Arrêter le gaspillage éhonté des ressources : La consigne (Thème 1)

Dans le contexte médiatique actuel quant à la gestion des matières résiduelles au Québec, il est important de rappeler cet objectif central d’arrêter le gaspillage, lequel doit guider les multiples actions en gestion des matières résiduelles. Commençons par le dossier de la consigne.

Même en excluant les produits fabriqués, il se cache une grande complexité dans la catégorie des matières « de base » comme le verre, le plastique, le métal, le papier, le carton et les résidus organiques. Pour trouver LES bonnes réponses pour atteindre les objectifs de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles, LA solution unique et parfaite, tant au point de vu des matières que du territoire, n’existe pas. Il faut donc accepter d’en déployer plusieurs en parallèle pour sortir de la morosité, voire du mécontentement généralisé, quant à ces monstrueuses quantités de matières qui prennent directement le chemin de l’élimination ou qui se retrouvent abandonnées dans l’environnement urbain et naturel.

La consigne représente un des moyens pour récupérer des contenants (= des matières) afin ensuite de les orienter vers une filière de réutilisation ou de recyclage. Mise en place au Québec il y a plus de 30 ans, la question de sa « modernisation » est sur la table du gouvernement depuis quelques années.

Pourquoi « moderniser » la consigne est important?

La consigne a déjà depuis longtemps fait ses preuves en termes de taux de récupération, de collecte pour assurer le réemploi (bouteilles de bière) et de qualité de la matière qui peut alors aisément trouver preneur auprès des recycleurs.

Première bonne raison

Nous pouvons d’emblée convenir qu’elle prend tout son sens quand on pense réemploi (le deuxième « R » après la réduction et avant le recyclage). Si pour le moment, seules les bouteilles de bière bénéficient de ce réemploi du contenant de verre, il serait très cohérent, avec les principes qui guident une gestion durable des matières résiduelles, d’inclure d’autres contenants. Le projet Ma Tasse à Montréal représente une initiative prometteuse et à déployer à tous les cafés de la métropole et aux événements publics.

Deuxième bonne raison

Cet exemple nous amène sur un deuxième aspect positif de la consigne : l’incitation à ne pas jeter et la propreté du domaine public et de la nature. Avec un montant associé à la consigne suffisant (bien plus que les quelques sous actuels), ce système serait probablement assez incitatif pour un retour et donc pour modifier le comportement d’un grand nombre de personnes qui aujourd’hui jettent malheureusement le contenant vide après consommation.

Troisième bonne raison

La consigne permettrait d’aider à la diminution voire l’élimination possible de l’usage unique dans la restauration à emporter. Pensons aux tasses de café, aux verres en plastique, aux contenants aux comptoirs alimentaires en polystyrène.

Quatrième bonne raison

L’aspect économique. Il est souvent reproché au système de consigne d’être coûteux. Mais est-ce vrai ? Il est possible d’en douter. Pour avoir une idée claire là-dessus, il est nécessaire de considérer notamment les emplois créés avec la consigne, les économies globales faites avec le réemploi des contenants, la valeur de revente de la matière non contaminée (plus élevée qu’avec la collecte sélective pêle-mêle), les gains connexes du fait que moins de matières prend le chemin de l’enfouissement et bien sûr tous les gains environnementaux, comme la préservation de la nature, l’économie d’énergie et la baisse des émissions de GES (ex.: faire du verre avec du verre recyclé).

Comment s’y prendre?

Plusieurs éléments sont à mettre en oeuvre :

  • Hausser le montant de la consigne (incitatif fort sans pénaliser le consommateur puisque la somme est récupérée au retour)
  • Soutenir davantage les commerces de détail pour leur permettre de gérer les flux de contenants consignés
  • Élargir la consigne à tous les contenants de boisson (souvent consommés hors foyer), quels que soient le contenu et la matière du contenant
  • Soutenir et multiplier les initiatives de consigne/réutilisation : engagement des gouvernements et des entreprises de restauration rapide

Les défis à mettre sur la table et à surmonter

L’avenir des centres de tri

Actuellement, les centres de tri au Québec (23) se nourrissent des matières de la collecte sélective pêle-mêle, à partir de laquelle ils trouvent des marchés pour revendre ce qu’ils ont trié. Il est clair que pour eux, la valeur marchande des matières est cruciale. Or, elle dépend de plusieurs choses : le taux de contamination d’une matière par une ou plusieurs autres, la demande sur le marché du recyclage (québécois, canadien, nord-américain et outremer), le type de matière (ex.: l’aluminium récupéré « vaut » autour de 1000 fois plus que le verre).

Par conséquent, il est clair que pour ces organisations, davantage de consignes peuvent signifier globalement moins de revenus. Citons en exemple les canettes d’aluminium (actuellement consignées) qui sont très demandées sur le marché du recyclage, sont faciles à trier (comparativement à d’autres matières) et se revendent à très bon prix. Si l’on comprend pourquoi plusieurs centres de tri se sont exprimés contre la consigne, l’intérêt collectif nous conduit ailleurs : en faveur du maintien et de l’amélioration de la consigne. Donc, il est nécessaire de réfléchir de quoi sera fait l’avenir des centres de tri du Québec, sur la base notamment de la modernisation de la consigne telle que mentionnée dans ce texte.

La consigne des contenants de boisson ne résout pas tout

Après avoir consigné tous les contenants de boisson, il reste encore beaucoup de contenants ainsi que les papiers à récupérer à des fins de recyclage. Les opposants à la consigne des bouteilles en verre de la SAQ font souvent valoir ce point puisque les pots de verre non consignés continueraient d’affluer au centres de tri. Si ce fait est vrai actuellement, il ne peut être un argument pour la suite. Malgré la technologie testée et dont les résultats viennent d’être publiés par ÉEQ sur un système de récupération du verre dans les centre de tri, deux points majeurs ne sont pas abordés : 1. le verre alors trié contient des résidus de porcelaine, ce qui empêche complètement de recycler ce verre en verre ; 2. aucune démonstration n’a été faite que ces nouvelles techniques de tri éliminent la contamination des autres matières (papier, carton et plastiques) par le verre. Le défi réside donc à trouver les façons de récupérer le verre qui sera non consigné (excluant donc tous les contenants de liquide y compris les bouteilles de vin) autrement que par la collecte sélective pêle-mêle. Pensons à plusieurs alternatives selon le contexte et le territoire: une collecte séparée, des cloches judicieusement placées, le dépôt volontaire dans des écocentres.

La mobilisation citoyenne pour poser les bons gestes

Avec tout le battage médiatique sur des positions divergentes, il est fort probable qu’une bonne partie de la population est actuellement confuse et doute de l’utilité des actions de tri qu’on lui demande. Apporter des changements de pratiques va donc nécessiter une grande campagne soutenue d’information, de mobilisation et de suivi.

Pour que les résultats globaux soient au rendez-vous, une telle campagne doit se faire aussi auprès des citoyens corporatifs. Ceux-ci doivent poser des gestes dans le même sens. Pensons entre autres aux bacs pour la consigne dans leurs bureaux, à une politique interne dans le secteur des commerces d’alimentation à emporter favorisant la consigne de contenants pour leur clientèle.

Tout cela dit, le leadership politique, bien sûr en premier lieu du gouvernement du Québec, mais aussi des municipalités, est un élément primordial pour (enfin!) faire les choix permettant au final d’atteindre les cibles fixées pour le réemploi et le recyclage. La consigne « modernisée » fait partie de l’équation. Il reste à la définir et à la mettre en place.