Biodiversité : les urbains font partie de la solution

Le 22 mai, aux quatre coins de la planète, des citoyenNEs, des organisations et des gouvernements uniront leurs voix pour souligner la Journée internationale de la diversité biologique. Cette édition se déroulant sous le thème Nos solutions sont dans la nature, le CRE-Montréal vous propose de passer « en mode solution » et de regarder ce qui peut être fait chez nous, en milieu urbain, pour la biodiversité locale et mondiale. 

La diversité biologique mise à mal

À l’heure actuelle, l’ONU estime que 25 % des espèces végétales et animales (soit environ 1 million d’espèces) sont menacées d’extinction et que « les écosystèmes naturels ont décliné de 47 % en moyenne par rapport à leur état initial ». Plus près de chez nous, le récent rapport Planète vivante Canada du WWF indique que « la moitié des espèces vertébrées examinées au pays sont en déclin ». 

Les causes du déclin de la biodiversité sont connues. Selon la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (l’IPBES est à la biodiversité ce que le GIEC est aux changements climatiques), ce sont :

  1. le « changement d’utilisation des terres », une expression qui renvoie à la déforestation, l’intensification de l’agriculture, la construction de routes, l’urbanisation et toutes activités qui engendrent la perte et la fragmentation des habitats;
  2. la surexploitation des ressources naturelles;
  3. la pollution (de l’air, de l’eau, des sols, mais aussi la pollution lumineuse);
  4. l’impact des espèces exotiques envahissantes, qui en plus de faire compétition aux espèces indigènes, peuvent causer des ravages (ex.: l’agrile du frêne);
  5. les changements climatiques, qui peuvent avoir des effets directs (comme le blanchiment des coraux causé par le réchauffement de l’eau) ou indirects, agissant plutôt comme amplificateurs des autres causes que nous venons d’énumérer.

Ces enjeux paraissent si grands, désincarnés, éloignés de nous, qu’il est commun de se sentir impuissant devant le phénomène d’érosion de la biodiversité. Pourtant, nous, les urbains, pouvons demeurer attentifs à certains aspects de nos vies et agir pour protéger le vivant dans toute sa diversité. Voici quelques pistes d’action (la liste est loin d’être exhaustive) qui, nous l’espérons, pourront vous inspirer.

Multiplions les oasis de biodiversité

  • Qu’on ait accès à un balcon, un terrain ou un jardin communautaire, la plantation de fleurs nectarifères et mellifères indigènes et d’arbres est susceptible d’attirer et de soutenir les insectes pollinisateurs et d’autres espèces animales. Des distributions de végétaux sont organisées en début de saison dans plusieurs arrondissements, et la campagne Un arbre pour mon quartier permet d’obtenir un arbre à bon prix tout en contribuant aux efforts de l’Alliance forêt urbaine. Les mangeoires et nichoirs (pour oiseaux, chauves-souris, écureuils ou insectes) requièrent un entretien régulier pour prévenir l’installation d’indésirables et les maladies. Toutefois, une ruche ne constitue pas une solution au déclin des abeilles; l’apiculture urbaine doit se faire dans les règles de l’art pour assurer la santé des abeilles domestiques et celle des pollinisateurs indigènes (voyez la Charte de l’apiculture urbaine de la Coop Miel Montréal).
  • Dans les espaces verts urbains, la diversité et la complexité végétales souhaitées peuvent être atteintes en privilégiant les alternatives au gazon. Des zones peuvent faire l’objet de divers niveaux d’entretien et de contrôle pour favoriser la croissance d’herbacées et d’arbustes. La Fondation David Suzuki a approfondi le sujet il y a quelques années.
  • Certains terrains institutionnels et friches se prêtent bien à la création de milieux naturels et à la mise en valeur de la biodiversité urbaine, comme le démontrent le projet conjoint du Laboratoire d’intégration de l’écologie urbaine (LIEU) et du CHSLD Rousselot et les initiatives citoyennes du Champ des Possibles et du parc Boisé-Jean-Milot
  • Les toits et les murs végétalisés constituent des solutions à privilégier pour obtenir des services écologiques (régulation thermique, gestion des eaux, esthétique) tout en créant des habitats pour la flore et la faune. 

Redonnons sa place à l’eau

  • Des aménagements intégrant l’élément aquatique (jardins de pluie, noues, bassins de rétention, watersquares, etc.) peuvent très bien s’insérer dans les projets de développement immobilier et urbain. Même les stationnements peuvent être réaménagés pour favoriser une plus grande porosité et biodiversité. On peut également penser à mettre ces infrastructures en réseau pour une gestion durable des eaux. 
  • L’île de Montréal était autrefois sillonnée de cours d’eau, aujourd’hui canalisés pour la plupart. Il est primordial de protéger et de mettre en valeur les rares milieux hydriques et humides qui subsistent. L’acquisition récente par la Ville de Montréal de terrains liés au ruisseau Pinel offre un grand potentiel. La mise en valeur du marais Molson au parc Boisé-Jean-Milot est un bel exemple de collaboration citoyenne et scientifique ayant eu un effet positif sur la biodiversité locale. 

Soutenons les projets d’aires protégées et de corridors écologiques

  • La Ville de Montréal est plus active que jamais dans la création de grands parcs et espaces verts, avec le Grand parc de l’Ouest et le parc de la falaise Saint-Jacques. Ce faisant, Montréal se rapproche de sa cible de 10 % d'aires protégées au plan local. Toutefois, le parc de la falaise Saint-Jacques ne sera complet qu’avec sa dalle-parc, pour laquelle une confirmation de financement du provincial est toujours attendue.
  • Des milieux naturels en ville, c’est bien; s’ils sont interconnectés, c’est mieux! À ce chapitre, notre campagne ILEAU offre une perspective unique : nous nous efforçons de relier les initiatives locales d’aménagement durable à une vision à plus grande échelle, qui vise à consolider des corridors écologiques et actifs.
  • Chaque projet de corridor de mobilité active (ex.: le développement prochain du Réseau Express Vélo) et d’axe routier (ex. : boulevard Assomption) est une opportunité de concevoir l’aménagement de leurs abords pour en faire des corridors écologiques. Il en va de même de tout projet de développement urbain (création d’un quartier résidentiel, requalification d’un secteur industriel, etc.). Ainsi, les consultations publiques de l’Office de consultation publique de Montréal et de Réalisons Montréal permettent à chacunE de se prononcer sur l’insertion des projets dans la trame verte et bleue montréalaise. Le CRE-Montréal s’est exprimé à ce sujet à plusieurs reprises, notamment en lien avec le Secteur industriel de la Pointe-de-l’Île. Le point de vue des citoyenNEs préoccupéEs par la biodiversité est toujours bienvenu dans ces consultations.

Pensons à la biodiversité mondiale dans nos choix de consommation

  • Le secteur agricole peut contribuer grandement à l’érosion de la biodiversité ou à sa protection, suivant le modèle privilégié. Ainsi, dans la mesure de nos moyens, tentons de privilégier les fermes biologiques, qui misent sur la permaculture, qui favorisent la biodiversité grâce à des haies brise-vent, qui préfèrent les solutions naturelles de lutte aux envahisseurs plutôt que les insecticides, qui soutiennent la diversité génétique grâce à des cultivars indigènes et patrimoniaux, etc. Les sites web de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ) et d’Équiterre sont de bons points de départ pour explorer les possibilités. 
  • Pour consommer poissons et fruits de mer tout en minimisant son impact sur les écosystèmes marins, ou éviter de contribuer à l’érosion des « hotspots de la biodiversité mondiale », il est toujours bon de se renseigner sur la provenance des produits et de privilégier les produits certifiés (Écocert, FSC, MSC, ASC, etc.) et issus du commerce équitable.

En conclusion

Des grands feux australiens à la pandémie de COVID-19, le début de l’année 2020 s’est chargé de nous rappeler que les problèmes qui affectent la diversité du vivant nous concernent directement, où que nous soyons dans le monde, et qu’ils appellent des actions urgentes. Cet été continuera de se dérouler sous le signe de la distanciation physique et, possiblement, des contraintes aux déplacements interrégionaux. Dans ce contexte, l’occasion est belle de redécouvrir le vivant dans la ville, ses parcs-nature, ses cours d’eau, ses berges, ses friches. Car devenir gardien de la biodiversité commence par ceci : entretenir son lien à la nature, qui nous offre calme, beauté, recueillement et santé. Bonne journée mondiale de la diversité écologique!

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