Montréal carboneutre : persister pour inspirer le Québec

Bien qu’il comporte son lot d’éléments positifs, le Plan pour une économie verte 2030 (PEV) diffusé à la mi-novembre soulève aussi des inquiétudes quant à la capacité de répondre adéquatement aux défis associés à l’urgence climatique. En effet, seuls 42 % des efforts requis pour atteindre la cible fixée par le gouvernement sont chiffrés, et ce alors que la cible de 37,5 % est très en dessous des recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de 45 %.

Cela s’avère d’autant plus préoccupant quand on connaît le temps nécessaire pour mettre en œuvre de grands changements, pour concrétiser de grands projets qui conduisent à des diminutions significatives des émissions de gaz à effet de serre (GES). Une décennie, par exemple, c’est le temps de déploiement prévu pour le Réseau express vélo (REV), et c’est à peine plus que ce qui est prévu pour le Réseau express métropolitain (REM)­. Les rénovations écoénergétiques ou le remplacement des technologies industrielles mettront aussi du temps. Et que dire du temps requis pour voir les effets d’une réforme en profondeur de l’aménagement du territoire? 

Ces constats ne font que renforcer la nécessité d’un leadership fort de la part des administrations locales sur les questions climatiques. Il nous apparaît donc primordial que l’ensemble des acteurs de la région de Montréal poursuive leurs engagements et leurs efforts pour atteindre des réductions de 55 % d’ici 2030 et la carboneutralité en 2050 et assurer la résilience de nos milieux de vie face aux aléas climatiques.

Des mesures à souligner 

Le PEV se distingue par la clarté et par la rigueur avec laquelle ce qui est avancé est chiffré. Il faut également souligner son processus d’élaboration qui a mis à contribution l’expertise d’une grande diversité d’acteurs économiques, académiques et de la société civile. Ce travail concerté devra se poursuivre tout au long de la mise en œuvre, de l’évaluation et de la révision du PEV. 

Les mesures phares en électrification des transports, notamment la poursuite temporaire des subventions à l’achat de véhicules électriques et la fin de vente des véhicules à essence en 2035, sont nécessaires. Compte tenu de l’aménagement actuel du territoire québécois ainsi que de l’organisation du travail et des services, on ne peut hélas pas compter uniquement sur l’aménagement, les transports actifs et collectifs pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, tel que le commande l’urgence climatique. Les véhicules électriques ont leurs défis (impacts environnementaux des batteries et capacité limitée des manufacturiers), mais leurs avantages en comparaison avec les véhicules à essence sont bel et bien au rendez-vous et s’accroissent au fil du temps.

La poursuite du travail d’encadrement et de récupération des halocarbures, GES ultra-puissants utilisés notamment dans la climatisation, est également une bonne nouvelle qui suit le développement par l’industrie d’alternatives et de meilleures pratiques. Les investissements en biocarburants sont également incontournables si on se fie au rapport Trajectoires de réduction d’émissions de GES du Québec – horizons 2030 et 2050.

À Montréal de faire preuve de leadership et d’innovation

Dans les prochaines semaines, la Ville de Montréal doit publier son Plan Climat et dans les prochains mois elle s'attellera à produire un nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité. L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) est actuellement en consultation sur son premier Plan stratégique de développement du transport collectif. L’Agence de mobilité durable, qui succède depuis janvier à Stationnement de Montréal, présentera aussi en 2021 une première planification stratégique afin d’optimiser la gestion du stationnement en vue de soutenir des objectifs de mobilité durable. Autant d’occasions de détailler de véritables stratégies de lutte au dérèglement climatique. Autant d'occasions de faire front commun pour une ville dense, dynamique, diversifiée et à échelle humaine.

Si, pour l’instant, Québec se garde d’utiliser tous les leviers de la réglementation et de l’écofiscalité, Montréal, elle, peut tout de même aller de l’avant et démontrer qu’une utilisation judicieuse de tarifs et de taxes est acceptable pour financer la transition et motiver le changement.

De plus, rien n’empêche Montréal d’aller plus loin et plus vite avec des mesures peu coûteuses comme une réglementation pour électrifier progressivement les systèmes de chauffages au gaz naturel et au mazout, un déploiement du réseau de recharge des véhicules légers reposant sur les stationnements privés hors rue. Rien n’empêche nos arrondissements, nos institutions ou nos entreprises de briller en mettant de l’avant des politiques écoalimentaires qui misent sur les circuits courts d'approvisionnement et sur la réduction des produits animaux, du gaspillage. 

Bien sûr, Québec détient les principaux cordons de la bourse et il faut s’assurer de la concordance entre les mesures des principales villes de l’Agglomération et de la Communauté métropolitaine de Montréal. Cependant, Montréal a tout à gagner à imposer le tempo nécessaire dans une transition juste et inspirer Québec à accélérer la cadence.