Meadowbrook : canalisation confirmée, mitigation et compensation espérées

Parc Meadowbrook

La Ville de Montréal obtiendra, le 30 septembre, l’autorisation de procéder à des travaux qui auront pour conséquence désastreuse d’assécher le ruisseau du golf Meadowbrook - le dernier vestige de l’ancienne rivière Saint-Pierre. (D’après le registre public du Ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC). Précisons que la Ville procède à ces travaux pour se conformer à un jugement de la Cour d’appel rendu dans une affaire qui l’opposait à Groupe Pacific inc., propriétaire du terrain de golf Meadowbrook. Afin de régler un problème persistant de pollution du ruisseau, la Ville de Montréal s’est vue obligée de faire cesser tout écoulement d’eau (et non plus seulement les eaux polluées) dans le milieu hydrique concerné. 

Cette décision n’a aucun sens selon nous, puisque :

  • l’on connaît la source de la pollution (des raccordements croisés situés sur les territoires de Côte-Saint-Luc et Montréal-Ouest) et une collaboration intermunicipale qui était en cours pour régler ce problème;
  • la Cour d’appel n’a pas démenti que le ruisseau est un cours d’eau au sens de la Loi, un fait qui avait été établi précédemment par la Cour supérieure;
  • la solution prescrite entraîne des conséquences environnementales plus graves pour ce cours d’eau que le problème initial.

En effet, le nouvel ouvrage acheminera directement à l’égout les eaux du collecteur pluvial Toe Blake, en privant désormais le ruisseau de plus de 95 % de son bassin versant. Aussi bien dire que le jugement de la Cour d’appel signe l’arrêt de mort du ruisseau.

Devant cette horreur annoncée, le CRE-Montréal, Les Amis du parc Meadowbrook et le Mouvement Ceinture Verte ont adressé, le 3 septembre dernier, une lettre au ministre de l’Environnement, Monsieur Benoît Charette, ainsi qu’au directeur de la Direction régionale du MELCC, Monsieur Lionel Laramée, pour demander que l’autorisation à venir soit assortie des conditions suivantes :

  • que la ville de Montréal soit tenue de réaliser un ouvrage de canalisation temporaire, qui puisse être facilement déconstruit pour permettre la remise en eau du ruisseau lorsque le problème de pollution sera réglé ;
  • que la ville de Montréal, soit tenue de réaliser un aménagement favorisant la captation des eaux de pluie et leur acheminement vers le lit du ruisseau intact, pour soutenir la biodiversité locale ;
  • que la ville de Montréal verse une compensation financière et/ou réalise des aménagements compensatoires en vertu de l’application du Règlement sur la compensation pour l’atteinte aux milieux humides et hydriques (RCAMHH).

Notre lettre est restée sans réponse, ce qui nous déçoit grandement.

De son côté, la Fondation Rivières a récemment émis un communiqué de presse qui soutient que, dans cette histoire, le MELCC et le Ministère des Affaires municipales ont failli à leur obligation d'imposer les correctifs nécessaires aux deux villes à l’origine du problème de pollution : Montréal-Ouest et Côte-Saint-Luc. Le Groupe de recommandations et d’actions pour un meilleur environnement (GRAME), WWF-Canada, la Fondation Sierra Club Club Canada et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) se sont également impliqués de manière significative dans ce dossier.

Le CRE-Montréal ne peut que déplorer le manque de réactivité des acteurs provinciaux, municipaux et privés dans cette affaire, qui aurait dû trouver un dénouement heureux à travers la correction hâtive des raccordements croisés. Espérons que l’autorisation du MELCC qui sera donnée à la Ville le 30 septembre sera assortie de conditions aptes à nourrir le peu d’espoir qu’il nous reste de voir un jour des eaux saines couler à nouveau dans le lit du ruisseau Meadowbrook.

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