premier pas consiste peut-être à renouveler le regard qu’on pose sur eux. Les expressions « friche industrielle », « friche ferroviaire » et « terrain laissé en friche » sont connotées et évoquent chez certains d’entre nous des images de végétation en broussaille, une impression de danger, une perception de pauvreté écologique qui ne fait pas le poids dans une certaine vision du développement.

Ainsi, selon le cas, au lieu de « friche », pourquoi ne pas dire « milieu champêtre », « pré fleuri », « prairie mellifère », « boisé en devenir », « corridor vert » ou « assise de parc » ? Il suffit d’employer ces expressions pour déjà comprendre un peu mieux comment les friches contribuent positivement à la vitalité et à la résilience de l’écosystème urbain... et à notre qualité de vie à tous.