Vers de meilleures pratiques dans les centres hospitatiers

Pourquoi les centres hospitaliers (CH) devraient-ils s’engager dans un virage vert ?

Les hôpitaux devraient être des modèles d'institutions où non seulement on y traite les malades, mais où on y fait aussi la promotion d'une meilleure santé globale, ce qui inclut évidemment la promotion d'environnements de vie plus sains. En ce sens, ils devraient être des modèles d'environnements non toxiques. Malheureusement, ce n'est en général pas le cas, et il est encore trop rare que l'aspect environnemental soit considéré dans la conception et la rénovation de ces institutions. Concevoir des bâtisses plus vertes fait certainement partie d’un de nos devoirs de médecin de «ne pas nuire» aux gens, mais cela fait aussi partie de notre responsabilité comme individu face aux générations futures qui méritent d’hériter d’une planète vivable. Notre système de santé a un impact délétère majeur sur l'environnement, alors qu'il devrait être un modèle de protection et de promotion d'environnements sains. Les solutions existent afin d'améliorer nos hôpitaux, et il est bien démontré que lorsqu'il y a une volonté ferme des administrations de la santé, et des comités verts proactifs, des améliorations spectaculaires sont possibles.

Quels sont les impacts de notre système de santé sur l’environnement ?

Les impacts du système de santé sur l’environnement se résument essentiellement en 4 classes : problèmes de pollution et écotoxicité, déplétion des ressources, contribution aux changements climatiques et atmosphériques et perte de la biodiversité.
Les déchets des centres hospitaliers sont complexes. Outre les rebuts généraux, il y a les déchets biomédicaux, une grande quantité de produits chimiques, des déchets pharmaceutiques, cytotoxiques et radioactifs. Malheureusement une part très importante des rebuts solides va encore à l’enfouissement ou est incinérée, produisant une multitude de polluants atmosphériques dont des dioxines et furanes, composés très toxiques et carcinogènes. Ils peuvent induire des problèmes thyroïdiens, hépatiques, cardiaques, reproducteurs, d’apprentissage, et immunitaires. L’incinération médicale cause 16% des dioxines atmosphériques au Canada en plus des oxydes de soufre, d’azote, des particules fines, ozone de basse altitude et GES. On estimait il y a déjà 10 ans que le système de santé contribuait pour plus de 2% des GES au Canada. Ce chiffre est certainement plus élevé maintenant. Certains auteurs ont avancé le chiffre de 8%. En polluant l’air de cette façon, notre système de santé contribue donc directement à la hausse de la morbidité et la mortalité pulmonaire et cardiaque et à une foule d’autres problèmes de santé.
Le recyclage est encore assez embryonnaire, et à part les cartons et papiers, peu de choses sont récupérées. Or une très grande quantité de plastiques utilisés dans les CH sont d’excellente qualité et ils peuvent très bien être recyclés. Par ailleurs la mentalité du «tout jetable» s’est bien incrustée dans nos habitudes. Mais ceci change peu à peu. Certains CH retournent maintenant au matériel chirurgical (blouses et draps) lavable et stérilisable; des coûts équivalents mais un impact environnemental nettement meilleur.
Les CH consomment plus d’énergie que toutes les bâtisses institutionnelles et commerciales. Au Canada, 62% de l’énergie d’un CH va au chauffage et à la climatisation. D’autre part, la consommation irresponsable de ressources dont l’utilisation de bois de forêts mal gérées, d’ici ou d’ailleurs lors de la construction d’hôpitaux contribue à la perte de la biodiversité, phénomène très inquiétant auquel on assiste actuellement. La biodiversité a évidemment une importance fondamentale, pour la survie de l’humanité mais c’est aussi à la base de la recherche sur de nouveaux produits et médicaments.

Quels sont les principaux éléments à considérer dans la mise en place d’un établissement plus vert ?

L’OMS a produit un document très intéressant en 2008 : HEALTHY HOSPITALS-HEALTHY PLANET / How the health sector can reduce its climate footprint. On y identifie 7 domaines où l’on peut agir afin d’améliorer les centres de santé: En ce qui concerne les mesures de réduction d'énergie, plusieurs groupes ont noté que des mesures très simples peuvent économiser jusqu'à 20 % de l'énergie d'une bâtisse (meilleure isolation, changement d'éclairage, etc.).

Du côté des rebuts, certaines initiatives sont extrêmement intéressantes comme le retour au matériel chirurgical lavable et stérilisable plutôt qu'au tout jetable. Il faut aussi ajouter l'importance de diminuer l'utilisation de produits d'entretien toxiques et d'adopter des politiques d'achats responsables, de favoriser un environnement intérieur sain (la conception de murs végétaux qui améliorent la qualité de l'air est fort intéressante) et de concevoir des aires de stationnement plus vertes afin d'éviter les îlots de chaleur et la pollution des sols.

Existe-t-il des hôpitaux modèles ayant réussi à changer leur façon de faire et à mettre en application de réelles mesures environnementales ?

Il existe plusieurs exemples fort intéressants de CH qui ont diminué leur consommation d’énergie et leur production de rebuts de façon spectaculaire. De plus en plus de centres choisissent le chauffage en géothermie ou avec la biomasse tandis que les projets de compostage, de recyclage des plastiques, de gestion du transport du personnel ou d’implication dans «la communauté» comme la plantation d’arbres, se multiplient.

Le centre qui est certainement le plus remarquable au Canada est le London Health Sciences Centre. Cet hôpital est un modèle très souvent cité : il y a près de vingt ans, on y a fait une revue exhaustive de tous les secteurs d'activité et on a impliqué non seulement le personnel, mais toute la communauté dans la conception d'une nouvelle institution plus écologique. Les résultats sont très probants : Diminution marquée de l'enfouissement, économies d'énergie, utilisation de tissus lavables/stérilisables, et ce, tout en faisant des économies importantes. Plusieurs centres ont aussi mis sur pied des projets intéressants, mentionnons : le Toronto Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 20%-25%), le Sick Children à Toronto (recyclage augmenté de 78%), le University of Alberta Hospital (diminution du rejet des eaux usées de 42%), le BC Children's and Women's Hospital (diminution de la consommation d'énergie de 40%).

Enfin, la clé du succès du virage vert d’un CH réside dans l'implication de tous les gens d'une institution : administration, personnel médical, autres professionnels, services d'hygiène et salubrité, services alimentaires. Les défis à relever sont très importants, et la réussite repose toujours sur la création de « comités verts » efficaces, avec des brigades vertes qui font à la fois la sensibilisation et la promotion des projets dans un milieu. Dans les équipes les plus dynamiques, il est intéressant de constater que ces multiplicateurs contribuent aussi à sensibiliser la population générale à l'importance d'un environnement sain pour la santé. Il y a là un rôle d'éducation non négligeable dans la communauté.

Éric Notebaert, professeur-Adjoint, Faculté de Médecine de l'Université de Montréal. Urgentologue à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et Intensiviste à la Cité de la Santé de Laval