La décontamination du Champ des Possibles : Édito de Kevin Gregoire, chroniqueur, designer urbain et ami du Champ des Possibles

L'automne dernier le Champ des Possibles faisait les manchettes suite à la destruction de 1400m2 (15 000pi2) de verdure par le Canadien Pacifique, sur une parcelle ouest du Champ. Des faits similaires avaient déjà eu lieu en octobre 2010, une bien curieuse habitude de faire des travaux dans un parc que dénonçaient les manifestants rassemblés le 17 octobre 2014.

Pourtant depuis l'achat par la ville de ce lot en 2006 la menace d'une destruction par la compagnie ferroviaire, ex-propriétaire du lot, semblait écartée. Une actualité qui ne devrait pas faire oublier que le véritable enjeu d'ici 2017 est la décontamination des sols.

Le Québec s'est doté en 1998 d'une classification des sols par degrés de contamination (de A à D), depuis ce règlement les usages de terrain dont la contamination dépasse le critère A (exempt de contaminant) sont restreints. Ces critères de contamination laissent peu de marges de manoeuvre aux rares terrains vacants qui auraient le potentiel de se transformer en parcs, ainsi qu'aux jardins communautaires urbains. L’innovation sociale et environnementale s’en trouve lourdement hypothéquée.

Dix-sept ans après l'adoption de cette réglementation, l'excavation est devenue la méthode par défaut au Québec, et les analyses de sols, très dispendieuses, demeurent inaccessibles pour de nombreux organismes, dont les amis du Champ des Possibles.

Les gouvernements fédéraux et provinciaux ont pourtant rendu disponibles d'importantes subventions, sans toutefois mettre en place des solutions alternatives à même de pallier les importantes pertes d'usage. On notera la fermeture en 2011 du Centre d'excellence de Montréal en réhabilitation de sites (CEMRS).

Dans les faits, ce brutal virage réglementaire s'est effectué sans outiller les zones urbaines de la province, afin de leur permettre de préserver l'usage du sol urbain. La mise sur pied d’un observatoire des sols urbains provincial aurait par exemple rendu accessibles les études environnementales et facilité le développement de techniques de décontamination alternatives.

À ce sujet, Roger Latour, vice-président des Amis du Champ des Possibles (ACDP), déclare : « S’agissant d’un parc-nature, on peut espérer la préservation des haies et des bosquets; des aires végétales à protéger, car elles sont devenues au fil des ans des écotopes fréquentés par les oiseaux migrateurs. Ces habitats sont un environnement riche sur le plan de la biodiversité. Les résidents sont aussi très attachés à ces éléments écopaysagers. Un précédent de dérogation partielle bénéficierait à de nombreux autres terrains au devenir incertain? »

À moins d’une dérogation adaptée à la réalité du Champ des Possibles, l'excavation demeure inévitable pour une partie du Champ, et il faudra se résoudre à voir de nouveau des machines d'excavations au Champ ces prochaines années. C'est dans ce contexte que les ACDP travaillent activement avec l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, la Ville de Montréal et d’autres experts afin d'envisager des techniques alternatives.

Certaines zones du Champ pourraient donc faire l'objet de procédés alternatifs de bioremédiation comme la mycoremédiation et la phytoremédiation. Il reste à voir si le Ministère du Développement durable, de l’Environnement, et de la lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) serait prêt à accepter que le Champ serve de projet pilote pour tester ces méthodes de réhabilitation in situ.

Marke Ambard, président des ACDP, ajoute : « C’est une question très complexe, mais on a une belle collaboration avec nos partenaires, tout particulièrement avec l’arrondissement et la Ville centre. On essaie d’encourager des approches innovantes, mais il faut aussi que le site soit sans danger pour tous les résidents. Alors, on regarde tout ça en profondeur pour trouver le bon équilibre. »

Le Conseil d'arrondissement du Plateau-Mont-Royal a déposé une motion demandant au comité exécutif pour donner une suite favorable à la proposition d'entente du Canadien Pacifique pour la remise en état du terrain de la Ville, adjacent au Champ des Possibles, qu'il a endommagé en octobre dernier. Le coût des travaux a été évalué à 60 121,32 $ par les Amis du Champ des Possibles.