Rivière Saint-Pierre : une conclusion malheureuse qui aurait dû être évitée

Le 22 avril dernier, nous apprenions une très triste nouvelle concernant le segment de la rivière Saint-Pierre qui s’écoule dans le golf Meadowbrook : celui-ci sera canalisé. 

Nous comprenons que la décision des services de la Ville d’opter pour cette solution technique absolument rétrograde est un choix par dépit. En vertu du jugement rendu par la Cour d’appel dans ce dossier, la Ville de Montréal se voyait dans l’obligation légale de régler le problème persistant de pollution de ce cours d’eau dans un très court délai.

La solution alternative à la canalisation aurait requis des délais d’exécution beaucoup plus longs. Il aurait fallu s’entendre sur la répartition des responsabilités et des charges avec les municipalités de Côte-Saint-Luc et de Montréal-Ouest pour régler un problème de raccordements inversés des égouts. Il y a longtemps que la source du problème est connue. Il y a longtemps que les trois municipalités auraient dû s’entendre pour régler définitivement et dans les meilleurs délais le problème. 

Nous regrettons amèrement que les travaux de correction des raccordements inversés aient tant tardé, jusqu’à mener à la judiciarisation du problème et à l’issue décevante que nous connaissons aujourd’hui. Voilà une histoire où il semble que les acteurs municipaux se sont lancé la balle... jusqu’à l’échapper. 

Nous, qui sommes témoins de la canalisation d’un des derniers tronçons visibles d’une rivière historique de Montréal, n’oublions pas de continuer de réclamer au cours des prochaines années la correction des raccordements inversés, afin que le problème de pollution soit réglé à la source et que la rivière Saint-Pierre puisse ensuite être exhumée.

Inspirés par la démarche de la MRC de la Minganie et du Conseil innu Ekuanitshit pour protéger la rivière Magpie sur la Côte-Nord, les Amis du parc Meadowbrook ont adopté, le 8 avril dernier, une déclaration de personnalité juridique visant à reconnaître neuf droits fondamentaux de la rivière Saint-Pierre : « le droit d’exister, le droit de couler, le droit de ne pas être polluée, le respect de ses cycles et de son développement naturels, le maintien de sa biodiversité, le droit de remplir ses fonctions essentielles au sein de son écosystème, le maintien de son intégrité, le droit à la restauration et à la régénération, et notamment à la réouverture, et le droit de défendre ses droits devant les tribunaux. »

Que cette démarche se conclue ou non par la reconnaissance de la personnalité juridique de la rivière Saint-Pierre, elle a le grand mérite de sensibiliser la population et les éluEs à la place que cette rivière devrait occuper dans l’écosystème urbain. 

Espérons que les éluEs des municipalités concernées, à l’instar des citoyenNEs, s’engageront à rétablir la santé et la place de la rivière Saint-Pierre. Souhaitons également que la nouvelle mouture du Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM) soit aidante à cet égard.