Fini la marche au ralenti des moteurs à Montréal !

Si j'roule pas, j'coupe le moteur ! Campagne de sensibilisation de la Ville de Montréal

Le CRE-Montréal a posé des questions à trois intervenants de la Ville de Montréal au sujet de son nouveau programme d'intervention sur la marche au ralenti des moteurs. Merci pour leurs réponses à :

Ronald Boisrond, président du comité environnement du SCFP-Local 301 (Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal) 

Bernard Séguin, Chef de la Division de la planification et du suivi environnemental à la Direction de l'environnement de la Ville

et Jacques Tremblay, Conseiller en planification, Direction de l'environnement, Service des infrastructures, transport et environnement, Ville de Montréal

Qu'est-ce que le ralenti inutile des moteurs ?

C’est le fait pour un moteur à combustion de fonctionner sans nécessité. Lorsqu’un véhicule s’immobilise sans qu’on ne coupe le contact, son moteur tourne alors au ralenti, et, pour la plupart des véhicules-moteurs, dès que cette immobilisation dépasse une quinzaine de secondes, la mécanique est inutilement sollicité. Dans plusieurs pays européens, la réglementation relative à cette pratique exige même des automobilistes qu’ils «coupent le contact» aux feux rouges !

Quels sont les impacts de cette pratique sur l'environnement, la santé et l'économie ?

Économie – Le gaspillage de carburant et l’usure prématurée de la mécanique causée par la dégradation accélérée de l’huile à moteur peut coûter cher à ceux qui abusent du ralenti inutile. Par ailleurs, à la veille de voir décliner les réserves de pétrole, il faut s’attendre à ce que les coûts de carburant grimpent de façon exponentielle au cours des prochaines années.

Santé – Par le pot d’échappement des véhicules-moteurs, même si ces derniers sont équipés d’un dispositif anti-pollution, s’évacuent des substances polluantes qui présentent des risques importants pour la santé, principalement du monoxyde de carbone, des oxydes d’azote, des particules fines et deshydrocarbures, soit des résidus gazeux de carburant non brûlé.

Pour de plus amples détails, voir le site web de l’Environnement à Montréal à la rubrique Polluants atmosphériques du menu AIR.

Le monoxyde de carbone est un polluant très toxique qui peut être nocif s'il est respiré longtemps et ce, même en concentration faible. Les personnes souffrant de maladies cardio-vasculaires sont les plus vulnérables. Les symptômes retrouvés chez une personne exposée à une concentration élevée de CO sont des troubles de la vision, une diminution de la dextérité, des troubles moteurs et de la somnolence.

Les oxydes d'azote sont des agents très irritants pour les poumons. Le NO2, en particulier, peut affecter les voies respiratoires, provoquer une hyper-réactivité bronchique chez l'asthmatique et accroître la sensibilité aux infections des bronches chez l'enfant. Les personnes souffrant d'asthme et de maladies respiratoires sont les plus sensibles aux oxydes d'azote.

Les particules fines pénètrent profondément dans les poumons et affectent le système cardio-respiratoire. Ils sont à l’origine du déclenchement de crises d'asthme et expliquent la hausse du nombre de décès pour cause cardio-vasculaire ou respiratoire, notamment chez les sujets sensibles (personnes âgées, enfants, bronchitiques chroniques, asthmatiques...).

Les hydrocarbures appartiennent à la grande catégorie des composés organiques volatils. Les COV ont des effets très divers, allant d'une simple gêne olfactive à une importante irritation (principalement les aldéhydes). Ils peuvent également provoquer une diminution de la capacité respiratoire. Certains, comme le benzène et le formaldéhyde, ont des effets mutagènes et cancérigènes reconnus.

Certains COV en concentration importante peuvent causer des symptômes tels que les maux de tête, la nausée, la fatigue et les maux de gorge qui sont souvent confondus avec des allergies.

Environnement – Si le monoxyde de carbone affecte peu l’environnement, il n’en va pas de même dans le cas des oxydes d'azote. Leur importance comme précurseurs de l'ozone au sol est reconnue, tout comme leur contribution au phénomène des pluies acides qui peuvent accélérer l'eutrophisation des cours d'eau et des lacs. Le NO2 agresse également les matériaux (corrosion des métaux, décoloration des tissus, dégradation du caoutchouc) et cause des dommages aux arbres et aux cultures.

En plus de contribuer aux épisodes de pollution par l'ozone (smog), certains COV sont responsables de l'amincissement de la couche d'ozone et du réchauffement climatique.

Les particules fines peuvent influencer le climat en absorbant ou en diffusant le rayonnement solaire, contribuant par le fait même à la réduction de la visibilité et potentiellement à la souillure des bâtiments.

Le dioxyde de carbone ou CO2 est aussi produit par la combustion des moteurs. Inoffensif au niveau du sol, il ne représente aucun risque pour la santé mais il s’ajoute, à l’échelle planétaire, au CO2 déjà présent dans l’atmosphère, comme principal responsable de l’effet de serre. Il n’y aurait pas à s’inquiéter si l’industrialisation du dernier siècle et la prolifération des véhicules moteurs n’avait généré une telle production de CO2, attribuable à l’homme. L ’effet de serre s’en trouve à ce point exacerbé qu’il représente aujourd’hui la principale menace environnementale…

Pourquoi la Ville de Montréal a décidé de s'attaquer à ce problème ?

La collectivité montréalaise, représentée par les 80 partenaires engagés dans le plan stratégique de développement durable, a convenu d’agir de façon prioritaire sur les phénomènes de pollution atmosphérique et les changements climatiques. Plus spécifiquement, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est une préoccupation impérative pour tous les partenaires du plan. Parmi eux, le comité environnement du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, qui avait initié en 1999 un programme de formation des ses membres à l’importance d’éliminer le ralenti inutile des moteurs, a soumis la relance de ce programme comme priorité d’action. La Ville de Montréal a soutenu cette proposition – comme elle avait accepté de s’associer au projet «Si j’roule pas, j’coupe le moteur» dès 1999. C’est ainsi que le plan stratégique de développement durable donne l’occasion de relancer cette activité et de lui assurer un soutien institutionnel solide. À elle seule, la Ville (Arrondissements et Services centraux) possède 10 000 véhicules moteurs, ce qui représente environ 1 % de tous les véhicules en circulation sur l’île de Montréal. Bien que cette proportion soit minime, arriver à réduire de façon significative le ralenti inutile de ses véhicules peut avoir valeur d’exemple sur l’ensemble des automobilistes, surtout si les autres grands propriétaires de parcs automobile qui sont aussi des partenaires montréalais du développement durable à Montréal, s’engagent à faire de même.

Quels sont les objectifs de cette campagne ?

Il est d’abord d’amener l’ensemble des employés municipaux appelés à conduire un véhicule moteur à participer à une session de sensibilisation de trois heures. Réunis par groupes de 12 à 15, cela peut représenter plus de 250 rencontres. Notre objectif étant de toucher 4 000 employés – principalement cols bleus – entre octobre 2005 et juin 2006, la priorité s’est d’abord portée sur les employés évoluant en arrondissement. Fait notable : 23 des 27 arrondissements montréalais ont accepté de s’engager dans le programme d’automne. Cet hiver, ce sont les employés des Services centraux qui sont visés.

Quels sont les moyens que la Ville mettra en place pour éliminer cette pratique auprès de ses employés mais également auprès de la population en général ?

L’opération actuelle de formation est un préalable à tout le reste. En choisissant d’offrir à ses employés une sensibilisation en profondeur plutôt que de simplement émettre une directive à l’effet de fermer le moteur quand les véhicules sont immobilisés, la Ville et son partenaire du SCFP – Local 301 (Syndicat des cols bleus) font le pari qu’ils obtiendront de meilleurs résultats en s’adressant à l’intelligence des employés plutôt qu’à un réflexe conformiste.

Et ils n’ont pas lésiné sur les moyens, à commencer par l’élaboration d’un Guide du formateur et d’une présentation Power-Point qui ont été remis à chacun des 135 «multiplicateurs et multiplicatrices» formés à ce jour. La moitié d’entre eux sont des cadres ou des contremaîtres, l’autre moitié des syndiqués, principalement cols bleus, mais aussi cols blancs, car le Syndicat des cols blancs s’est officiellement associé à l’opération depuis janvier 2006. Ces personnes forment une soixantaine de «Tandems de multiplicateurs». L’esprit du projet est en effet de présenter le message comme «non partisan» et l’initiative, comme foncièrement «paritaire». Comme cette formation de multiplicateurs dure toute une journée, cela représente donc déjà un investissement d’autant de jours. La Ville a de plus acheté 4 000 T-Shirts aux couleurs de la campagne que les multiplicateurs remettent à chaque employé participant à une séance de sensibilisation. Elle a imprimé autant de «Guides de formation», petit livret également remis à chacun et qui contient toute l’information véhiculée au cours de la session. En cours de session, les employés visionnent un document vidéo qui présente des extraits de reportage télé traitant des changements climatiques produits à trois époque différentes : 1986 (on s’interroge sur la nature du phénomène) 1998 (on le comprend) 2004 (on sonne l’alarme). Les multiplicateurs retournent dans leur milieu de travail pour sensibiliser à leur tour leur confrères et consoeurs et ils ont en main, en plus de ce matériel, quelques casquettes et porte-clefs à faire tirer au hasard au moment de conclure leurs sessions. Affichettes, autocollants et billets de courtoisie complètent la panoplie des outils didactiques et promotionnels.

Certains partenaires du développement durable, comme l’École polytechnique de Montréal, Gaz Métropolitain et la CSN (Fonds d’Action) ont déjà manifesté l’intention d’initier ou de poursuivre des opérations analogues au sein de leur entreprise ou leur institution au cours de la présente année. Dans la mesure où cela pourra faire boule de neige (ou effet domino) une bonne partie de la population montréalaise pourra être aussi rejointe «au travail».

Suite à de nombreuses plaintes formulées par des parents et des éducateurs du milieu scolaire et du milieu des garderies, une «Opération cartes postales» combinée à la constitution d’une fiche pédagogique sera menée à la fin de l’hiver. Plus de 200 000 parents recevront de leurs enfants une petit message les enjoignant de ne pas laisser tourner leur moteur lorsqu’ils les cueillent à la sortie de l’école ou de la garderie. Voilà qui devrait faire effet !

À l’été, le CRE-Montréal parvient à faire revivre les patrouilles vertes– ce qui semble en bonne voie – l’un des mandats des jeunes étudiants-patrouilleurs consistera à promouvoir un comportement responsable en cette matière. Ils aideront notamment leur Éco-quartier à placer aux abords des grands commerces et de plusieurs institutions (qui sont dotés de quais de marchandises) d’une affiche grand format rappelant la consigne… et l’existence d’un règlement !

Le règlement sur la nuisance causée par un véhicule moteur

La mesure réglementaire est l’arme ultime à laquelle il faudra éventuellement avoir recours pour amener les citoyens à éliminer le ralenti inutile des moteurs. Un nouveau règlement à cet effet élaboré à la Direction de l’environnement de la Ville a reçu l’aval du comité exécutif. Cependant, comme il réfère à lanuisance que constitue le ralenti inutile, il relève de la compétence des arrondissements qui sont appelés à l’adopter au cours de l’année, ce que l’arrondissement d’Anjou a fait en premier le 25 janvier dernier.

Comment les organismes et les individus peuvent contribuer à cette campagne ?

Individuellement, le réflexe à développer consiste à fermer le moteur dès qu’un arrêt du véhicule est prévu durer PLUS DE DIX SECONDES.

Pour diffuser le message, on peut se procurer l’affiche «Vous ne roulez pas ? Coupez le contact !» en allant la cueillir au 827 boul. Crémazie Est, bureau 3.100 ( Jacques Tremblay – 280-2310)

Pour une action militante : dénoncer l’achat de tout démarreur à distance !