Volonté de développement intégral du golf d’Anjou : un non-sens total

Suite à l’article publié dans le journal La Presse le 26 novembre dernier, nous avons exprimé de nouveau toute notre déception de voir disparaître la partie sud du Club de Golf métropolitain Anjou au profit d’un développement commercial. À cette déception s’ajoute une totale incompréhension alors qu’on apprenait que l'arrondissement d’Anjou souhaite que la partie nord du Golf, adjacente au parc-nature du Bois-d’Anjou, actuellement zonée récréatif, soit zonée industriel pour permettre un autre développement et que la servitude perpétuelle de conservation soit levée. 

Un scénario insensé

Un non-sens alors que le gouvernement du Québec a choisi d’investir 100 M$ pour la réhabilitation des terrains contaminés dans l’est de Montréal afin de favoriser l’essor économique et le développement de milieux de vie et de travail attrayants. Pourquoi développer l’un des derniers grands espaces verts non protégés de l’Est alors que s’agrandit le bassin de terrains vacants décontaminés, prêts à développer?

Un non-sens parce que ce scénario s’inscrit en porte-à-faux avec la vision de développement économique du Secteur industriel de la Pointe-de-l’Île (SIPI). Cette vision, fruit d’une concertation d’acteurs économiques, institutionnels et de la société civile, insiste sur le rôle structurant d’une trame verte et bleue consolidée (incluant le pôle du bois d’Anjou) dans l’aménagement du territoire; elle en fait son premier principe d’aménagement.

Un non-sens en temps de COVID-19 : s’il y a bien un constat que nous devons tirer de cette épreuve collective, c’est le caractère précieux et indispensable des espaces verts montréalais, de leur mise en valeur comme lieu de contact avec la nature et ses bienfaits, et de leur accessibilité à tous les résidents et travailleurs, dans tous les arrondissements, dans une perspective d’équité sociale. 

Un non-sens parce que la collectivité, la ville centre et de nombreux arrondissements se mobilisent et travaillent sans relâche pour réduire les îlots de chaleur urbains et augmenter les surfaces végétalisées sur l’île de Montréal, notamment dans les zones industrielles et commerciales. Pensons aux efforts menés par le CRE-Montréal et ses multiples partenaires dans le cadre de la campagne ILEAU, aux efforts de l’Alliance forêt urbaine pour augmenter la canopée, et aux initiatives de nombreux propriétaires d’entreprises et de stationnement pour adopter des pratiques d’aménagement écoresponsables. 

Un non-sens quand on connaît l’importance des golfs pour la biodiversité urbaine, en particulier lorsqu’ils se trouvent à proximité de milieux naturels. Ainsi, un terrain de golf voisin d’une aire déjà protégée, c’est une occasion en or (un « low hanging fruit », pour reprendre l’expression consacrée) pour consolider une aire protégée plus vaste et plus accessible en milieu urbain, et ainsi se rapprocher de nos engagements collectifs de création d’aires protégées.

Un non-sens alors que l’administration s’est dotée, dans l’optique de consolider la trame verte de l’Est, d’un droit de préemption pour les terrains entourant le secteur du parc-nature du Bois-d’Anjou.

Un non-sens alors que le développement du terrain viendrait isoler et réduire le potentiel d’aménagement du parc-nature du Bois-d’Anjou, dont l’aménagement et l’ouverture au public sont attendus depuis plus de 20 ans maintenant.

Alors que la transition écologique et la relance verte et solidaire occupent une place centrale dans les actions et les démarches de l’ensemble des forces du développement économique, social et environnemental, il nous apparaît particulièrement déplorable d’assister au prolongement, apparemment sans remise en question, d’un modèle de développement industriel dépassé, orienté sur les gains économiques à court terme, aux dépens d’une vision de mieux-être collectif à long terme, digne du 21e siècle. Les changements climatiques, la COVID-19, et la recherche de la résilience économique dans ces conditions, exigent au contraire de nous que nous fassions preuve d’innovation, d’exemplarité et de vision.