Pour un Montréal qui marche !

Par Bruno Bisson

Un comité stratégique créé à l'initiative de La Presse lance un débat de fond sur la réduction de la circulation automobile dans la métropole. Piétons et cyclistes sont invités à reprendre possession des rues.

Un groupe d'experts et de personnalités publiques propose de faire de Montréal la plus grande ville piétonne en Amérique du Nord. Pour cela, il suggère un véritable "plan Marshall" des transports en commun, du vélo et de la marche afin de reconquérir une partie de la voie publique abandonnée aux automobiles.

Le Comité stratégique La Presse sur les transports à Montréal a été formé à l'initiative de l'éditorialiste en chef André Pratte. Dans "Pour un Montréal qui marche! ", un manifeste publié aujourd'hui dans les pages A9 à A12, il jette les bases d'une vaste stratégie susceptible de conférer à la métropole une "signature internationale originale".

Rendre la rue Sainte-Catherine aux piétons. Prolonger de 800 kilomètres les réseaux cyclables de l'île de Montréal. Aménager des voies réservées aux autobus sur tous les ponts et dans toutes les artères importantes de Montréal.

Prolonger le pont de la Concorde pour créer un nouveau lien entre la Rive-Sud et le Vieux-Port, au bénéfice exclusif des piétons, des cyclistes et des autobus. Et d'un tramway, peut-être?

Le texte fourmille d'idées concrètes, adaptées à la réalité montréalaise. Elles visent toutes à encourager la marche, le vélo et l'utilisation des transports en commun. Ces idées sont présentés comme les éléments les plus visibles d'un projet social et urbain beaucoup plus large. Il s'agit d'améliorer la qualité de vie des Montréalais en réduisant la circulation automobile et en les invitant à reprendre possession des rues, à pied ou en vélo.

À la différence d'une multitude de projets de transport rendus publics au cours des dernières années, cette stratégie repose d'abord sur des interventions d'aménagement et d'urbanisme, de même que sur un nouveau partage de la voie publique, plutôt que sur une liste de grands projets d'infrastructures. Il faut quand même compter autour de 300 millions par année pour financer le redéploiement des transports en commun, les mesures d'apaisement de la circulation et l'aménagement des pistes cyclables.

« Montréal, estime le comité, doit se donner comme priorité d'aménagement et de transport de devenir la plus grande ville « marchable » d'Amérique du Nord et LA ville des transports en commun du continent. Il ne s'agit pas de transformer toutes les rues de Montréal en rues piétonnes mais plutôt de faire en sorte que la marche et l'usage du vélo soient encouragés et rendus agréables, partout à Montréal. »

Le temps d'agir

Depuis des années, dans l'ensemble de la métropole, la congestion du réseau routier et le sous-financement des transports en commun soulèvent des questions et suscitent bien des débats qui donnent lieu à beaucoup de consultations, et à d'autres débats, qui se terminent par des rapports. Sur le contenu desquels on débat encore.

Pendant ce temps, « les autoroutes sont congestionnées, les rues de Montréal sont encombrées, les épisodes de smog sont de plus en plus fréquents, les émissions de gaz à effet de serre augmentent sans cesse et le nombre d'accidents est beaucoup trop élevé », commente le comité.

Entre 1998 et 2003, le nombre des véhicules en circulation dans la région de la métropole a augmenté de 155 000. Chaque jour, dans l'ensemble de la métropole, presque 80 % des déplacements de personnes sont réalisés en automobile.

Durant la même période, les réseaux de transports en commun ont conservé leur part des déplacements quotidiens malgré un sous-financement chronique. Mais les prévisions sont peu encourageantes. D'ici 2011, cette part pourrait chuter de 22 % à 19 %, ce qui représente plusieurs milliers de véhicules de plus dans les rues de Montréal, sur les ponts et dans les grandes artères des banlieues.

« La situation actuelle, estime le comité, résulte des choix qui ont été faits au cours des dernières décennies et, surtout, des choix qui n'ont pas été faits. Depuis 30 ans, le transport en commun a été systématiquement négligé au profit de l'automobile et de la construction immobilière tous azimuts. »

« Tout le monde a fait comme si l'étalement urbain et la domination de l'automobile étaient inéluctables. Notre groupe est convaincu que non. Convaincu aussi qu'il est encore temps d'agir. »

Sus à l'automobile

En conséquence, le comité estime que « la Stratégie pour un Montréal qui marche doit viser des objectifs ambitieux et chiffrés » pour l'ensemble de la région métropolitaine. Les cibles visées sont ambitieuses. D'ici 2018, la part des transports en commun devrait passer de 30 % à 50 % des déplacements motorisés à Montréal à l'heure de pointe du matin, et de 20 % à 35 % en banlieue.

Quant aux transports actifs, le Comité estime que leur part devrait passer de 10 % à 15 % de tous les déplacements matinaux, à Montréal comme en banlieue. En nombre absolu, cela supposerait 100 000 déplacements de plus à vélo, en patins à roulettes ou à pied, chaque matin.

L'atteinte de ces objectifs, conclut le comité, se traduirait par une diminution de 125 000 déplacements en automobile dans l'île de Montréal. Une baisse de 17 % qui représenterait " un renversement de tendance historique ".

« L'aménagement urbain, le réseau routier et les transports collectifs devraient être organisés de façon à faciliter et à stimuler la marche et la circulation en vélo. à l'inverse, l'utilisation de la voiture sera découragée par la mise en place de solutions de rechange rapides et attrayantes, et par divers moyens dissuasifs. »

Entre autres moyens, réduire le nombre de places de stationnement et en augmenter le coût contribuerait à « décourager l'utilisation de l'automobile solo ».

Par ailleurs, le financement du " plan Marshall " pour les transports collectifs et actifs nécessiterait des sommes importantes, estimées à environ 300 millions par année, qui seraient principalement prélevées auprès des automobilistes.

Les taxes sur l'essence augmenteraient substantiellement. Et le péage devrait être « examiné sérieusement ».