Plus de 20% d'augmentation de la congestion dans le tunnel Louis Hippolyte Lafontaine si le projet immobilier sur l'île Charron se réalise

Par Florence Junca Adenot

En juin dernier, les citoyens de la région métropolitaine apprenaient avec stupéfaction l'existence d'un projet immobilier de 2 500 logements sur l'île Charron, à l'entrée du parc écologique des îles de Boucherville, le 3ème parc le plus fréquenté au Québec avec ses 250 000 visiteurs annuels. Des voix se sont élevées en provenance de tous les milieux sociaux, économiques et politiques pour s'y opposer. La proximité urbaine exceptionnelle de ces vastes espaces verts, habitat de nombreuses espaces animales et d'une flore riche, les risques de fragilisation du parc national de Boucherville et de son écosystème, la disparition d'une partie importante des terrains boisés, ont souvent été mentionnés pour supporter l'idée de protéger les 24 hectares de l'île Charron.

En juin 1989, un projet de même nature avait soulevé une vaste contestation, et une pétition dont j'étais l'initiatrice, en provenance de citoyens de plusieurs municipalités. Le projet avait été abandonné. Un argument, qui a encore plus de poids aujourd'hui, avait alors été invoqué soit celui de la détérioration majeure de la circulation dans l'axe du tunnel L.H.L. avec l'arrivée massive de milliers de voitures dont il est la seule porte de sortie et d'accès.

En 2007, cet argument est incontournable. 2 500 logements correspondent à quelques 3 500 à 4 000 voitures additionnelles, aboutissant directement, pendant les heures de pointe, dans le trafic du tunnel. Plus de 5 000 voitures y circulent déjà par heure d'une pointe qui n'en finit pas de s'allonger, autant le matin que le soir. Selon des données récentes du ministère des transports, les files d'attente atteignent certains jours 5 kilomètres, et l'attente des automobilistes dépasse souvent les 30 minutes pour accéder au pont. Y ajouter le flux des voitures des résidents des 2 500 nouveaux logements induit une augmentation de 20 à 25% de la congestion routière dans cet axe important de la région métropolitaine avec ses effets néfastes sur l'économie et l'environnement. Il serait un peu utopique d'imaginer une desserte par autobus qui resterait prise dans la même congestion ou d'envisager d'enlever une voie de circulation dans le tunnel pour y introduire une voie réservée aux autobus.

La conscience environnementale et économique est plus éveillée actuellement. Les parcs urbains sont considérés comme des trésors à protéger pour le futur et toutes les métropoles nous envient d'offrir à la population l'accès respectueux à la nature au cœur des activités urbaines. C'est ce qui a conduit plus de 20 000 citoyens à s'opposer à nouveau à un tel projet, et les 3 partis politiques de l'assemblée nationale à constituer un front commun pour demander la protection intégrale de l'île Charron. Il ne reste plus au Gouvernement du Québec qu'à décider.

Florence Junca Adenot
Professeure en études urbaines à l'UQAM
Présidente directrice générale de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) de 1996 à 2003