Quel avenir pour Meadowbrook ?

2010 est l’année internationale de la biodiversité. Avant de discuter de cette question importante lors du Sommet sur la biodiversité et le verdissement de Montréal qui se tiendra les 27 et 28 avril prochains, nous nous entretenons avec M. Patrick Asch, des Amis de Meadowbrook sur les enjeux liés à cet ancien golf, qui constitue un espace vert montréalais très précieux et dont l’avenir est encore incertain.

Pouvez-vous nous décrire le site actuel de Meadowbrook ?

Le terrain Meadowbrook est à cheval sur l’arrondissement de Lachine et la ville de Côte Saint-Luc. Maintenant une propriété privée, le développeur indique qu’il a l’approbation de la ville de Montréal pour débuter son projet cette année. Le terrain est situé en haut de la falaise Saint-Jacques à son extrême ouest. Depuis près d’un siècle, il est entouré par une cour de triage. Le propriétaire à l’époque, le Canadien Pacifique, le considérait non développable selon les règles environnementales en vigueur il y a un siècle. Pour cette raison, il décida de transformer les terres agricoles du secteur en terrain en golf. Les golfs étant à l’époque construits de façon bien plus douce qu’aujourd’hui, ce choix a permis la protection de divers éléments naturels uniques à toutes les villes et arrondissements du grand Sud-ouest de Montréal.

Le profil du terrain n’a pas été modifié et le sous-sol ne l’a été que sur de faibles étendues. D’importants secteurs demeurent des plaines inondables, un des derniers ruisseaux de Montréal le traverse, le petit Saint-Pierre, un étang avec une population isolée de grenouilles s’y retrouve et les lisières abritent toujours une multitude de plantes typiques des forêts d’il y a un siècle, dont une multitude de fleurs printanières et de fougères. Quant à la faune, en plus des renards, des ratons et du chevreuil occasionnel, elle se distingue par la présence de passereaux en migration printanière, dû au fait que le terrain est situé directement dans le principal corridor de migration, s’étendant du lac Saint-Louis aux îles de Boucherville, en passant par le Mont-Royal et le jardin Botanique.

Un autre élément unique du territoire est son potentiel archéologique pouvant atteindre 4000 ans. En plus d’être identifié comme le site d’un camp iroquois sur divers vieux plans, le terrain était un véritable garde-manger pour les amérindiens, comportant certains arbres étroitement associés à la présence de villages amérindiens dont des caryers ovales et des chênes à gros fruits.

Les Amis de Meadowbrook défendent l'idée d'en faire un grand parc urbain depuis longtemps. Présentez-nous l'organisme et les arguments en faveur de sa position.

Depuis maintenant 20 ans, les Amis de Meadowbrook est un organisme local, sans but lucratif, de citoyens concernés de Montréal-Ouest, de Côte Saint-Luc et de NDG déterminés à préserver les espaces verts du terrain de golf de Meadowbrook.

Malgré toutes les caractéristiques uniques tant historiques que naturelles du terrain Meadowbrook, l’élément le plus unique demeure probablement le fait qu’il n’y a aucun autre site aussi facilement naturalisable dans tout le grand sud-ouest de Montréal, aucun autre site qui peut réduire autant l’effet d’îlot de chaleur et de pollution atmosphérique de la cour de triage, des autoroutes et des quartiers industriels en amont dans le vent, aucun autre site qui pourrait permettre à plus de 500 000 résidents du secteur d’effectuer des loisirs de plein air en se déplaçant à pied ou en vélo. La communauté a donc besoin de tels milieux et seul Meadowbrook pourrait répondre à la demande.

Plus important encore, dans un contexte où les résidents de la Communauté Métropolitaine de Montréal peuvent dépenser 1.85G$ annuellement à effectuer des loisirs de plein air et que de multiples études démontrent que la présence de milieux naturels ou naturalisés peut avoir des impacts majeurs sur l’image de marque et sur l’intérêt récréatif d’un quartier, le terrain Meadowbrook pourrait jouer un rôle majeur sur la mise en valeur et la revitalisation urbaine de villes et arrondissements environnants. Si l’on considère Meadowbrook comme un élément seul, la création d’un parc, situé à quelques centaines de mètres à peine de la plupart du quartier, pourrait devenir le moteur permettant la revitalisation du quartier, LA raison pour laquelle les gens voudraient vivre dans le quartier Saint-Pierre de Lachine. De plus, si on l’intègre à la trame verte du Grand Sud-ouest de Montréal de 500 ha proposée par l’organisme Héritage Laurentien, alors le terrain Meadowbrook contribuera à l’image de marque et à la revitalisation de la région entière.

En somme, les amis de Meadowbrook voient là un futur parc mettant l’emphase sur la contemplation de la nature, sur des loisirs légers et sur la protection du patrimoine naturel, qui serait relié à une trame verte, tout en protégeant et mettant en valeur le patrimoine archéologique.

Lors des consultations en juin 2009 sur la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels, l'avenir du golf de Meadowbrook a été largement abordé. Où en est le dossier actuellement ?

Lors de ces consultations, tant la protection du terrain Meadowbrook que la création de la trame verte du grand sud-ouest ont été proposées par plusieurs intervenants et, ultimement, recommandées par les élus responsables de la consultation dans les termes suivants : « Que des mandats soient donnés à la Direction des grand parcs et de la nature en ville (...) de développer des scénarios visant la protection du site du golf de Meadowbrook et sa transformation et parc nature, en grand parc urbain ou en écoterritoire dans la perspective d’une trame verte reliant ce site à la falaise Saint-Jacques. » Or, depuis, la Ville de Montréal n’a donné aucune suite à ces recommandations et refuse de contredire le propriétaire quand il dit qu’il a la permission de construire. Et ce, après une série de recommandations officielles et promesses au cours des années, entre autres : la Communauté Urbaine de Montréal a pris position pour sa préservation en 1989; M. le Maire Gérald Tremblay s’est engagé à le préserver en 2003, l’Office de Consultation Publique de Montréal a recommandé en 2004 qu’il soit désigné comme écoterritoire.

Que peuvent faire les citoyens qui souhaiteraient appuyer la protection de l'espace vert ? Quelles actions sont posées par Les Amis de Meadowbrook ?

Présentement, les amis de Meadowbrook ont besoin d’appuis. Ils doivent démontrer aux décideurs politiques que la communauté veut protéger et mettre en valeur son patrimoine naturel et archéologique. Pour ce faire, une page facebook S.O.S. Meadowbrook, un blog www.sosmeadowbrook.org et une adresse Twitter twitter.com/sos_meadowbrook ont été créés afin de rassembler des appuis et d’informer sur les événements prévus. Sous peu, ces événements seront annoncés dans divers médias sociaux. L’important est de s’inscrire et de participer aux événements. L’organisme a aussi besoin de bénévoles : pour l’organisation d’événements et pour de l’assistance générale lors d’événements publics. Les personnes intéressées sont invitées à contacter les Amis de Meadowbrook à l’adresse sos.meadowbrook@yahoo.ca .

Le gouvernement du Québec est actuellement en train d’étudier un projet de loi qui vise à modifier la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme du Québec. Nous avons demandé à M. Robert Chicoine, Président de l’Ordre des urbanistes du Québec de nous expliquer les principaux éléments qui doivent être améliorés et quels en seront les impacts sur le plan d’urbanisme de Montréal qui doit être révisé cette année.