Projet de ville : un premier jalon important vers le prochain Plan d’urbanisme et de mobilité

20 octobre 2022

L’élaboration du Plan d’urbanisme et de mobilité 2050 (PUM) est une démarche attendue et demandée depuis plusieurs années par de nombreuses organisations de la société civile, dont le CRE-Montréal. Dès son annonce, nous avons salué la volonté de l’administration municipale de produire un Plan d’urbanisme et de mobilité et non deux plans distincts comme précédemment (plan d’urbanisme et plan de transport). Nous sommes convaincus que cette approche favorisera et facilitera la cohérence dans les choix d’aménagement ainsi que la complémentarité des actions aux différentes échelles territoriales.

Le Projet de ville, actuellement en consultation à l’Office de consultation publique de Montréal constitue une première étape importante vers le futur PUM 2050. L’ensemble de la démarche arrive à un moment charnière alors que Montréal s’est engagée de façon ambitieuse dans la lutte contre les changements climatiques avec son Plan Climat 2020-2030 et qu’elle souhaite jouer un rôle majeur en matière de protection de la biodiversité en milieu urbain. Alors que la communauté scientifique sonne l’alarme depuis plusieurs années et que les récents rapports du GIEC appellent à des gestes forts et rapides afin de réduire les émissions de GES, augmenter la résilience des milieux de vie et freiner l’effondrement de la biodiversité, le futur PUM devra donner à Montréal les moyens de ses ambitions et s’assurer que les leviers nécessaires seront en place pour une transformation en profondeur, de façon cohérente à l’échelle du territoire. 

Sans un PUM ambitieux et contraignant, il sera impossible d’atteindre les cibles de carboneutralité et de résilience. C’est avec cette perspective que, dans le cadre des consultations publiques de l’OCPM, nous avons déposé et présenté un mémoire qui met l’accent sur quatre chantiers et sept leviers d’actions incontournables. 

Le mémoire est entre autres l’occasion d’insister sur plusieurs éléments : 

  • Assumer clairement la démotorisation. Bien que la volonté de réduction de l’espace et des ressources dédiées à l’automobile apparaît clairement dans le Projet de ville, la finalité de diminution du nombre, de l’usage et de l’espace dédié à l’automobile doit être plus directement communiquée, expliquée et assumée par Montréal. Le taux de motorisation ne doit pas seulement être réduit, il est indispensable que les nombres absolus d’automobiles et de véhicules-kilomètres diminuent dans des proportions compatibles avec nos cibles de réduction absolue d’émissions de GES.
  • Étendre la portée de la Vision zéro aux lieux publics hors de la voirie locale, notamment en sécurisant les stationnements des installations, des commerces et des institutions fréquentées par des personnes vulnérables. 
  • Construire beaucoup d'habitations. Les mises en chantier doivent être multipliées afin de rattraper le retard dans l’offre, répondre à la croissance démographique et résoudre la tension dans le marché de l’habitation. Pour favoriser l’abordabilité du logement, la Ville de Montréal, avec le PUM, doit également faire en sorte que le logement, à tout le moins la partie du parc immobilier qu’elle subventionne ou qu’elle exige en vertu de ses pouvoirs, s’éloigne d’une logique de l’habitation comme véhicule d’investissement, pour se rapprocher de sa fonction utilitaire et sociale. 
  • Agir sur les bâtiments existants. La réduction de la deuxième source plus importante d’émissions de GES de la collectivité montréalaise passe par des actions à la fois sur les bâtiments neufs mais aussi, et surtout, sur les bâtiments existants. En effet, au rythme actuel de construction, l’impact de nouvelles constructions et de nouveaux quartiers, même exemplaires, pourrait prendre une décennie avant de transformer le bilan de GES, ne serait-ce que de 10 % du parc de logements. 
  • Placer la nature au cœur de la ville et en assurer un accès équitable à l’ensemble de la population. La conservation des milieux naturels est critique et la restauration est désormais la voie à suivre systématiquement. Il est plus facile et beaucoup moins coûteux de restaurer et entretenir un milieu naturel ou un espace vert que d’acquérir du foncier, déminéraliser, décontaminer et créer un espace naturel. C’est pourquoi nous recommandons entre autres que soit adoptée l’approche des 3C - Créer, conserver, connecter. 
  • Entamer une réflexion difficile, mais lucide sur le la place de l’aviation dans la métropole. Montréal devrait aborder dans le PUM le modèle de ville internationale qu’elle souhaite devenir sous l’éclairage de la sobriété en matière de recours à l’aviation. Cette conversation, hautement complexe, devra bien sûr mobiliser l’ensemble des parties prenantes et être animée par un esprit de réalisme climatique, d’innovation et d’équité. 
  • Renforcer la résilience économique au profit des courtes distances. Cela devrait se traduire par la reterritorialisation de la production agroalimentaire et industrielle, la réorganisation de la logistique urbaine et l’optimisation des chaînes d'approvisionnement. Nous recommandons par exemple l’adoption de cibles de localisation des emplois, sur un modèle inspiré des cibles de localisation des ménages dans les aires TOD de la CMM. 

L’importance des mécanismes de suivi et de communication 

La mise en œuvre de la vision du Projet de ville est à la mesure des besoins exprimés par la science, ambitieuse et complexe. Elle implique des transformations socio-techniques majeures qui exigent la mobilisation et la coordination d’une diversité d’acteurs, de stratégies, de technologies et de politiques. La définition de modes de coordination et de suivi de cette transition sera un facteur clé pour son succès. 

Nous recommandons que le Projet de ville s’accompagne d’études de trajectoires de réduction des GES, incluant les émissions indirectes, et d’une « rétroplanification » indiquant les séquences dans lesquelles les transformations sont attendues. Des cibles intermédiaires spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporelles devront également être définies. Les documents de suivi, mis à jour et communiqués sur une base annuelle, devront permettre la communication des objectifs de la Ville à ses nombreux partenaires et la population, ainsi que la coordination décentralisée des nombreuses parties prenantes. 

Un effort collectif 

Les défis seront nombreux et le chemin vers 2050 sera loin d’être un long fleuve tranquille. Montréal ne pourra pas y arriver seule. Les gouvernements du Québec et du Canada devront répondre présents et donner à la Ville les moyens financiers et les outils légaux pour lui permettre la mise en œuvre du PUM. Montréal devra aussi s’appuyer sur la société civile pour mener ces grands chantiers collectifs. La bonne nouvelle est que les questions d’aménagement du territoire et de mobilité occupent une place sans cesse croissante dans l’espace publique. De l’adoption de la récente Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire par le gouvernement du Québec (PNAAT) à la révision du Plan métropolitain d’aménagement et de développement par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), le momentum est là.

La Ville de Montréal pourra compter sur notre collaboration active dans l’élaboration et surtout dans la mise en œuvre du futur PUM.