Cinq chantiers pour la résilience à surveiller en 2020

Selon les estimations rapportées au début du mois de janvier 2020, les feux qui ravagent l’Australie auraient emporté 28 vies humaines et plus d’un milliard de vies animales, en plus de détruire 10,3 millions d’hectares de milieux naturels. Bien que cette catastrophe humaine et écologique se déroule à l’autre bout de monde, nous avons des apprentissages à en tirer, car elle révèle à quel point le bien-être des communautés humaines dépend de la résilience des écosystèmes, à plus forte raison en contexte de dérèglement climatique. « La nature sous-tend notre existence même et nos moyens de subsistance. Elle fait partie intégrante du bon fonctionnement et du bien-être des communautés urbaines », déclarait justement la mairesse Valérie Plante au mois d’août dernier, au moment d’être nommée ambassadrice mondiale pour la biodiversité locale par l’organisme international International Council for Local Environmental Initiatives (ICLEI).

Sur l’île de Montréal, l’année 2020 présente plusieurs initiatives à suivre et d’occasions à saisir pour agir sur plusieurs fronts à la fois : lutte aux changements climatiques, résilience des écosystèmes et création de milieux de vie de qualité. En voici cinq qui méritent une attention particulière.

1. Grand parc métropolitain de l’Ouest

Au mois de décembre 2019, la mairesse Plante annonçait l’acquisition par la Ville de Montréal de 140 hectares de terrains privés à Pierrefonds-Roxboro, un pas décisif vers la consolidation du Grand parc de l’Ouest. À terme, ce « super-parc » regroupera les parcs-nature de l’Anse-à-l’Orme, du Bois-de-l’île-Bizard, du Bois-de-la-Roche, du Cap-Saint-Jacques et des Rapides-du-Cheval-Blanc, en plus d’offrir à la population de nouveaux lieux de contact avec la nature – 3000 hectares de parc au total. Le CRE-Montréal salue ce projet ambitieux qui va permettre de protéger les milieux naturels de l’Ouest et d’accroître la résilience de la Ville et de l’île face aux changements climatiques. Une consultation citoyenne sur le Grand parc de l’Ouest devrait avoir lieu au printemps 2020. En parallèle, nous espérons que le projet de paysage humanisé de l’Île-Bizard va finalement se concrétiser, alors que les nombreux acteurs locaux et régionaux se mobilisent depuis plusieurs années autour de cette approche unique au Québec. 

Ces avancées majeures sur l’île de Montréal ne font que renforcer la pertinence de placer ce projet dans son contexte métropolitain et d’imaginer un parc encore plus vaste, intégrant les grands espaces verts de Laval, des Laurentides et de la Montérégie ainsi qu’une partie du Lac des Deux Montagnes. C’est autour de cette vision de Grand parc métropolitain de l’Ouest que nous allons poursuivre le travail conjointement avec les CRE de Laval et des Laurentides.

2. Aménagement du SIPI

Avec le projet de transport collectif structurant dans l’axe de la rue Notre-Dame Est, le projet de prolongement de la ligne bleue du métro, et d’importants investissements provinciaux pour la décontamination des sols, les planètes sont enfin alignées pour l’est de l’île. Dans la foulée de ces annonces, la Ville a récemment rendu publique sa vision de développement pour la vaste zone industrielle (3000 hectares) située à l’est de l’autoroute 25 – le secteur industriel de la Pointe-de-l’Île (SIPI). La vision s’articule autour de quatre orientations, dont la première consiste à consolider la trame verte et bleue de l’Est. Cette orientation offre des perspectives des plus intéressantes pour améliorer la qualité des milieux de vie des résidents et des travailleurs de l’Est, la résilience des écosystèmes et les services écosystémiques (lutte aux îlots de chaleur, gestion de l’eau, amélioration de la qualité de l’air, etc.). De plus, nous y voyons l’opportunité de rétablir l’équité est-ouest en termes d’accès à la nature et d’investissement dans la création de parcs.

Le CRE-Montréal, la Fondation David Suzuki et l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) ont récemment présenté un mémoire conjoint pour encourager les décideurs municipaux à maintenir le cap sur cette première orientation d’aménagement et à la transposer adéquatement dans le futur plan directeur du SIPI. Celui-ci devrait voir le jour au cours des prochains mois. 

3. Révision du Plan d’urbanisme

Bien que rien n’ait encore été annoncé par la Ville en ce sens, nous nous attendons à ce qu’une démarche de révision du Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal soit lancée au cours de l’année 2020. La Loi prévoit la révision des plans d’urbanisme municipaux aux cinq ans, mais celui de Montréal n’a connu qu’une mise à jour en 2004. Une révision approfondie serait la bienvenue afin d’orienter le développement de notre métropole en toute cohérence avec nos nouvelles priorités et cibles collectives concernant la lutte aux changements climatiques, la transition écologique et la résilience. 

Héritage Montréal rappelle que le Plan d’urbanisme montréalais est un outil de planification territoriale puissant, qui s’attache à « établir l’équilibre entre les droits et les obligations des propriétaires », de même que divers éléments clés du développement urbain : les usages (permanents ou transitoires), les hauteurs et les densités du bâti, les schémas de mobilité, la qualité du cadre de vie ou encore l’aménagement de lieux publics ou de parcs. Par conséquent, sa révision est l’occasion rêvée d’inscrire la résilience au coeur de nos outils d’urbanisme; c’est un rendez-vous à ne pas manquer avec l’imagination, l’innovation et les meilleures pratiques d’aménagement territorial. Nous espérons que les idées des citoyenNEs et des organismes seront recueillies au cours de l’année 2020 et intégrées au résultat final.

4. Parc-nature de la cour Turcot et dalle-parc

Le 10 juin 2019, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) publiait son rapport synthèse de la consultation publique sur le projet de parc-nature dans la cour Turcot. De nombreux participantEs à ce processus, dont le CRE-Montréal, se sont exprimés sur la dalle-parc. La vision qui s’en dégage est celle d’un lien nord-sud structurant, propice à une expérience de transit piétonnier et cycliste sécuritaire, et agrémentée de haltes de repos permettant l’observation du paysage. De plus, l’aménagement et la largeur de l’ouvrage devraient favoriser les déplacements de la faune et la propagation de la flore. 

Promis par le gouvernement du Québec et la mairesse de Montréal, ce beau projet doit passer à l’étape de conception. Nous espérons que 2020 soit l’année de l’engagement du gouvernement provincial à investir dans cette infrastructure réclamée année après année par de nombreux citoyenNEs et organismes, et défendue par le CRE-Montréal.

5. Des corridors écologiques et de mobilité active

L’interconnexion des milieux naturels joue un rôle essentiel pour la résilience des communautés animales et végétales, tout particulièrement en contexte de réchauffement climatique, et à plus forte raison dans les paysages fortement minéralisés et fragmentés des villes. Par ailleurs, les aménagements sécuritaires et conviviaux pour la mobilité active sont un outil de première importance dans la lutte aux changements climatiques. L’aménagement de corridors verts et bleus actifs constitue par conséquent une stratégie toute indiquée pour favoriser la résilience. 

À Montréal, plusieurs acteurs (Ville, arrondissements, citoyenNEs, Hydro-Québec, CRE-Montréal) portent des projets de corridors et, bien souvent, leurs visions convergent. 2020 devrait voir progresser plusieurs de ces projets:

  • L’arrondissement Saint-Laurent entamera les démarches de réalisation de son corridor de biodiversité, dont le concept a été annoncé au printemps 2018.
  • Hydro-Québec a entamé un important projet de modernisation de la ligne de transport d’électricité Aqueduc-Saraguay. Ce projet, qui va s’étendre sur plusieurs années, est une occasion à saisir pour créer un corridor de biodiversité et de mobilité active traversant l’île du nord au sud, reliant plusieurs parcs et milieux naturels d’intérêt et permettant de mailler plusieurs initiatives locales déjà en cours. 
  • La consultation publique présentement en cours sur le secteur Namur-Hippodrome est propice à recueillir des idées relatives à la consolidation de deux corridors dont il constitue le carrefour : un corridor nord-sud reliant l’arrondissement Saint-Laurent au golf Meadowbrook et aux rapides de Lachine; et un corridor est-ouest reliant l’ancien Hippodrome au mont Royal, via le corridor Darlington
  • Le CRE-Montréal poursuivra cette année ses démarches de concertation et de co-design autour des grands liens verts et actifs de sa campagne ILEAU. Que ce soit le « corridor des Ruisseaux » ou le grand lien reliant la promenade Bellerive au Parc-nature du Ruisseau-De-Montigny en passant par le Parc-nature du Bois d’Anjou, ces axes majeurs ont le potentiel de venir consolider la trame verte et bleue de l’est, d’offrir des accès aux grands parcs, de renforcer la biodiversité en milieu urbain et plus largement de contribuer à l’amélioration de la qualité des milieux de vie. 
  • Il faut aussi mentionner que la ville de Montréal travaille sur un programme de corridors verts. Bien que les détails ne soient pas encore connus, le PTI 2020-23 a permis de noter une concordance entre les secteurs visés par le programme et les secteurs qui font l’objet d’efforts de la société civile dans la perspective de créer de tels liens verts et actifs. 

Miser sur les friches urbaines 

L’aménagement d’emprises et de terrains vacants, notamment au moyen des phytotechnologies, pourrait être mis à profit pour créer des traits d’union verts entre des parcs ou milieux naturels éloignés les uns des autres. Le potentiel d’aménagement des friches urbaines fera d’ailleurs l’objet d’une conférence-midi présentée par le CRE-Montréal à la Maison du développement durable le 10 mars prochain.