10 ans du PMAD : la densification porte-t-elle ses fruits?

Adopté en décembre 2011, le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) dresse une vision de l’aménagement des territoires, de la planification des transports et de l’environnement pour le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) dans la période 2011-2031. 

Dans le plus récent rapport de suivi du PMAD, paru le mois dernier, la CMM fait le point sur l’atteinte des cibles à mi-parcours. Par le suivi de ces cibles ambitieuses, qui constituent  une réponse adéquate aux enjeux environnementaux, économiques et sociaux de la région métropolitaine, le PMAD nous offre une bonne idée de la direction générale de la métropole et du Québec en matière de développement territorial durable.  

Un succès en matière de densification

L’atteinte des cibles de densification du PMAD est le résultat le plus notable des 10 ans du PMAD. Les municipalités de la CMM ont réussi à orienter 41,3 % de la croissance des ménages dans des aires TOD (transit-oriented development). Ce succès porte maintenant la CMM à relever la cible à 60 % de nouveaux ménages dans les aires TOD d’ici 2031. Ce rythme de densification est celui qu’il nous faut pour atteindre nos objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES). En effet, comme le montrent les Trajectoires de réduction de GES de Dunsky, il faudrait que vers 2050 l’ensemble des nouveaux ménages en région métropolitaine de recensement (RMR) se logent dans des zones TOD afin d’atteindre nos objectifs de réduction de GES sans se reposer sur des hausses de production d’électricité excessives.

Aussi, pour atteindre la cible de 60 % des nouvelles constructions en aires TOD sur la période 2021-2031, il faudra vraisemblablement atteindre des taux d’environ 70 % en 2031. C’est la trajectoire qu’il faut continuer de suivre pour contribuer suffisamment à l’atteinte de nos cibles de réduction de GES avant 2050, mais elle implique probablement de mettre en œuvre de nouveaux moyens réglementaires dans un avenir rapproché. Pour y arriver, il faudra continuer d’orienter le développement immobilier de façon de plus en plus serrée tout en développant massivement les transports collectifs structurants. 


Graphique du pourcentage des nouveaux ménages en aires TOD

Or, la densité n’est pas une fin en soi et il faut s’assurer que les effets escomptés de la densification sont au rendez-vous. Le sont-ils?

Peser sur la pédale du transport collectif

Au chapitre de la mobilité des ménages, il faut observer que la densité des nouvelles constructions n’a pas été accompagnée d’effets marqués. Par exemple, la part des transports collectifs n’est passée que de 25 % à 26 % de 2008 à 2018. Même en faisant abstraction des effets de la pandémie sur l’achalandage, nous aurions raté la cible de 30 % en 2021. Celle de 35 % en 2031 semble aussi fortement compromise.

L’espoir d’atteindre ces objectifs cruciaux repose en grande partie sur l’adoption et à la mise en œuvre rapide du Plan stratégique de développement du transport collectif de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Voilà pourquoi nous sommes inquiets de voir tant la ligne bleue, projet consensuel, entrer dans un nouveau cycle de tergiversation que de voir le REM de l’Est s’embourber dans les controverses. La multiplication des projets de transport collectif (TC) nécessaires à l’atteinte de nos cibles mérite un processus de planification rapide, rigoureux, prévisible et constant.

Ceci dit, l’augmentation de l’offre en TC, tout comme la densité des habitations, n’est pas une fin en soi. Elle doit s’accompagner d’un retrait net du nombre d’automobiles sur les routes, pour contribuer à diminuer la congestion, les GES et les collisions. Pour l’instant, il n’y a pourtant pas de perspective de diminution de l’espace dédié à la voiture dans la plupart des projets. Sans ça, ou d’autres approches pour limiter l'attractivité de l’automobile, on voit mal comment l’espace libéré sur les routes par de nouveaux usagers des transports en commun ne sera pas aussitôt comblé par de nouveaux automobilistes.

Augmenter la cadence en transport actif

La pratique du vélo est en forte hausse à Montréal alors qu’elle stagne ou régresse dans le reste de la CMM. Les 66 % du Réseau vélo métropolitain restant à construire aideront sans doute à l’adoption du vélo utilitaire hors des quartiers centraux de l’Île. Dévoilé en 2017, ce plan de construction d’un vaste réseau cyclable de 1 742 km d’ici 2031 (dont 550 km étaient déjà construits en 2018) fait littéralement rêver. Néanmoins, le déploiement devra s'accélérer puisqu’au rythme accompli de 3 % entre 2018 et 2020, le réseau ne sera complété qu’à 49 % en 2031.


Carte du Réseau vélo métropolitain

Pour ce qui est des déplacements piétons, le PMAD n’a pas de cible précise de part modale. Cependant, le cahier métropolitain de suivi du PMAD présente un indice d’accès piétonnier. Bien que nous ne pouvons nous prononcer sur l’indice en lui-même et son utilisation dans le cadre du PMAD, il est frappant de voir qu’aucune aire TOD hors des quartiers centraux de Montréal n’atteint un potentiel piétonnier élevé. Accomplir la plupart de nos déplacements quotidiens à pied, avec le vélo, le transport en commun ou l’autopartage comme compléments, devrait être un objectif pour favoriser l’adoption d’un mode de vie actif et vraiment indépendant de la voiture pour une grande part de la population résidant à proximité des axes de transports collectifs. 

Un autre chantier se dessine quant au transport actif : celui des données. Les plus récentes disponibles sont toujours celles de 2016, car des raisons de fiabilité statistique ont empêché jusqu’ici la publication des données sur le transport actif issues de l’enquête Origine Destination 2018 de l’ARTM. Ces données et le développement d’autres mesures plus fines de la popularité, de la sécurité et la convivialité des déplacements actifs restent à développer.

Peu de progrès dans la protection du territoire naturel 

Depuis 2012, les gains en superficie de territoire en aires protégées ont été pratiquement annulés par les retraits de statuts de protection de certains territoires. L'augmentation nette de la superficie des aires protégées est ainsi à peine de 335 ha. Avec 43 975 ha d’aires protégées, ce qui correspond à 10,1 % du territoire de la CMM, nous sommes encore loin de l’objectif du 17 % inscrit au PMAD. Pour l’atteindre, 30 000 ha seront à ajouter dans les dix prochaines années. Tout un défi à relever pour la CMM et ses partenaires.

La CMM et le gouvernement du Québec ont conclu une entente pour investir conjointement 150 millions de $ d’ici 2025. Une somme qui pourra protéger de 432 ha à 16 874 ha selon que les acquisitions se font aux tarifs qui ont prévalu dans l’agrandissement de l’Anse-à-l’Orme ou ceux de la protection du mont Saint-Hilaire. Ces sommes ne permettront pas à elles seules l’atteinte de l’objectif et d’autres investissements (privés et publics) seront nécessaires. Nous ne pourrons pas compter uniquement sur l'acquisition et des mesures complémentaires de protection devront être implantées afin de garantir la préservation des milieux naturels sur des terrains à haute valeur foncière, notamment sur l’île de Montréal.

Consciente des défis entourant la protection et la conservation des milieux naturels, la CMM souhaite d’ailleurs mettre en place des mesures additionnelles pour faciliter et accélérer les projets au sein des administrations municipales. La mise à jour de la carte des milieux naturels d’intérêt ainsi que la création d’un répertoire métropolitain des initiatives municipales de conservation font partie des actions annoncées. 

Le PMAD reconnaît qu’une baisse significative de la diversité biologique est observée lorsque le couvert forestier d’une région passe sous le seuil de 30 % de la surface d’un territoire. La progression du couvert forestier a toutefois été modeste, de 20,4 % en 2011 à 21,4 % en 2019. 

Notamment sous le leadership de l’Alliance forêt urbaine et de ses grands partenaires publics et privés, l’Agglomération de Montréal fait belle figure en ayant relevé son couvert forestier de 11 % entre 2009 et 2019. Les données de 2019 montrent cependant un fléchissement imputable entre autres aux ravages de l’agrile du frêne. Nous devons donc rester vigilants, reconnaître chaque parcelle boisée pour sa grande valeur et déployer de nouveaux moyens pour faire augmenter le couvert forestier, par exemple, en reboisant les golfs ou en protégeant les friches industrielles. Les prochaines années seront décisives alors que de vastes zones boisées ou reboisables sont visées par le développement immobilier ou industriel. 

Regarder vers l’avant

L’évolution trop lente de plusieurs indicateurs est probablement un reflet de la grande complexité à orchestrer le développement à 82 municipalités dans un contexte de ressources insuffisantes compte tenu de l’ampleur de la transition visée par le PMAD. Le temps n’est toutefois pas au découragement. Comme l’ont reconnu le gouvernement du Québec, la CMM et la grande majorité des municipalités sur son territoire, l’heure est à l’urgence climatique. Pour amener le Québec à atteindre ses objectifs et laisser une région métropolitaine résiliente, saine et prospère aux prochaines générations, nous devons garder le cap sur les cibles du PMAD et commencer à envisager déjà sa suite pour un territoire carboneutre dès 2050.